Est tombé
2. Jean Bertaut, né à Caen (1552), mort à Séez, dont il était évêque (1611) ; ses œuvres poétiques, depuis longtemps composées, ne parurent qu'en 1601 ; dans une édition fort incomplète, qui se grossît beaucoup dans trois éditions suivantes.
qu'elle a de tendre et do doux ; même il est souvent plus harmonieux que Desportes. Tous deux ont laissé quelques chansons rythmées avec grâce et légèreté. Régnier ne reprochait à Bertaut que d'être un poète trop sage; critique assez fondée, si ce mot veut dire, comme on pense, qu'il manque à Bertaut la verve et l'enthousiasme qui sont la marque du grand poète. Mais prétendaitril aussi haut? ' Tout en faisant de jolis vers il ne négligeait pas sa carrière. Au rebours de Desportes, qui n'acceptait que les pensions et refusait les charges, Bertaut fut tour à tour conseiller au parlement de Grenoble, secrétaire du roi, aumônier de la reine (Marie de Médicis), enfin évéque de Séez où il mourut.
Du Bartas.
f«i. Guillaume deSalluste, seigneur Du Bartas, naquit près d'Auch en 1544 : il était protesta nt, et ses coreligionnaires essayèrent de l'opposer et de le préférer à Ronsard, lorsque parut, en 1579, son principal ouvrage : la Semame, o n la Ùréatlon en ^e pt journées, vaste encyclopédie poétique où l'auteur a voulu, dans un cadre biblique, déployer ses connaissances «scientifiques, qu'il puisa en grande partie dans ï Histoire naturelle de Pline l'Ancien. Il explique ainsi son ouvrage : C'est une œuvre qui n'est pas purement épique ou héroïque, « ains (mais) en partie panégyrique, en partie prophétique, en partie didascalique; icy je narre simplement l'histoire; la j'esmeu les affections; icy j'invoque Dieu, la je lui ren grâces; icy je chante un hymne, et la je vomy une satyre contre les vices de mon aage; icy j'instruy les hommes en bonnes mœurs, la en piété; icy je discours des choses naturelles; et la je loue les bons esprits. » C'est un poème « que je pare, autant qu'il le peut porter, dos plus exquis joyaux que je butine sur toutes sciences et professions ».
DU BARTAS. d85
Du Bartas a du feu, une verve parfois éloquente et beau- ' coup d'imagination ; mais peu d'art, nul goût, un style fatigant, heurté, souvent barbare. Plus on possède une connaissance délicate et familière de notre langue, plus on est blessé de ces défauts. Aussi ne faut-il pas s'étonner que les étrangers y soient moins sensibles et qu'ils aient conservé pour Du Bartas une partie de l'admiration que son œuvre excita au premier jour. Gœthe semble s'indigner qu'on ne le lise plus en France : « Ce même auteur, dit-il, maintenant dédaigné chez les siens, conserve en Allemagne son ancienne renommée.... Plusieurs de nos critiques lui ont décerné le titre de roi des poètes français. » Un tel jugement nous apprend que le plus beau génie n'est jamais tout à fait compétent en littérature, hors de sa propre langue.
Du Bartas lui-même semble avoir senti qu'il n'est poète que par accident ; et caractérise ainsi les intermittences de son inspiration :
Mes vers sont devenus fiévreux par habitude;
Vers tantost animez d'une divine ardeur,
Et tantost frissonnans d'une indocte froideur.
Plus qu'aucun autre Du Bartas a contribué à compromettre le succès de la réforme poétique entreprise par la Pléiade, en l'exagérant. Il en prend à son aise avec la langue française, et sous prétexte qu'elle est encore dans l'enfance, il la manie et la forge à son gré : il se vante luimême de faire « quelques noms des verbes; de limaçon, limaçonner ; de dédale, dedaler; ou bien, « pour augmenter la signification et représenter au plus vif la chose », il répète la première syllabe du mot, a comme pepetiller, bahatire )). Que dire des composés qu'il imagine, au point d'en aligner « sept ou huit a la fde ». Il s'excuse en disant que « sa forte, vive et profonde imagination luy produit
sur le champ des mots non vulgaires pour marques et images vives de ses non vulgaires conceptions ». Le lecteur n'accepte pas celle excuse ; il s'étonne, en lisant Du Bartas, de voir que la plupart des reproches qu'on adresse à Honsard, c'est Du Bartas qui les mérite.
Vauquelin de la Fresnaye.
•««. Parmi les poètes de la Renaissance, il faut faire une place honorable à Vauquelin de la Fresnaye. Né à Falaise en 1556, il vécut dans l'ombre à Caen, où il était président au présidial, et mourut dans cette ville en 1607. Très jeune encore il avait publié les Foresteries, idylles champêtres ; après un silence de cinquante années, il fit paraître en 1605 les poésies de toute sa vie : c'étaient un Art poétùjiiej en trois livres, code littéraire un peu diffus, mais ingénieux, des doctrines de la Pléiade, rempli de renseignements et d'aperçus curieux sur l'entreprise poétique de Ronsard et de ses disciples; des Idyllies, petits poèmes rustiques, des sonnets, des épigrammes^ desjatirssifmnçaises^cesi lui qui introduisit ce genre nouveau, la satire, en France; on y trouve une peinture parfois vigoureuse des mœurs du temps. Son Art poétique est toutefois son meilleur ouvrage. On a prétendu que Boileau s'en était inspiré, mais le plus probable est qu'il ne l'avait pas lu. Les rencontres des deux poètes s'expliquent naturellement par l'imitation qu'ils font tous deux, en maint passage, de YÉpître aux Pisons d'Horace.
D'Aubigné.
i«3. Un poète moins sage, mais de plus haut essor, c'est Agrippa d'Aubigné. Ses poésies ont paru seulement
d'aUBIGNÉ. 187
au xvii« siècle; mais par l'esprit, par le stylo et par la date même où il les a composées, elles appartiennent au xYi® siècle.
Agrippa d'Aubigné était né en Saintonge, le 8 février 1552, d'une famille noble et puissante dans cette province. 11 avait huit ans et demi lorsque son père, qui s'était fait protestant, lui montra, en traversant Amboise, les têtes exposées des conjurés', et lui fit jurer qu'il les vengerait. Après de très fortes études, il entra au service des princes protestants, et ne cessa de guerroyer pour son parti, jusqu'à la fin des guerres civiles. Mécontent de la conversion de Henri IV, il demeura, pendant tout son règne, un sujet fort insoumis; après lavènement de Louis XIII, il s'associa à toutes les révoltes. Mais son humeur intraitable le faisait mal voir de ses coreligionnaires eux-mêmes : devenu suspect à tous les partis, il se réfugia à Genève en 1620; il y mourut dix ans plus tard (1630), « las de vains travaux, disait-il» rassasié, mais non ennuyé de vivre ». Son fils, Constant d'Aubigné, est le père de Mme de Maintenon.
Ses œuvres sont considérables ; il a laissé des Mémoires
de sa vie racontée à ses enfants; une Histoire universelle^
qui malgré son titre embrasse seulement la seconde
moitié du siècle dans une narration confuse, mais abon-