FIN DE LA LITTÉHATURE DU MOYEN ACK
la décence du langage et des inventions n'était pas nécessaire en certains genres; que même elle y était presque déplacée. Les lecteurs les plus graves, les mieux réglés dans leur vie, montraient une indulgence incroyable à ces libertés traditionnelles. C'est l'honneur du dix-septième siècle d'avoir enseigné le premier qu'aucun cadre littéraire n'autorise certaines licences, et d'avoir prouvé par ses œuvres que cette retenue ne contraint pas l'essor du génie.
Le plus célèbre conteur du siècle est ^toine de^ J[a^§âllfi-(1398-1461), auteur ou du moins rédacteur des C ent Nouvelles no uvelles attribuées parfois, mais à tort, au roi Louis XL II composa aussi un roman : le petit Jehan de Saintré, où, après avoir feint d'exalter les vertus chevaleresques, il finit par les tourner en dérision. Ainsi s'achève le moyen âge, en raillant lui-même tout ce qu'il avait jadis adoré.
Fin de la littérature du moyen âge.
iO«. La littérature du moyen âge finit avec le quinzième siècle, ou tout au plus elle se prolonge, avec peu d'éclat et d'originalité, jusqu'aux premières années du seizième.
Avec la Renaissance commence vraiment une littérature nouvelle, qui, sans doute, a ses racines dans cellequi l'a précédée, mais qui, toutefois, s'en distingue et porte des fruits tout autres.
La littérature française du moyen âge a été longtemps dédaignée en France, ou plutôt oubHée; il n'y a pas soixante ans qu'on s'occupe avec suite d'exhumer les œuvres qu'elle a produites, et que l'on rend justice aux qualités qu'elle a possédées. Avant tout, il faut louer sa p rofonde originalité. JUe s'est dévéîoppéèTîl5remènr,~'sâhs
subir aucune influence étrangère, sans se modeler sur les anciens ou sur les pays voisins; c'est elle qui a servi de modèle à plusieurs littératures, nées en partie de l'imitation de la nôtre. Quoi qu'elle vaille, elle est ellemême.
Et certes, elle vaut beaucoup. A mesure qu'elle sera mieux connue et plus étudiée, on en sentira mieux le mérite. Au moyen âge, comme à toute époque, il y a eu dans les écrits du bon, du médiocre et du pire. Le départ n'est pas fait encore entre un petit nombre d'excellents ouvrages et les bavardages diffus de compilateurs sans esprit. La plupart des textes nous sont parvenus dans un état de confusion qui en rend l'intelligence malaisée, et donne à la langue un aspect rébarbatif. 11 faut qu'uén critique savante les débarrasse des scories que le temps y a déposées, les restitue dans leur pureté primitive, éclaircisse l'histoire encore incomplète et confuse des hommes qui les ont écrits et des milieux ou des circonstances qui les ont inspirés.
Quand les principales œuvres de cette longue période de plus de quatre cents ans, qui s'ouvre au xi« siècle et finit à la Renaissance, seront devenues ainsi familières à tous les esprits cultivés, on s'étonnera qu'on ait pu croire autrefois, et presque jusqu'à nos jours, que le génie français avait dormi pendant tout ce temps, ou n'avait produit que des écrits barbares, obscurs et fastidieux. On rougira de cette injustice, en voyant que la langue, à peine née, suffisait déjà au chantre de laChanson de Roland, et que, depuis celte antique épopée, la chaîne d'or des œuvres de génie n'est plus interrompue jusqu'à Villon, jusqu'à Comines.
Est-ce à dire que la Renaissance ait été inutile, ou, comme le veulent quelques-uns, nuisible? et que la veine nationale, abandonnée à ses seules ressources, fut