‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 153 sur 223 · IV. — MIGNET · texte numérisé non relu

IV. — MIGNET

Sa vie;; son œuvre. — 11 faut rapprocher du nom de Thiers celui de son ami et de son conseiller : Miynet. Il naquit à Aix le 8 mai 1796 et y commença ses éludes, qu'il termina en 1808 à Avig-non. Il enseigna l'histoiro dans cette ville en 1815. Il suivit ensuite la carrière du barreau à Aix, avec Thiers. En 1821, il vint à Paris, entra au Courrier français et commença, à l'Athénée des cours qui eurent un succès considérable. En 1824, il publia son premier grand ouvrage, VHistoire de la Révolution, résumé brillant mais partial. Il coopéra à la fondation du National et fut l'un des signataires de la protestation des journalistes. Nommé conseiller d'Etat, puis chargé d'une mission politique en Espagne, il publia, au retour, les Acgociations relatives à la succession d'Espagne. Membre de l'Académie des sciences morales et politiques depuis 1832 et de rAcadémie française depuis 1831), il se consacre désormais tout entier aux études histor iijucs Trois grands faits de rhisloirc moderne attirèrent son attention : la con(|uêle de la Germanie au christianisme ; la formation territoriale de lu Franco; la Réforme. Il les analysa dans trois Mémoires restés célèbres (183G-1843). Ces recherches l'amenèrenî bientôt à se renfermer dans le xvi" siècle, qui lui inspire ses quatre ouvrages: Antonio Perez "t Philipe //(18i5); Marie ^'/wwrî (1851); Charles Quint et son abdication a854) : Bivalitéde François I" et de Charles Quint (i^lb^

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Dans ces écrits, il a cherché à expHquer la formation de l unitr espagnole et les causes de sa ruine Ce n'étaient d'ailleurs dans sa pensée que les matériaux d'un grand ouvrage qu'il voulait écrire sur la Jie'/'ormation. Aiignef fut amené par ses fonctions de secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences morales et politiques à écrire la \ ie d'un certain nombre de membres de cette Académie. I<]n 1843, il publia une première série sous le titre de Notices (Sieyès, Rœderer, Talleyrand, Destutt de Tracy, Daunou). Il publia plus tard une seconde série consacrée à Joufîroy, Laromiguière, etc. Ces éloges académiques sont parmi les modèles du genre. