‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 77 sur 114 · CX-^^ O V c · texte numérisé non relu

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187. Henri Estienne*, le troisième d'une illustre dynastie de savants imprimeurs-libraires, publia luimême 170 éditions d'auteurs en diverses langues, spécialement d'auteurs grecs; et rendit aux études antiques un inappréciable service en composant ce vaste répertoire intitulé Trésor de la langue grecque. 11 nous intéresse surtout ici par trois ouvrages qu'il écrivit sur la langue française : le Traité de la confoimiié du langage français avec le grec, où il affirme à tort la prochaine et directe

i Né en 1528, mort en 1598.

parenté de notre langue avec celle do Dêmosthène ; idée tout à fait fausse, car en dehors des mots techniques, tous de formation savante, le français ne doit rien au grec : toutefois le livre fut utile ; car il contribua à répandre le goût des études grecques en France, où on les avait si longtemps négligées. Dans les Deux dialogue s du nouveau langage français italianise', Henri Estienne s'élève avec chaleur contre l'imitation italienne, qu'il voyait prête à envahir la France; déjà toute la cour, sous une reine florentine, s'attachait à travestir son langage et ses mœurs à la mode d'au delà des Alpes. L'Italie menaçait sérieusement l'originalité de notre littérature et la complicité de tous cpux qui prétendaient régler le bel usage était acquise à cette influence étrangère. Les Dialogues, tout pleins d'une verve un peu lourde, mais amusante, portèrent un premier coup à ce travers public. L'intégrité du vocabulaire français et celle plus précieuse encore du caractère national fut préservée; mais dans sa haine de l'étranger, Henri Estienne, trop fidèle aux procédés polémiques de son siècle, avait eu le tort d'injurier l'adversaire : « H n'est permis d'italianiser, disait-il, que quand on parle des choses qui ne se voient qu'en Italie, ou pour le moins ont leur origine en ce pays-là, et même y sont plus fréquentes ou bien y sont plus célèbres qu'en aucun autre pays : comme par exemiple charlatan, bouffon, assassin, supercherie, poltronnerie, forfanterie. »

Dans ce siècle violent, toute discussion amenait un échange d'outrages; on ne pouvait être en désaccord, fût-ce sur la grammaire, sans que, de part et d'autre, les adversaires se traitassent mutuellement comme les derniers des misérables*.

1. A propos d'orthographe, Louis Meigret qualifie ainsi Guillaume des Autelz, son contradicteur : « Bestc sauvage et cruelle soubz figure d'homme. »

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