TllIERS
Sa vie. — G est à quelque distance de ces granus initiateurs qu'il faut placer Thiers. Adolp/u Thier^
i.6t ne à Marseille le 15 avril 1797. 11 fit son droit à Àix, vint à Paris, collabora au Globe en 1824, pui? aii Constitutionnel, le journal le plus influent de Topposition libérale. Les deux premiers volumes de THistoire de la Révolution française avaient paru en 1823. Thiers voulait écrire une Histoire universelle et, pour visiter d'abord le monde, il était sur le point de partir avec le capitaine Laplace pour un voyage de circumnavigation. La cabine était retenue, quand il apprit la formation du ministère Polignac. Il resta el fonda un journal de combat, le National, avec Mig-net et Armand Garrel (1" janvier 1830). Le 20 juillet, il rédigea la protestation des journalistes. C'est à 1 histoire la plus moderne qu'il appartient de juger le rôle de Thiers, sous la monarchie de juillet, sous l'Empire, à l'Assemblée nationale, à la présidence de la République. Il est mort ù Saint-Germain-en-Laye le 3 septembre 1877. On a souvent comparé Thiers et Guizok pour opposer à la raideur du second la souplesse du premier.
Son œuvre. — Les deux ouvrages de Thiers, composés à deux époques différentes, marquent une gradation dans son talent. Ul/istoire de la Jtévolution française parut en deux fois. Les deux premiers volumes, contenant l'histoire de la Constituante et de l'Assemblée législative, parurent en 1823. Thiers avait vingt-six ans. C'était sur la Révolution la première histoire à peu près complète, et surtout qui fût conçue dans un sens favorable. Aussi 1g succès du livre fut-il énorme. Toutefois, la valeur scientifique était médiocre : point de recours aux sources, des documents insuffisants, un parti pris évident en faveur du tiers-état et de la bourgeoisie. Ce n était qu'un début. L'ouvrage, complété en 1827, forme dix volumes Thiers, pour le terminer, av<iit étudié d( plus près les documents, les institutions, la science militaire et la science financière; il avait profité de ses relations avec Tallcyrand, le baron Louis, Jomini. Les évé nements vont jusqu'à la chute du Directoire. L'ouvrage avait fait l'eirel d'une Marseillaise iSaiiie I
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Beuve). Mais, de même que les derniers volumes marquent déjà un progrès, YHistoire du Consulat et de ^Empire est l'œuvre capitale de Thiers II l'entreprit iprès 1840 et s'y prépara par de longues recherches, li parcourut l'Espagne, l'Italie, l'Angleterre, l'Allemagne. De plus, son entrée aux affaires depuis 1831 avait beaucoup élargi ses connaissances et rectifié son jugement. II se sentait prêt sur les questions militaires et financières. Lesdeuxpremiersvolumesparurentenl845, le vingtième et dernier en 1862. L'ouvrage comprend soixante-deux Hvres ; il commence à la constitution de l'an VIII et se termine à la mort de Napoléon. Dans cette histoire, Thiers ne cache pas son admiration pour Napoléon, ne faisant de réserves qu'à propos des dernières années. Gomme toute la génération de 1830, il voit en ce grand homme l'identification de la Révolution française.
L'historien ; l'écrivain. — Thiers a lui-même indiqué sa méthode dans l'introduction placée en tête du douzième volume de YHistoire du Consulat et de l'Empire. Avant tout, il se préoccupe de donner des renseignements exacts. « Je n'ai aucun repos que je n'aie découvert la preuve du fait, objet de mes doutes : je la cherche partout où elle peut être, et je ne m'arrête que lorsque je l'ai trouvée ou que j'ai acquis la certitude qu'elle n'existe pas. » C'est la réponse à ceux qui accusent Thiers d'avoir manqué au souci de l'exactitude. Quant à la quaUté dominante de l'historien, c'est, d'après lui, l'intelligence. Avec elle « on démêle bien le vrai du faux, on ne se laisse pas tromper par les vaines traditions ou les faux bruits de l'histoire; on saisit bien le caractère des hommes et des temps, on n'exagère rien, on ne fait rien de trop grand ou de trop petit: on donne à ohaque personnage ses traits véritables. On peint juste, on entre et on fait entrer dans le secret ressort des choses, on comprend et on fait comprendre comment elles se sont accomplies ». Thiers a eu, en efi'et, au plus haut degré le « don de comprendre ». II a tout compris: l'administration civile et politique, la diplomatie (négociations de Prague, chapitre sur le Concordat), les allaircs financières, ta slia-
tégie (campagne d'Italie, campag-nes de 1813 et 1814); il est un rematY^iiablc historien militaire.
De cette «. inteiiig-ence » proviennent les qualités de son style : Thiers n'a pas la couleur et le pittoresque, mais il écrit d'un style simple, précis, rapide, entraînant parla même. C'est le style de 1 homme d'aflaires. Ni philosophe, ni psycholog-ue, Thiers n'a pas été chef d'école et n'a pas eu d'influence sur le développement de la science historique de notre temps. Mais il a eu l'honneur d'avoir raconté une partie de notre histoire nationale