Là
GOMINES.
finit par recouvrer son crédit et ses richesses, qui étaient immenses. Il joua encore un rôle injportant dans les négociations diplomatiques auxquelles donnèrent lieu les guerres d'Italie sous Charles VIII. Il mourut, sous le règne de Louis XII, en 1511. 11 laissait inédits ses admi' râbles JjlêmoixeB sur l e règne de Lou is Xl^et sur l'expéditi.oiL.de Charles VIII aujdejàdes Alpes.
Le grand mérite de l'œuvre de Hôînines est dans sa profonde originalité. L'auteur n'imite personne et ne cherche pas à faire métier d'écrivain. C'est un homme d'affaires qui dit ce qu'il a vu et explique ce qu'il a compris ; aidé de sa sagacité merveilleuse et de son immense expérience, il observe, il compare, il conjecture, il devine; c'est un historien philosophe, et le plus ancien de cette espèce. 11 n'a pas du tout la naïveté de Joinville, ni les | qualités pittoresques de Froissart; il dédaigne les des- I criptions colorées, les récits brillants, les mots qui font image ; il va droit aux faits et surtout au sens profond et caché des faits. 11 ignorait le latin, mais savait à fond les langues modernes : l'italien, l'espagnol et l'allemand. Il avait une vaste lecture et une puissance de réflexion plus vaste encore. Surtout il posséda ce grand avantage sur la plupart des historiens, d'avoir mis la main lui-même à une grande partie des choses qu'il raconte, et vu de près, dans la pratique des affaires, presque tous les hommes qu'il met en scène.
Chez Comines, l'éloquence naît souvent, sans qu'il la cherche, de la profonde intelligence des événements. Ainsi cet esprit si pratique et si positifs témoin et acteur dans un si grand nombre de guerres, de traités, d'ambitieux desseins, de vastes entreprises, ruinées et abolies tour à tour les unes par les autres, a compris et exprimé, avec la mélancolie d'un moraliste attristé, le néant et l'manité de tant d'inutiles efforts et de vains calculs.
Quelle admirable conclusion aux Mémoires sur Louis XI nous trouvons dans la page suivante !
Or voiez vous la mort de tant de grans hommes, en si peu de temps, qui tant ont travaillé pour s'acroistre et pour avoir gloire, et tant en ont souffert de passions et de peynes et abrégé leurs vies, et par adventure leurs âmes en pourront souffrir.... De nostre roy j'ay espérance que Nostre Seigneur ait eu miséricorde de luy.... Mais ne luy eust-il point myeulx vallu, et a tous autres princes et hommes de moyen estât, qui ont vescu soubz ces grans, et vivront soubz ceulx qui régnent, eslire le moyen chemin en ces choses ?C'est assavoir moins se soucier, et moins se travailler, et entreprendre moins de choses : plus craindre a offenser Dieu et a persécuter le peuple et leurs voisins, par tant de voyes cruelles que assez ay desclairées par cy devant, et prendre des aises et plaisirs honnestes. Leurs vies en seroient plus longues; les malladies en viendroient plus tard; et leur mort en seroit plus regrettée, et de plus de gens, et moins désirée ; et auroient moins de double * de la mort. Pourroit l'on veoir de plus beaux exemples pour congnoistre que c'est peu de chose que de l'homme, et que ceste vie est misérable et briefve ; et que ce n'est rien des grans ne des petitz, des ce qu'ilz sont mors: que tout homme en a le corps en horreur, et en vitupère*, et qu'il fault que l'ame sur l'heure qu'eUe se sépare d'eulx, aille recevoir son jugement. Et ja la sentence est donnée selon les œuvres et mérites du corps.
Les conteurs.
i toi. Le quinzième siècle n'écrit plus de longs romans. ' A l'imitation des Italiens, il dépense sa verve conteuse en ^ courts récits, pour la plupart satiriques, et plus recom- '. raandables par le style que par la morale. Longtemps ce ' préjugé semble avoir régné dans notre littérature : que