BALZAC
gédies politiques de Corneille, où il n'aurait pas dû entrer, si Racine prête à ses jeunes héros grecs, latins ou barbares, Britannicus, Xipharès, Hippolyte, un langage un peu doucereux, la faute en est à VAstrée, qui avait inculqué à Tesprit français le goût de la phraséologie romanesque et de la métaphysique amoureuse.
Balzac.
ii8. Malherbe, sans dédaigner la prose, avait surtout appliqué ses efforts à perfectionner la versification; il disait que sa traduction d un livre de Tite-Live était un modèle suffisant du style ordinaire qui convient aux prosateurs. La place qu'il laissait libre, un jeune homme s'en «mpara. BalzacSen 1624, par le prodigieux succès qu'obtint le premier recueil de ses Lettres, s'imposa tout à coup comme le professeur d'éloquence auquel tous ceux de son temps qui avaient souci de bien écrire devaient demander des leçons. Il faut convenir qu'il avait manqué quelque chose, du côté du style, aux meilleurs prosateurs du commencement de ce siècle : Charron est pénible et lourd; d'Aubigné a du feu, mais il est incorrect; saint François de Sales est trop fleuri, et manque de force, non dans la pensée, mais dans la forme; d'Urfé est traînant et sa phrase est monotone. Le premier de son siècle, \ Balzac offrit le modèle d'une phrase ample, harmonieuse et pleine, bien pondérée, bien construite, satisfaisant l'oreille et l'esprit tout ensemble. Le mérite était grand; mais le succès le dépassa fort. On ne parla plus de Balzac que « comme du plus éloquent des hommes, ou plutôt du seul éloquent». Quand on regarde au fond de l'œuvre
1. Jean-Louis Guez de Balzac, né à An^oulême (1597), mort eu 1654. Plusieurs recueils de Lettres. Traités moraux; Aristippe^ l& Spcrate chrétien^ le PHnce.
de cet écrivain, l*on est toutefois forcé de rabattre beaucoup des éloges qui lui furent prodigués; ce n*est guère plus qu*un habile artisan de phrases : certainement il sait écrire, mais se&p€nséfi.s SQnL souvent communes et bangles,. et Tapprét affecté dont il les enveloppe en fait d autant plus sentir le vide au lecteur non prévenu d*adiniration. Même la forme n'est pas sans défaut; rhyperbole est une figure qui lasse vite, et Balzac en abuse, jusqu'à s'en servir au moment où il jure d'y renoncer. « J'ai renoncé solennellement à l'hyperbole, écrit-il à Chapelain; c'est un écueil que je ne regarde qu'en tremblant, et que je crains plus que Scylla et Charybde. » Boileau disait très bien qu'il faut blâmer chez Balzac « ce soin vicieux de dire toutes choses autrement que le reste des hommes » . Défaut sensible surtout dans le genre qu'il avait adopté et ; qui fit sa réputation. Qu'est-ce que des lettres où il n'y a rien de naïf, rien de simple et de familier, rien qui parte du cœur? Combien l'on préfère à la rhétorique de Balzac l'aimable négligence de Mme de Sévigné, qui disait si bien « qu'il faut un peu entre bons amis laisser trotter les plumes comme elles veulent, » la sienne avait toujours « la bride sur le cou ». Les défauts de Balzac sont moins déplacés dans ses autres ouvrages î le Prince, les Entretiens^ Aristippey le Socrate chrétien^ qui sont des dissertations morales, religieuses, philosophiques; mais on ne trouve guère dans ces livres un peu lourds l'esprit et l'agrément qui sont souvent dans ses lettres. Lui-même en jugeait peut-être ainsi et préférait ses lettres, et parmi ses lettres,^ les premières, à tous ses autres ouvrages : n Monsieur de Balzac, raconte Bayle, disait quelquefois que ceux qui voudraient savoir de ses nouvelles lui feraient plaisir de les. chercher dans l'année 1626. C'était donc là son époque favorite. Il n'y a guère de bons auteurs qui n'en aient une plus favorable que toutes les autres, et qui n'est pas tou-