‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 148 sur 223 · VI. — THÉOPHILE GAUTIER ET THÉODOhE DE BANVILLE · texte numérisé non relu

VI. — THÉOPHILE GAUTIER ET THÉODOhE DE BANVILLE

La littérature plastique et la doctrine de l'art pour l'art. — Avec Théophile Gautier et Théodore de Banville se fait la transition de la poésie personnelle et subjective des romantiques à la poésie impersonnelle et objective des parnassiens.

Théophile Gautier (1811-1872) a écrit en prose et en vers; Hz. donné, outre ses poésies, des romans dont le l)lus curieux est le Capitaine Fracasse (1863), roman picaresque dans le goût du temps de Louis XI 11, des récits de voya8:e, en Espagne, en Italie, à Constanti-

nople, dos études de critique dramatique et surtout de critique d'art. Ce qui fait l'unité de cette œuvre, c'est que Théophile Gautier, qui avait commencé par être peintre, se place toujours au point de vue de l'art. Il se définissait lui-même : « un homme pour qui le monde extérieur existe ».

Aussi va-t-il mettre dans ses vers peu d'idées et de sentiments. II se contente de rendre l'aspect extérieur des objets. C'est ce qu'indique bien le titre même qu'il a choisi pour son principal recueil: Emaux et Camées (1852). tt Ce titre, dit-il, exprime le dessein de traitersous forme restreinte de petits sujets, tantôt sur plaque d'or ou de cuivre avec les vives couleurs de l'émail, tantôt avec la roue du graveur de pierres fines, sur l'agate, la cornaline ou l'onyx. » Théophile Gautier érige sa pratique en théorie. D'après lui la littérature doit être »< plastique », c'est-à-dire rivaliser avec les arts plastiques, être tour à tour de la peinture, de la sculpture, de la gravure. Théorie fausse, la littérature ayant son objet propre. De même, c'est Théophile Gautier qui a émis la théorie de « l'art pour l'art ». L'art serait indépendant de tout ce qui n'est pas lui et même de la morale ; il pourrait se passer d'idées et de sentiments; seule la forme y importerait. On voit assez combien l'art ainsi compris serait frivole et vide.

Malgré ces paradoxes de doctrine, Théophile Gautier a rendu à la poésie d'appréciables services. Rompant avec les efTusions sentimentales des romantiques, il a donné aux écrivains le souci d'un métier plus scrupuleux et d'une forme plus précise. Il fut un bel artiste en vers.

Théodore de Banville (1823-1891) renouvela, en lesexagérant, sonexempleetsaleçon7^es Cariatides, 1842; Odes Funambulesques, 1857; Traité de Poésie Française, 1872).J| Nul poète n'a montré plus de virtuosité que cet habile jongleur de rythmes et de mots, obstiné à regarder le monde à travers la rime riche : mais il n'y a plus d'idées, et il n'y a presque pas de sentiments derrière sa fantaisie ailée; avec lui la poésie n'est qu'une architectur

de sons, une musique de rimes ; aussi fut-il à la fois le précurseur des Parnassiens et celui de Verlaine.

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