LES POÈTES
i05. Le xvi« siècle est une époque de transition et de rénovation dans l'histoire de notre langue et de notre littérature. Dans cette période tourmentée, l'une et l'autre ont subi des influences très diverses, même opposées, quelquefois successives, plus souvent simultanées : influence persistante encore, quoique affaiblie, des traditions du moyen â^e ; influence de la double an tiquitè^rccque et latine, tout à coup remise en honneur et imitée avec passion; influence de la Réfom^reLigieuse, des discussions qu'elle soulève et des idées nouvelles qu'elle apporte, bientôt des ^erres^cijiles qu'elle excite ; influences étrangères et surtout in fluence italienn e par l'effet de nos expéditions incessantes au delà des Alpes et de la longue régence d'une reine florentine, Catherine de Médicis; influence de labour, qui depuis François l*"" tendit à devenir ce qu'elle fut pleinement au siècle suivant, le cent re unique de la mode et du bel usage ; influences locales et provinciales des dialectes et des patois, déjà très affaiblies, mais toutefois sensibles encore dans le vocabulaire de beaucoup d'écrivains; influence des grarmnakifijns^-race d'hommes inconnue jusqu'alors en français, mais qui naît en foule au xvi® siècle, et qui sans principes sûrs, sans connaissance historique de la langue, entreprend de la réformer, et sous ce prétexte apporte dans l'orthographe, le vocabulaire et la syntaxe un trouble profond.
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Durant cette période complexe et même confuse, merveilleusement riche et luxuriante, mais tout à fait indisciplinée, la langue n'offrit aucune fixité. « Selon la variation continuelle qui a suivy nostre langage jusques a cette heure », écrit Montaigne en 1588, « qui peut espérer que sa forme présente soit en usage d'icy a cinquante ans? Il escoule tous les jours de nos mains et depuis que je vis, s'est altéré de moitié. »
Vauquelin de la Fresnaye, dans ses Satires publiées en 1605, mais composées durant les dernières années du siècle précédent, exprimait la même idée :
Car depuis quarante ans, desja quatre ou cinq fois La façon a changé de parler en françois.
Cette langue était abondante et riche en mots et en images. On avait conservé beaucoup de termes et de locutions que le xvn« siècle laissa se perdre. La Bruyère ' les regrette*. 11 regrette ains^ moult, cil, peinettXy haîene, heur, issir, gent (adjectif), cure^ si que, de moi, je sais que c'est qu'un mal, ouvrer^ souloir, duire, bruire, vilainer, poindre, ramentevoir, las, mauvaistié, est, monstier*, Fénelon, peu d'années après*, donnait aussi quelques regrets à la langue du xvi« siècle : « Notre langue, disait-il, manque d'un grand nombre de mots et de phrases; il me semble qu'on l'a gênée et appauvrie depuis environ cent ans*, en voulant la purifier. Il est vrai qu'elle était encore un peu informe et trop verbeuse. Mais le vieux
1. A la fm du chapitre des Caractères intitulé : De quelques usages.
2. Mais, beaucoup, celui, pénible, soufflé ou flairé, bonheur, sortir, noble, soin, tellement que, pour moi, je sais ce que cest, etc., travailler, avoir coutume, convenir, faire du bruit, maltraiter, piquer, rappeler, louange, méchanceté, armée, monastère.
3. Dans la Lettre sur les occupations de V Académie française.