On n'oserait rapprocher saint François de Sales de
d'uRFÉ. 255
raiiteur d'un roman frivole, si le saint lui-même n'avait accordé son amitié à Honoré d'Urfé : « Il me souvient, écrit Camus, disciple de l'évêque de Genève, d'une agréable remarque de M. d'Urfé qui, parlant de l'ancienne amitié qui était entre notre Bienheureux, M. le président Favre* et lui, dit que chacun des trois avaitpeint pour l'éternité, et fait un livre singulier qui ne périrait point : notre Bienheureux sa Philothée, qui est le livre de tous les dévots'; M. Favre, le Code Fabrian', qui est le livre de tous les barreaux ; et lui rAstrée, qui est le bréviaire de tous les courtisans. » Sans faire injure au président Favre, on peut dire que le rapprochement fait par Camus est surtout bienveillant pour lui et pour son Code. \ Jj\A$trée'' est le premier^fiiii^^ - \ romans pastoraux ou chevaleresques, héroïques ou galants, qui charmèrent au xvii« siècle les lecteurs les plus sérieux ; et que Mme de Sévigné, dans sa vieillesse, lisait encore, de son propre aveu, avec beaucoup de plaisir. Cette vogue persistante nous surprend un peu aujourd'hui ; nous trouvons bien longs ces romans en dix tomes; bien monotones, ces interminables récits, mêlés de descriptions sans fm et de dissertations subtiles. Mais un roman comme VAstrée, comme ceux de Mlle de Scudéry, où l'auteur se propose de peindre les mœurs de la société dans laquelle il vit, ou, plus exactement, l'imagination, les goûts de cette société, ne peut être parfaitement compris et goûté hors de l'époque pour laquelle il est écrit. Dans un cadre de fantaisie, ordinairement antique, ou du moins prétendu tel, le ro-