I. Voici 10. Uste de» principales œuvn de Viclor-Hugo
l*remier Tolume de» Odet et /iallade» (1842) ; — Han d' /glande (18Î3) ; — Bug- Jargal (1825) ; — Douiiènie volume des Odes et fJ/iUades (I8i6) ; — Cromtoelt (18Î7); — />«* Orùmlatet (1828; ; — Le Lernier Jour d'un condamné (1829); — Bernani (1830); — Manon Drlorme (1831); — Notrc-Dam>f de Parit ; Lei Feuil>s daiitorxne (1831) ; — Le Roi t'amuse (1832); — Lucrèce Dorgia ; Marie Turfor (1833)-, - Littérature et philosophie wftées {i»3i); — jiH^e/o (1835) ; — Les Chants du erêpiLicule (1835) ; — Lts Voix intérieures (1837); -- Ruy Blaa (1838);— Les Rayons et les Ombres (184Cj; — Le Rhin (1842); — Let Ourgraves {iS*3); — Napoléon le iVM/ (1852); — Les Châtiments (1853);-^ L«$ Contemplations (185(1) -, — le» doux premiers toIuhics de la Légendt tUt StéeUta
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^k)le et embrasse une grande variété de genres et de sujets.
^r C'est par la poésie lyrique que Victor Hug-o a Jébuté.
~ Dans les Odes et Ballades, il subit l'influence de Chateaubriand et de Lamartine et, à leur exemple, demande son inspiration à la double foi royaliste [Quiberon; la Mort du duc de Berrij ; la Naissance du duc de Bordeaux) et catholique ( Vision ; Dernier Chant ; la Lxjre et la Harpe; Dévouement). Le moyen âg-e lui fournit également des *hèmes poétiques. L'auteur débutant n'y a pas encore loute son originalité ; mais il se révèle par la fécondité de l'imagination, la souplesse de la forme, la science du rythme et de la rime poussée jusqu'à la prouesse {Chasse du hurgrave ; le Pas d'armes du roi Jean).
A la suite des événements qui tournèrent vers la Grèce et l'Orient l'attention de l'Europe tout entière, il composa les Orientales (1828). Ce qu'il faut chercher dans les pièces de ce recueil, ce n'est ni une pensée solide ni même des descriptions fort exactes, car le poète décrit des lieux qu'il n'a pas visités; c'est la richesse de l'imagination et l'éclat de la forme. En ce sens, les Orientales sont une date dans l'histoire de notre poésie, où elles font entrer la couleur. Dans les recueils qui suivent : Les Feuilles d'automne, les Chants du crépuscule, les Voix intérieures, les Rayons et les Ombres, les Contemplations^ le poète parvient à la pleine possession de son génie : les défauts, exubérance du développement, profusion de la couleur, s'atténuent ; le sentiment devient plus personnel et plus profond. Les Chansons des rues et des bois, par certaines bizarreries de forme, par des traits étonnants de mauvais goût, accusent déjà la décadence. Les œuvres publiées après 1870, et où les défauts s'exagèrent au delà de toute mesure, ajoutent peu à la gloire du poète.
(1859)-, — Los Misérables (1862); — Wtiliam Shakespeare (1864); — Chanson» des rues et des bois (1865); — Les Travailleurs de la mer (1R6G); — L'Homme qui rit',{M9) ;— L'année terrible (I87i) — Quatre-vingt-treize (1874) ; — Avant l'exil, pendant l'exil, depuis l'exil (1875); — Deuxiômo partie do la Légende de» stisle' '.J8'/0); — Histoire dun crime: l'Art d'être grand-père (1877); — Let (>iiat'e vents de l'esprit; — L'Ane, — To>-queniada — Depuis sa p'ort, on S piiblié V >i^riR Hn %n» œuvres postliurncs.
