IV. — l'éloquence
Les orateurs de la Révolution. Mirabeau. —
Enfin, les événements publics allaient donner naissance à un g"enre nouveau : l'éloquence politique. Les protestations isolées des états généraux sous l'ancienne monarchie ne suffisaient pas à la parole publique ; c'était d'autre façon, et notamment par la chaire que s'était manifestée une éloquence à laquelle il manquait une tribune. Avec la Révolution, nous revenons au temps où « tout dépendait du peuple, et le peuple dépendait de la parole ». Aussi les grandes assemblées révolutionnaires vont-elles être favorables à l'éclosion de remarquables talents oratoires. Le plus célèbre parmi les orateurs, et qui eut véritablement du génie, c'est Mirabeau.
Gahriel-Honoré de Riquetti, comte de Mirabeau (1749-1791) se trouvait merveilleusement préparé au rôle qu'il allait jouer. Il avait beaucoup lu, surtout pendant de longues années de prisori que lui avaient values les iésordres de sa vie privée. Il avait composé des extraits, étudié les affaires ê la diplomatie; et tous ces travaux avaient abouti à fortifier et à perfectionner ce don da Tôloquence qui lui était naturel. Génie foug'ueux»
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tempérament d'improvisateur, Mirabeau n'a pas prononce moins de cent cinquante discours à l'Assemblée constituante (sur le veto, sur 'e droit de paix et de g-uerre, en faveur des émigrés, sur la contribution du quart). On peut encore aujourd'hui les lire avec intérêt. Toutefois, il faut faire effort pour comprendre comment ils ont semblé si admirables à ceux qui les entendirent.
Le style est heurté, les imag-es incohérentes, les nuances discordantes : tous ces défauts disparaissaient dans l'entraînement de la parole; et c'est par le souffle puissant qui anime l'ensemble que les discours de Mirabeau produisaient leur impression. On sait quelle fut la «enduite de Mirabeau, h qui on a reproché de s'être vendu h la cour. En fait, Mirabeau a toujours été royaliste. S'il veut une révolution, c'est seulement afin d'établir une monarchie parlementaire, et non une république. Mais, lorsqu'il s'aperçut de la marche qu'allaient suivre les événements, il était trop tard. Il avait eu assez d'éloquence pour déchaîner la Révolution : aucune parole ne pouvait plus être assez forte pour larréter et s'opposer au courant.
Nous ne pouvons faire ici que citer les noms d'orateurs qui appartiennent à l'histoir plus qu'à la littérature : du côté droit, Mnhnrf, Clfrmont- Tonnerre, Afounier, Lally Toi lendo /, Vahhc Maury, Crtrfl/^s; parmi les constitutionnels et dans une place assez isolée, Sieyès, orateur disert, l'abbé Grégoire ;\)firT[ï\\es Girondins, Vergniaud, Guadet, Gensonné. imaginations brillantes, caractères faibles : puis les Hébert et les Danton ; Robespierre, développant en style académique ses plus violentes propositions; Saint-Just, raidi dans son austérité. — On voit assez quel grand mouvement de parole s'est produit sous le coup des événenements politiques.
C'est encore à la politique qu'appartiennent de nombreux Mémoires de l'époque révolutionnaire dont les plus connus sont ceux de Madame Rolatid, l'Égérie des Girondins. Les pages où Madame Roland retrace les souvenirs de sa jeunesse, de son éducation, de ses occupations dans la maison de son père, le g-raveui PblipvD