SAINT FRANÇOIS DE SALES
à la vie dévoUy mais qui, à l'époque où il parut, fut presque autant goûté des âmes pieuses, et même de tout le public. Saint François de Sales mourut en 1622; laissant inédite une vaste correspondance spirituelle, où, en voulant seulement guider les fidèles dans les voies de la vie intérieure, il étonne et ravit le moraliste par une merveilleuse connaissance du cœur humain et une très fine analyse de nos passions.
t»4. Saint François de Sales avait fondé, en 1607, à Annecy (où l'évoque de Genève résidait depuis la Réforme), une académie littéraire, qu'il avait nommée harmonieusement Y Académie florimontaney et à laquelle il avait donné pour emblème un oranger en fleurs, et pour devise ces mots latins : Flores fruciusque perennes. Devise et emblème auraient convenu au fondateur aussi bien qu'à l'institution. Saint François de Sales est le p.lusJlcua__
jio s écriva ins; et sans paraître indigne de goûter le charme de ses ouvrages, on peut oser dire que les fleurs y sont en trop d'abondance. Hâtons-nous d'ajouter que si les fleurs, chez beaucoup d'écrivains, ne servent qu'à masquer le vide et le creux des pensées, chez François de Sales elles recouvrent et embellissent un fond solide de doctrine et de raisonnement. Ce luxe de métaphores, d'images, de comparaisons, empruntées surtout à la nature ou réelle ou fabuleuse, à la vie et aux mœurs des animaux, aux propriétés des plantes, ne naît pas chez le saint d'un artificieux désir d'éblouir les yeux du lecteur, mais d'un besoin sincère d'épancher la tendresse de son âme aimante, qu'il a lui-même ainsi qualifiée : la plus affective du monde.
Ce prosateur a plus d'imagination que bien des poètes: ou plutôt, il est poète lui-même, car toutes choses lui apparaissent, comme nous disions de Théophile, dans un
jour poôtiquo, avoc un relief de formes, une vivacité de couleurs qui font vivre tout ce qu'il touche et aDiment tout ce qu'il dépeint. Nulle part la pensée chrétienne ne s'est expliquée avec plus d'abondance et de variété : même l'idée mystique ou métaphysique veut prendre corps chez lui, et se revêt d'une figure vivante et attrayante.
i*5. Ainsi, dans le Traité de Vamour de Dieu, quel commentaire sensible et frappant de la parole évangéHque : « Le Verbe est la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. « Mais, pense le saint, beaucoup d'hommes ferment les yeux pour ne point voir cette lumière ; et c'est ce qu'il explique dans cette parabole :
«Plusieurs voyageurs, environ l'heure de midi, au jour d'été, se mirent à dormir à l'ombre d'un arbre; mais tandis que leur lassitude et la fraîcheur de l'ombrage les tient en sommeil, le soleil, s'avançant sur eux, leur porta droit aux yeux sa plus forte lumière, laquelle par l'éclat de sa clarté faisait des transparences, comme par de petits éclairs, autour de la prunelle des yeux de ces dormants ; et par la chaleur qui perçait leurs paupières, les força d'une douce violence de s'éveiller ; mais les uns, éveillés, se lèvent et, gagnant pays, allèrent heureusement au gîte ; les autres, non seulement ne se lèvent pas, mais, tournant le dos au soleil et enfonçant leurs chapeaux sur leurs yeux, passèrent là leur journée à dormir jusqu'à ce que, surpi^is de la nuit et voulant néanmoins aller au logis, ils s'égarèrent, qui çà, qui là, dans une forêt à la merci des loups, sangliers et autres bêtes sauvages. »
D'Urfé.