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Comme poète lyrique, voici les thèmes principaux que Victor Hugo a développés. — L'amour l'a peu inspiré. Il y a dans ses premiers recueils quelques vers d'amour; ils sont pour la plupart d'une extrême banalité. Plus tard, il y aura chez lui une certaine note d'émotion sensuelle ; mais le goût du plaisir, ce n'est pas l'amour. 11 serait exagéré et maladroit d'appeler Victor Hugo le poète de la famille; en tout cas il est le poète de sa famille. Il a mis dans ses vers toute sa famille, son père « ce héros au sourire si doux », sa mère dont il fait gratuitement une brigande vendéenne, son frère et luimême, ses souvenirs d'enfance, les émotions de son foyer, sa tendresse pour sa femme et pour ses enfants. C'est un des traits de son originalité d'avoir parlé admirablement des enfants. Puis nous trouvons dans les recueils lyriques de Victor Hugo les épisodes de la chronique au jour le jour, les événements publics et privés, les naissances, les deuils, les cérémonies, les morts, les suicides. Les choses de la politique y tiennent une grande place. Il est important de noter que Victor Hugo a été î'un des ouvriers les plus puissants de la « légenrle napoléonienne. ') Depuis le début de son œuvre, il est hanté pai l'image de Napoléon. Au temps de su ferveur royaliste, il représente Napoléon comme un fléau de Dieu, mais il en parle. Puis l'admiration éclate et dans des pièces telles que Botmaba^di, Lui, bien d'autres encore, il célèbre Napoléon promenant ses bataillons vainqueurs h travers 1 hJuropo ei revenant joyeux dans sa ville capitale aux acclamations de tout un peuple. Enfin dans ses dernières pièces, il va dire le Napoléon de 1(3x11, frapj)é dans ses rêves d'Empcrour, tout à la fois dans sa gloire et dans son alleoUon de père. C'est là ce (jui est décisif, car ce qui sacre ies grands hommes, ce n'est pas la prospérité, c'est le malheur. — Enfin, Victor Hugo développe quelques lieux communs de morale : il faut faire l'aumône [Pour les pauvres), il faut prier pour tout le -nonde [Prière pour tous), il ne faut pas se suicider (// n'avait pas vingt ans), etc.
Gomme poète satirique, Victor Hugo a donne son
œuvre maîtresse aans les Châtiments, b'oa inspiratioti y est souvent trouble, et d'une violence excessive : le régime ju'il attaque devient sous sa plume comme un composé de tous les crimes et de toutes les hontes. Na' poléon III y est traité d'assassin et d'histrion, de loup et de singe, de Néron et de Cartouche ; c'est là, au seul point de vue même de la littérature, un grave dé lut. Mais la rhétorique y parvient souvent à l'éloquence,
La pièce de l'Expiation^ qui contient la fameuse description de la bataille de Waterloo, a la largeur de l'épopée. Et dans cet ensemble grandiose, violent ou haineux, des pièces telles que Le manteau impérial jettent une note toute particulière, par leur énergie simple et leur pureté presque antique.
C'est peut-être dans la poésie épique que Victor Hugo a le plus complètement réalisé son génie. La Légende des siècles est, dans notre temps, et peut-être dans toute notre littérature, un livre d'une espèce unique. Depuis la Renaissance, les poètes s'étaient efforcés de nous donner une œuvre épique. Très habilement, Victor Hugo ne s'astreint pas à nous donner un poème on douze chants se suivant depuis le début jusqu'à la fin grâce à un lien forcément factice : il nous donne une série de fragments épiques. Il se contente de faire passer sous nos yeux des tableaux détachés où il s'ellbrce de rendre la physionomie de chaque époque : les premiers temps [La Conscience) ; les temps bibhques [Rut h et Boos) ; le moyen âge [Eviradnus, le Petit Roi de Galice) ; la Renaissance [Le Satyre) ; les éemps présents [Les Pauvres Gens). Victor Hugo commence son œuvre avec le tableau de la Création et la mène jusque par delà le Jugement dernier. Pour chaque époque, il choisit ridée morale que cotte époque a, d'après lui, apportée au londe. Pour donner forme à cette idée, il évoque sous los yeux le décor môme de l'époque. Nous avons ainsi, (i'é[)oqueen époque, une histoire tout à la fois morale et pittoresque de l'humanité.
Le théâtre est la partie la plus IMble de l'œuvre poétiuue de Victor Hugo : ce n'était pas de ce côté que le
portait la tournure de son esprit. 11 lui manque ce qui est essentiel au théâtre, à savoir une psychologie : ses personnages ne sont pas des êtres vivants : ce ne sont que de brillantes fictions. Aussi Victor Hugo en a-t-il été réduit à remplacer l'inspiration qui manquait par remj)loi et l'abus des procédés. Celui qui revient le plus fréquemment, et à quoi se ramène presque toute la conception dramatique de Victor Hugo, c'est l'antithèse. Ainsi, Hernani est le héros dans le bandit : Ruy Blas, le laquais homme de génie, le ver de terre amoureux d'une étoile ; M^rion Delorme, la courtisane amoureuse ; François I", lo libertin vulgaire dans le roi ; Triboulet, le père sublime dans le fou ridicule ; Lucrèce Borgia, l'instinct de la mère chez la femme dénaUirôc. 11 y faut joindre les cfiets faciles et dénués de vraisemblance, les coups .de théâtre, les interminables monologues, qui remplacent, sans valoir mieux, les scènes de confidents de la tragédie classique, la place démesurée donnée au décor pseudo-historique. Les pièces de Victor Hugo, depuis la bataille dlferimni (i830) jusqu'à l'échec des Burgraves (1843), n'ont eu qu'un succès d'actualité et de curiosité. Aujourd'hui, c'est à peine si déjà elles supportent la représentation. Elles ne reprennent leur valeur qu'à la lecture, parce que l'éclat du lyrisme et la poésie du style dissimulent l'absence des qualités proprement dramatiques.
Enfin, chez Victor Hugo, le prosateur a été très in féricur au poète. Son roman Notre-Dame de Paris vaut surtout comme tableau d'une époque historique reconstituée ; les Misérables contiennent, à côté de quelques beaux passages, beaucoup de longueurs et de fatras. Ses ouvrages de critique {William Shakespeare) sont d'une extrême faiblesse.
Son génie. L'écrivain. — Ce n'est pas par l'originalité ni par la vigueur de la pensée que Victor Hugo est remarquable. H a peu d'idées, et, loin d'avoir été jamai.* un novateur et un initiateur, il n'a fait le plp souvcm que suivre une impulsion qui venait d'ailleurs
Reflet et écho, c'est lui-même qui définit ainsi son esprit. Tout, dit-il,
Fait reluire et vibrer mon âme de cristal^ Mon âme aux mille voix que le Dieu que j'adore Mit au centre de tout comme un écho sonore.
C'est ce qui explique qu'à travers tant de changelaents, tant d'opinions successives et d'inspirations différentes, il ait pu rester sincère. Pour les idées qu'il a, elles sont banales et ne s'élèvent guère au-dessus du lieu commun II n'a pas pénétré dans le fond de la nature humaine : sa psychologie manque de délicatesse, et même de vérité. Son imagination, qui grossit démesurément les obJGls, l'a empêché de voir les justes proportions des choses : on rencontre des géants, des titans, des dieux, des héros et des monstres dans son œuvre, plutôt que des hommes. Sa sensibilité même n'est qu'à fleur de peau ; et le sentiment, chez lui, n'a pas l'accent de sincérité qui nous émeut chez d'autres poètes.
C'est par la forme que Victor Hugo rep 'cnd toute sa supériorité : mais ici il n'a pas de rival, et les défauts mêmes de son esprit se tournent en qualités. S'il est médiocrement propre à tout ce qui est analyse du sentiment, étude de la passion et drame intime, en revanche il a au plus haut point le sens de l'extérieur : il excelle dans ce qui est description, peinture, évocation. Il a le don de l'image, ou plutôt les idées se présentent naturellement à lui sous la forme d'images. Il a le talent de la narration large, l'invention du détail expressii et frappant.
Ce qu'il y a d'essentiel dans l'œuvre de Victor Hugo, c'en est la rhétorique. Le poète a usé — et souvent abusé — de tous les pro ^édés qui permettent de développer, d° ineltre en valeur et de renforcer l'idée : énu- Tîcration, antithèse, etc. Un ensemble de procédés est ce qu'on appelle un art; et justement Victor Hugo a fait rentrer dans la poésie ce sentiment de l'art trop dédaigné par Lamartine. C'est par les procédés qu'un écrivain
peut être imité, et c'est pour cela que Victor Hugo aura des disciples, sera chef d'école, exercera sur toute la littérature du siècle une grande et lourde influence.
Enfin Victor Hug"0 a compris de bonne heure toutes les ressources du rythme en poésie, et, dans ses premiers, recueils, nous trouvons déjà de purs exercices de virtuosité. Il a su plus qu'aucun autre comment les sons peuvent accompagner et compléter l'impression poétique; en sorte que le vers est « expressif » non seulement par l'idée, par le sentiment et par l'image, mais encore par le soîi qui éveille en nous, au plus intime de nous-mêmes, un lointain et mystérieux retentissement. Depuis La Fontaine personne n'avait si bien connu les ressources de sonorité de notre langue, et personne n'avait eu l'oreille aussi juste.
On voit par h\ quelle place appartient k Victor Hugo dans le développement poétique de ce siècle. Il n'est pas de ceux qui ont éveillé nos àmos à des émotions encore inconnues et qui nous ont ffiil apercevoir des replis encore obscurs de notre cœur. Mais il a ouvert nos yeux h des images nouvelles, nos oreilles à des sonorités nouvelles; et il nous a donné l'habitude d'éprouver par la poésie des sensations délicieuses et absorbantes dont par la suite nous n'avons plus voulu nous passer.
Sans doute, le temps rejettera dans l'ombre une forte partie de l'œuvre de Victor Hugo. Mais ce qui en survivra suffit encore à lui assurer une large place dans la production poétique de ce siècle. Médiocre dans le drame et le roman, il a été l'un des plus grands parmi nos poètes lyriques, et il est le seul qui ait réussi dans l'épopée.