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La poésie Ijrique du Nord ; ses caractères. — Lea genres. —Les auteurs. — La poésie lyrique du Midi.

La poésie lyrique du Nord : ses caractères. —

La poésie lyrique comprend toute espèce de poésie dans laquelle les paroles sont subordonnées à l'élément musical. Elle exprime le plus souvent des sentiments personnels.

On a cru longtemps que la poésie lyrique n'était en France qu'une poésie d'importation, empruntée aux troubadours du Midi, C'est une erreur. Il s'est développé dans la France du Nord une poésie lyrique orig-inale dont les premières inspirations sont encore toutes voisines de l'épopée.

C'est seulement vers le milieu du xii' siècle que l'influence provençale se fait sentir dans nos chansons, plutôt indirectement par l'intermédiaire des croisades, que directement à travers la France. La comtesse Marie de Champagne, petite-fille de Guillaume IX, le plus ancien des troubadours, et fille d'Éléonore d'Aquitaine a beaucoup contribué à la développer. L'influence provençale s'est propagée dans la Champagne, la Flandre, la Picardie, l'Artois; encore semble-t-il que la Bourgogne, la Normandie, l'Ile-de-France, y soient restées étrangère».

La poésie des troubadours était morale, satirique, politique, autant qu'amoureuse. La poésie lyrique française des trouvères est pi-esque exclusivement amoureuse; mais la peinture de l'amour semble empruntée au Midi. L'amour v est traité d'ailleurs sans aucune

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sincérité : c'est un amour de tête et d'imag-ination, u simple jeu d'esprit, et le résultat d'une convention. L mêmes sujets, les mômes situations, les mômes détail reparaissent sans cesse : de là beaucoup de monotoni

Le plus g:rand mérite de nos chansons est dans perfection de la forme. Les plus anciennes sont ei strophes assonancées. Au \uV siècle la rime rempla l'assonance. Les auteurs, à la fois musiciens et poète ont porté très loin la science du rythme, et pris u plaisir de raffinés à varier les coupes en multipliant 1 difficultés. Mais dans l'ig-norance presque absolue o nous sommes de la musique du moyen Age, nous ne pod vons nous faire de cette poésie qu'une idée incomplet

Les genres. — La romance est l'une des plu anciennes formes de la poésie lyrique. Gomme l'épopée, elle est sortie de la cantilène et diffère complètement d la chanson du Midi en ce qu'elle est impersonnelle. Au moyen âg-e les romances portent le nom de chansons d'histoire, d'aventure ou de toile^ parce que les femmes les chantaient en tissant la toile. Elles contiennent de petits récits épiques : ainsi les chansons de Raynaud^ Belle Erembor, Belle Idoine, Belle Aiglantine, BelÉi Doette.

La pastourelle est une chanson de bergères. Le cadre en est ordinairement celui-ci : un chevalier rencontre une bergère et lui offre son amour, que tantôt elle accepte et tantôt elle repousse. Dans ce genre, les poète du Nord ont surpassé ceux du Midi.

La retroenge, forme populaire très ancienne commun aux deux parties de la France.

Le molet, d'origine incertaine, était un chant à \iïa^ sieurs voix.

La ballette, chanson à danser, qu'il ne faut pas cou fondre avec la ballade d'origine méridionale.

Le serventois, sans rapports avec le sirvente méri dional, désigne une poésie religieuse.

Le lai, distinct des poésies hretormes qui portent le niôine nom, et dont .'e plus célèbre est celui du Chèvrt' (eu il le.

Le jeu parti, dialogue ou deux poètes disputent sur un point de galanterie. Le jeu parti imUé de la tenson des troubadours a fait croire à l'existence de prétendues « cours d'amour » organisées comme des tribunaux, et dans lesquelles des femmes, s'érigeant en juges, auraient ii'anché d'après un code permanent les questions liti- ^euses de la procédure galante. On a renoncé à cette hypothèse romanesque : c'était prendre un jeu de société pour une institution sociale.

Les auteurs. — Ce sont les chevaliers surtout qui ont cultivé la poésie lyrique : c'est pour eux un divertissement. Un chevalier devait savoir rompre une lance, jouer aux échecs et composer des chansons. Gela explique le grand nombre et le peu de valeur de nos chansons lyriques.

Voici les meilleurs parmi nos auteurs de chansons : Conon de Bélhune qui fit partie de la croisade racontée par ViHehardouin, poète souvent couronné au puy d'Arras, mais raillé à la cour de France à cause de son accent picard; Renaud, châtelain (intendant) de Coucy; Blondel de Nesles, dont on fait à tort le compagnon de Richard Cœur de Lion ; Gace Brûlé^ poète champenois obligé de s'exiler en Bretagne :

Les oisclfs '• de mon pays

Ai oïs en Bretaigne :

A lor chant m'est il bien avia Qu'en la douce Gtiampaigne Les oï jadis.

Il passe à tort pour le maître du fameux Thibaut IV, comte de Champagne et roi de Navarre, l'un des seigneurs turbulents qui pendant la minorité de saint Louis prirent les armes contre Blanche de Cestille. Thibaut chante l'amour.

Hélas? s'il ne li sovient De moi, mors 6ui sans faillir.

S'el savoit d'où ir.is maus vxcûV, Bien l'en devroit sovenir.

Cist mau8 tue mra morir, Se ma dame n'en sostient Une part par son plaisir.

ChançoD, di li saus mentir Qu'ans regars le cuer me tient, Que li vi faire au partir.

Il a aussi IraiJuit avec profondeur des sentiments moraux et religieux :

La souris quiert pour son cors garantir

Contre l'yver, la noix et le froment :

Et nous, chaitif, nous n'alons rien querant,

Quant nous mourrons, où nous puissons garir;

Nous ne cherchons fors qu'enfer le puant.

Or esgardés qu'une beste sauvage

Pourvoit de loin encontre son douiage :

Et nous n'avons ne sens ne bardcment i

11 m'est avis que plain souies de rage.

Thibaut de Champagne a déjà de l'élégance, du charme dans rexprossion : c'est un vrai poète.

Bien dilléreiit de ce grand seigneur, Colin Muset nous a laissé dans ses chansons un tableau piquant de la vie et des mœurs d'un simple ménestrel, promenant par les maisons des riches sa gaieté insouciante el besogneuse :

Sire cuens, j'ai vielé.

Devant vos en vostre osté^, Si ne m'avés riens doné Ne mes gages aquitté; C'est vilenie.

Foi que doi ' Sainte Marie, Aine 3 ne vos sievrai * je mie :

M'auiiiosniére est mal garnie, Et ma malle mal iarcie.

Sire cuens, car couiandcz De moi vostre volenté.

Sire, s'il vos vient à gré, Un beau don car me done>, Par cortoisie.

T^Ieut" ai, n'en dotez mie, De râler ^ à ma mesnie "> :

). H6t«l. — s. Par la loi que je dois à. — 3. Jamais. — 4. Suivrai. — 5. Uésit ^ 6. S'ec aller. — 7. FaïuiUe.

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