‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 39 sur 114 · LE THÉÂTRE COMIQUE · texte numérisé non relu

LE THÉÂTRE COMIQUE

morvcilleux y tient une moindre place, et que l'intention du poème est simplement édifiante, plutôt que religieuse, farce est une petite pièce exclusivement comique ou plutôt bouffonne, ordinairement plus courte que n'était la moralité. La farce saisit, met en scène et en action toi# les ridicules et les travers de la rue et du carrefout*7 toutes les petitesses de la vie privée et journalière ; tout ce qu'elle peut rencontrer de grotesque en courant à travers le monde. Elle n'a pas de hautes visées morales ou philosophiques, poHtiques ou religieuses; son seul objet est de faire rire par une représentation frappante du ridicule. La gaieté y déborde, sans arrière-pensée ni sousentendu ; sans retour amer ou sérieux, sur nous-mêmes, sur nos défauts, sur nos vices, dont elle s'amuse, sans perdre temps à s'en plaindre, sans prétendre à nous corriger.

Beaucoup de farces sont malheureusement gâtées pai* l'extrême Hcence du langage et des inventions. Ce défaut n'est pas inhérent au genre; car Pathelin; qui en est le chef-d'œuvre, échappe tout à fait à ce reproche.

94. La farce de Pathelin est un des rares ouvrages du moyen âge qui aient une valeur proprement littéraire au sens où nous entendons ce mot aujourd'hui ; c'est-à-dire dans lesquels un auteur très expérimenté se propose de produire certains effets par des moyens choisis et calculés. Rien n'est naïf dans Pathelin; la profondeur du comique y est égale à l'habileté de la mise en œuvre. Cependant l'auteur de ce petit chef-d'œuvre est resté inconnu; tout ce qu'on peut conjecturer, c'est qu'il le composa durant les premières années du règne de Louis XI, vers

Au début de la pièce, maître Pierre Pathelin, avocat sans causes, s'entretient tristement avec dame Guille-

mette, sa femme, de leur commune misère. Leurs habits montrent la corde ; et pas d'argent pour acheter du drap. La ruse y suppléera. Maître Pathelin sort de chez lui, pour aller chercher fortune. Il passe devant la boutique 4'un riche drapier, maître Guillaume Joceaume. La scène Mait simple et triple à la fois : on voyait d'un côté la boutique du drapier, de l'autre la maison de l'avocat; entre les deux, la place publique; l'action passait et repassait d'un endroit à l'autre.

La conversation s'engage entre Pathelin et le marcliand.

PATHELIN

Dieu y soit!

GUILLAUME

Et Dieu vous doint ' joye !

PATHELIN

Or ainsi m'aist* Dieu que j'avoye De vous veoir grant voulenté !

Comment se porte la santé?

Estes-vous sain et dru, Guillaume?

GUUXAUME.

Ouy par Dieu !

PATHEUN.

Ça, ceste paulme^.

Comment vous va?

GUILLAUME

Et bien, vrayemenl, A vostre bon commandement.

Et vous?

PATHELIN

Par sainct Pierre l'apostre, Comme celuy qui est tout vostre.

Ainsi vous esbatez.

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