LE ROMAN, LE DRAME LA POESIE LYRIQUE
L'ho^ume. — 11 s'est de bonne heure constitué une !§► gende autour d'André Ghcnier ; on s'est cru autorisé par le drame de sa destinée à transformer l'homme en un personnag"e élégiau ue ; victime des erreurs de ses contemporains on a oulu voir en lui un ennemi delà société où ii avait vécu. Rien n'est plus faux. André Chénierest un homme du xvi!i« siècle, Il en a les idée : il a lu les philosopheâ de son temps, il s'est instruit dans V Encyclopédie. ChênedoUé dit qu'il fut « athée avec délices » en tout cas, il est juste de constater que l'idée relig-ieuse est absente de son œuvre. André Chénier est un matérialiste à la manière des anciens : et c'est dans un poème conçu sous l'influence de Lucrèce qu'il voulait exposer sur l'ensemble du monde une conception encyclopédique, il -/ a plus, et le poète même chez André Chénier ne sera rjas à l'abri des influences de l'art de son temps. Lorsqu'il dit dans ses derniers vers :
Peut-être avant que l'heure en cercle promenée
Ait posé sur l'émail br'llant, Dans les soixante pas où sa route est bornée,
Son pied sonore et vigilant, La sommeil du tombeau pressera ma paupièrel
il exécute justement une de ces descriptions ingénieuses que l'abbé Dolille avait mises à la mode. Avantde se séparer de son temps, Chénier en a reçu profondément l'empreinte.
I.e poète. — C'est en revenant aux modèles antiques que Chénier a pu apporter dans la poésie une note nouvelle. Ici encore, ii a d'abord suivi la voie des poètes de son époque. On se réclame beaucoup des anciens vers la ♦in du xvni' siècle, 3t Lebrun se croit un Pindare ; mais en les étudiant, on ne les comprend pas : André Chénier pénètre dans l'intimité du g-énie grec et à son école retrouve le secret de l'art. A défaut ue '.a poésie large et naturelle d'Homère, celle ^Uus raffinée de VAnthologie, a passé dans les poèmes de ChénveK Pour celui-ci, l'imitation n'est pas seulement une habitude, c'est encore une théorie. A ceux qui l\\\ re«
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prochfinl ses emprunts, il répond en leur sig-nabD* fliauties larcins :
n juge sourcilleux épiant mes ouvrages
Tout à coup à grands cris dénonce vingt passage?
Traduits de tel auteur qu'il nomme, et les trouvant
H s'admire et se plaît à se voir si savant.
Que ne vient-il vers moi? Je lui ferais connaître
Mille de mes larcins qu'il ignore peut-être.
Mon doigt sur mon manteau lui dévoile à l'instant
La coulure invisible et qui va serpentant
Pour joindre à mon étoffe une pourpre étrangère.
Je lui montrerais l'art ignoré du vulgaire
De séparer aux yeux, en suivant leur lien,
Tous CCS métaux unis dont j'ai formé le mien.
C'est que rimitalion d'André Ghénicr est cette imital)OK originale et libre, celle d'Horace imitant les Grecs, et à« La Fontaine imitant les anciens : elle ne prend que le ton, elle n'emprunte que la forme, dans laquelle l'écrivain coule des pensées qui sont bien à lui. C'est cette méthode que Ghénier a caractérisée dans le vers fameux :
Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.
Le vers antique, c'est-à-dire une forme souple, harnno nieuse, obéissant à ces règles qui sont de tous les temps; les pensers nouveaux, c'est-à-dire les idées qui portent 'a date d'aujourd'hui et le sentiment personnel : telle est la théorie poétique d'André Ghénier. Aussi les meilleurs dô ses vers ne sont-ils pas ceux où il reprend et traduit à sa manière des conceptions antiques; et quelle que soit la fraîcheur de ses idylles, la pureté de ses poèmes grecs, c'est pourtant dans ses ïambes qu'il faut aller chercbor l'image de ce que la poésie devenait entre ses mains. G'est sous le coup de la colère et sous la poussée de l'indignation qu'écrit le poète : cette fois, il ne doit plus rien à ses modèles sinon d'être devenu entièrement maître d'une forme qui conserve à la pensée toute son énergie.
Mourir sans vider mon carquois !
Sans per- )r, sans fouler, sans pétrir dans leur fange Ces bourreaux barbouilleurs de loiSj
LE ROMAN. LE DRAME LA POÉSIE LYRIQUE. j.7^
Les tyrans effrontés de la France asservie,
Égorgée ! 0 mon cher trésor, 0 ma plume, fiel, bile, horreur, dieux d»^ ma vie.
Par vous seuls, je respire encorl
On voit comment la poé sie se renouvelait avec André Chénier : tandis que le xv i;i^ siècle n'avait vu dans l'art d'écrire en vers qu'un amusement et un frivole jeu de syllabes, André Chénier retr ouvait la sincérité de l'émotion et le sérieux de la pensée. Aux artifices du style il substituait une forme simple dans son élégance, un vers tout plein de détails charmants. Enfin, tandis que l'alexandrin était devenu, d'après les préceptes exag^érés de Boileau, monotone et raide, Chénier l'assouplissait et introduisais dans la versification des coupes plus libres, un jeu savant de césures et d'enjambements.