LA SOCIETE FONTRK/ELLE ET BAYLE
M"*' du Deffand qui personnifie le mieux l'esprit du I siècle, grâce au caractère même de la maîtresse de la I maison. Le trait qui domine dans la physionomie morale dfc celle-ci, c'est la sécheresse de cœur. Cette sécheresse se traduit par la raillerie continuelle et aboutit à l'incurable ennui. Seulement, comme la nature humaine est faite de contrastes, cette âme si froide va, sur le tard, se contredire elle-même en donnant l'exemple d'une affection exaltée. C'est h l'âge de soixante-huit ans que M"^ du Deffand rencontra Horace Walpole, bien fait d'ailleurs pour lui plaire, étant l'une des natures les plus égoï tes et l'une des intelligences les plus dénigrantes qu'on connaisse. Elle se prit pour lui d'une amitié qui devint bientôt une passion, passion encombrante et passablement ridicule, à laquelle Walpole répondait par des rudesses dont on ne se décourageait pas. Cette amitié nous a du moins valu une correspondance pleine de curieux détails. Voltaire, Montesquieu, d'Alembert ont fréquenté le salon de la rue Saint-Dominique.
M"^ de Lespinasse. — Devenue aveugle en 1753, M"' du Deffand avait dû prendre quelqu'un auprès d'elle. M"* de Lespinasse fut sa lectrice et l'aida à tenir son salon. Mais celle-ci était elle-même une personne de trop d'esprit pour ne pas porter ombrage à la soupçoniieuse marquise. La rupture éclata en 1764, et M"" de Lespinasse eut désormais son salon à elle, rue de Bellechasse : les encyclopédistes l'y suivirent amenés par d'Alembert. Fort différente de M""" du Deffand par le caractère, elle représente un autre côté du siècle. D'imagination exaltée et, peu s'en faut, malade, elle appartient à la période romanesque et tourmentée dont J.-J. Rousseau est le porte-parole.
Les réunions athées du baron d'Holbach, les séances gastronomiques des fermiers généraux, le salon politique de Nccker, nous conduisent jusqu'à la veille de la Révolution, *^
On voit comment, d'un bout à l'autre du siècle,» £di iblon» ont; rceu dei écrivains le mot d'or(h*ti «t
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l'ont ensuite transmis dans tous les rangs de la société.
Plus ou moins en dehors des salons M"" de Simiane^ petite-fille de M"^ de Sévig-né; M"* d'Épinay et M"" de Choiseul racontent, dans des lettres charmantes, leur vie et celle de la haute société du temps
m. — LES PRÉCURSEURS.
Des écrivains qui ont g-randi en pleine société du XVII* siècle sont déjà tout formés au début de l'époque nouvelle où ils nous introduisent. Fontenelle et Bayle sont les plus importants de ces précurseurs
Fontenelle. Sa vie; son caractère — Fontenelle est né à Rouen le 11 février 1657 : il était neveu de Corneille par sa mère. Il lit ses études chez les jésuites, se fit recevoir avocat et débarqua à Paris avec une tragédie, Aspar (1680), d'où Racine assure que date l'usage du sifllet. Il eut un meilleur succès avec les Dialogues des morts (1683) et, surtout, avec les Entretiens sur la pluralité des mondes (1686), Il est membre de l'Académie française depuis 1691 et secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences depuis 1699. On 'e trouve dans toutes les réunions mondaines, où il a une réputation de causeur de profession : chez M°" de Lambert d'abord, puis chez M"" de Tenciii et M"* Geoffrin. Fêté partout, et salué grand homme, il parvint sans secousse, sans infirmités, jusqu'au terme de sa longue vie : c'est le 9 janvier 1757 qu'il mourut, presque centenaire, et uniquement parce qu'aussi bien il fallait mourir
Fontenelle personnifie le bel esprit. C'est sous ce< aspect que l'avait vu La Bruyère, lorsqu'en 1694 il tra çait de lui ce portrait :
... Cydiasest bel esprit, c'est sa profession. Il a une enseigne, uji atelier, des ouvriiges de comiuande. et des compagnons qui tra- ^■aillent sous lui... Prose, vers, que voulee-vous? Il réussit également en Tuii et en l'autre. Demandez-lui des lettre? de consolation, Ou sur une absence, il les entFepfendra : prenez-les toutes faites et