II. — LE BRAME
Les théories de Diderot. — C'est à égde distance entre la tragédie et la comédie que se place ce genre 4 intermédiaire, le drame, dont Diderot a l'honneur d'avoir le premier donné, avec peu de netteté d'ailleurs, la ■ théorie. Les personnages seront, comme dans la comédie, " des gens de condition moyenne. Mais, au lieu que le careuitère soit ici l'important ce sera la condition. « Que quelqu'un, écrit Diderot, se propose de mettre sur la scène la conditioi. du juge, qu'il iràrigue son sujet d'une manière aussi intéressante qu'il le comporte et que je le conçois ; que l'homme y soit forcé par les fonctions de son état ou de manquer à la dignité et à la sainteté de son ministère et de se déshonorer aux yeux des autres et'oux siens, ou de s'immoler lui-même dans ses passions, ses goûts, sa fortune, sa naissa ce, sa femme et ses enfants, etl'on prononcera après, si l'on veut, quelodramehonnôte et sérieux est sans chaleur, sans couleur et sans force. »
Du contraste entre la condition et les événements naîtra donc l'intérêt. De la situation naîtra le caractère. « C'est aux situations h décider des caractères. Le plan .. d'un drame peut être fait et bien fait sans que le poète 11 sache rien encore du caractère qu'il attachera à ses personnages. Des hommes ded.fférents caractères sont tous ■ les jours exposés à un môme événement. Celui qui sacrifie .?a tille peut être ambitieux, faible ou féroce. Celui qui a perdu son argent, riche ou pauvre. »
C'est là le trait essentiel de la théorie nouvelle. Dans le théAtre du xvii" siècle, le poète dessine d'abord imagination le portrait du « Misanthrope », &t aprôa «voir conçu ce c&ractôre, s'occupe de la condition où. ii
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LE ROMAN- LE DRAME. LA POÉSIE LYRIQUE. 46rf
fers entrer. Dans le drame, on s'occupera d'abord de nous montrer un père, un fi%, un juge; on songera ensuite au caractère qui sera celui de ce père, de oç fils, ou de ce juge. Ce trait encore est constitutif du g&are : la comédie avait pour objet de nous divertir, le drame devra nous émouvoir.
Diderot avait eu un précurseur, Nivelle de La Chaussée, qui, dans le Préjugé à la mode (1735) et dame Mélanide (1741), donna les premiers exemples lu genre larmoyant, subdivision du genre ennuyeux. Lai -même essaya d'appliquer ses théories dans deux dram.es : Le père de famille, le Fils naturel. Mais ses tentativ es sont malheureuses. Le génie de ïa scène fait totalement défaut à Diderot. Seul Sedaine. dans le Philosophe sans le savoir (1705), donna une agréable et délicate esquisse du genre nouveau appelé u produire seulement plus tard des chefs-d'œuvre.
Le xviii" siècle avait ignoré la poésie. Dans les T>re mières années, Jean-Baptiste Mousseau (1671-1741), d Sk ciple fidèle et maladroit deVÂrt poétique, avait rimé des odes, des psaumes, des cantates, quand il ne rimait pa? des épigrammes lîcencieuses, et fait sans idées des vers sonores. Voltaire n'avait eu que de l'esprit dans ses Épttres eiâansses Contes, et l'abbé Delilte introduisait le déplorable genre de la poésie descriptive. C'est André Ghénier qui, sans avoir le temps d'achever son œuvre, donnera, tout au moins, les exemples d'une poésie nouvelle.
André Chénier. Sa vie; ses écrits. — Andî'é de C hénier Gsi né le 30 octobre 1762 à Constantinople ; sa mère était grecque, et il faut sans doute attacher quelqu*? 'mportance à ces origines d'un poète dont le génie a tant d'affinités avec le génie grec. Arrivé en France en 17G8, il témoigna dès le temps du collège, de son goût pour la poésie; il était à Londres en qualité d'attaché d'ambassade, lorsque éclata la Révolution. Il revint aussitôt en France et se jeta avec ardeur d«n8 la
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mêlée. Il souhaitait vivement une rénovalion politiqueet sociale et salua les premiers événements qui lui semblèrent prèsag-er une ère de liberté. Mais il v.t bu^ntôt quelle tournure prenait la Révolution, et les crimes qu'on commettait au nom de cette liberté. Il ne déserta pas la lutte, se jota en travers du mouvement et, dans des article» coiirug-eux publiés dans le Mercure, le Journal de Pariii, protesta avec indignation contre les excès qui prépamient le règ-ne de la Terreur.
Il devait être l'une des victimes de cette sinistre époque. Arrêté le 7 mars 1794, il monta sur l'échafaud le 25 juillet (7 thermidor an II), deux jours avant la chute de Robespierre.
11 laissait indépendamment de ses articles politiques, d-jnt on peut encore aujourdliui admirer la vig-ueur^ de ïtombreuses poésies. Quelques-unes parurent après sa mort dans divers recueils : mais c'est seulement en 1819 que Latoucho, en publiant la presque totaFité de son œuvre, révéla à la France le poète qu'elle avait perdu. Depuis, les éditions de M. Becq de Fouquières (1876) et, tout récemment, de M. Gabriel de Ghénier ont complété cette première pub icalion. Aujourd'hui, nous possédons d'André Ghénier qulitre-ving-t-onze Églogues ou Bucoliqnes (L'Aveugle, le Mendiant, la jeune Tarent ine), quatre-vingt-seize Élégies, cinq Épftres. des Poèmes {Hermès, l'Invention, l'Anx'rique), des Odes et des ïambes. La pluparf de ces pièces sont inachevées. Le poète, se laissant aller au gré de son inspiration, ne repoussoit aucun sujet, les ébauchait tous. « Tu saiaÉI écrit-il h son ami de Pange, combien mes muscs sonf vag&bondes., ; elles ne peuvent achever promptement u seul projet, elles en font marcher cent à le fois. Eli font un p'sd à ce poème et une épaule à celui-là : iisboi tent tous, el ils seront siir pied, tous ensemble. » On s assez pourquoi Ghénier n'a pas eu ie temps de melt tous ces projets sur pied. Du moins, ces fragment? d'une œuvre "ntenrompuo nous permettent de juger ce qu'au rait pu être l'e poète mûri j3ar ''expérience et grandi p le travail