BRANTOME
Périgourdin (comme Montaigne), naquit vers ITiiO, d'une famille noble, et fut élevé dans la maison de Marguerite, reine de Navarre. Quoique pourvu, à seize ans, d'une abbaye, il mena une vie toute militaire, et pendant trente ans courut l'Europe, au service de tous les souverains de son temps. On le voit tour à tour en Italie, avec le maréchal de Brissac; en Ecosse, avec Marie Stuart; en France, où il sert les princes lorrains dans la guerre civile; en Afrique, avec les Espagnols; puis au Portugal, à Madrid, à Milan, à Naples, à Syracuse, à Malte, à Rome, à Venise. De 1568 à 1584, il prend part à toutes les guerres civiles de France; en 1584, devenu perclus à la suite d'une chute de cheval, il se fait auteur, ou plutôt conteur, pour^se consoler; et jusqu'à sa mort, qui arriva en 1614, il ne cesse plus d'écrire, de raconter tout ce qu'il a vu dans cette vie voyageuse; de dire tout ce qu'il sait sur les hommes de tous pays, qu'il a connus et observés. Son style est incorrect, mais piquant, et paraît naturel, quoique l'auteur ne fût pas du tout un écrivain naïf, ou insouciant de sa réputation littéraire. Il ne faut demander d'ailleurs à Brantôme aucune des qualités qui font l'histol'ien sérieux. Il ne cherche pas la vérité, il raconte les choses comme il les a ouï dire, et trouve toujours une anecdote assez authentique, pourvu qu'elle soit amusante. Sa véracité n'est que dans la couleur générale du récit, parce qu'il sait bien voir et vivement peindre. Mais quant au détail des faits, il est peu digne de foi. Aussi indifférent à la morale qu'à la vérité, il se contente d'admirer quelquefois les belles actions, mais il néglige toujours de blâmer les plus mauvaises; et il est plein d'indulgence pour les plus vicieux personnages, pourvu qu'ils aient apporté quelque élégance dans leurs vices.
La Satire Ménippée
141. Le dernier ouvrage de quelque importance publié au XVI® siècle, et l'un des chefs-d'œuyre de ce temps, est la Safir^Jtf^iy^gce^qui parut au commencement de 159 ^
Les états généraux, convoqués à Paris au mois de février 1593, pour donner un roi à la France au détriment des droits de Henri IV, avaient échoué misérablement. L'abjuration du roi, prononcée le 25 juillet suivant, avait ôté tout prétexte à la Ligue et porté le coup mortel aux prétentions espagnoles ou lorraines. Il fallait anéantir par le ridicule un parti à demi désarmé par la politique et par les succès militaires de Henri IV. Ce fut l'objet de la Satire Ménippée et ce fut son œuvre. Six bourgeois de Par is se réunirent pour écrire cet excellent pamphlet, mêlé de haute éloquence et de joyeuse plaisanterie. C'étaient : Jacques Gillot, chanoine de la Sainte-Chapelle et conseiller clerc au Parlement; la Ménippée fut écrite chez lui, en sa maison du quai des Orfèvres, où (dit-on) le satirique Boileau devait naître quarante-trois ans plus tard; mais le fait n'est pas bien prouvé; Pierre L e Ro y, chanoine de Rouen, qui conçut l'idée du livre et en traça le plan; Nicolas Rapin, avocat, et poète en latin et en français; Jean Passerat, poète aussi, d'un talent fin et piquant, érudit, professeur au Collège royal (aujourd'hui Collège de France), où il avait succédé à Ramus; le médecin Florent C hrest ien ; le jurisconsulte Pierre Pithou, élève de Cujas et de Turnèbe, homme d'une science profonde, étendue (l'historien de Thou disait « sans limites »). Il faut joindre à ces noms celui de Gilles Durant, jurisconsulte aussi, mais en même temps excellent poète : on lui doit une partie des joHs vers qu'on lit dans la Ménippée, C'étaient tous, on le voit, des hommes graves ; et plusieurs