Boiieau, Art poétique
tt2 SEIZIÈME SIÈCLE.
rimeur aiTamé vécut à sa table. Les premiers vers de Desportes avaient été tout pleins d'une veine épicurienne et sensuelle; les derniers furent édifiants, mais médiocres. 11 ne suffit pas de vieillir pour qu'une âme voluptueuse et frivole devienne religieuse et grave. Aussi Malherbe disait-il brutalement à Desportes, qui voulait retarder son dîner pour lui lire ses poésies chrétiennes ; a Votre potage vaut mieux que vos psaumes. »
119. Despoctes-JPi surtout un, imit^teui' : il doit la moitié de son œuvre à Ovide, à Catulle, à^Ffoperce, à Tibulle, à Pétrarque, à Sannazar*, à dix autres Italiens. Il échappe au pédantisme antique, qui a gâté quelques vers chez Ronsard ; mais l'aiféterie italienne, qui ne vaut guère mieux, gâte presque tous les vers de Desportes. Il avait le tort de cacher ses emprunts ; peine inutile à cette époque où la littérature italienne était bien connue en France. En 1604, on publia à Lyon : les Rencontres des Muses de France et d'Italie, où l'on pouvait lire quarante-trois sonnets pillés par Desportes, avec les originaux. Le poèt( eut alors le bon esprit de ne pas s'émouvoir; il dit même qu'il aurait pu indiquer beaucoup d'autres emprunts.
Quand Desportes exprime d'autres sentiments que ceux d'une galanterie molle et efféminée, il a quelquefois de . l'esprit (qualité qui manqua toujours à son illustre ennemi Malherbe). Quelquefois le trait satirique est vif, aiguisé chez lui ; plus souvent un accent de mélancolie se mêle à un sentiment profond de la nature ; plus rarement il a le grand essor, le coup d'aile hautain, familier à Ronsard. Le sonnet d'Icare est son chef-d'œuvre dans ce genre : il est d'ailleurs imité de Sannazar :
\. Jacques Sannazar, né à Naples (1458), mort en 1530.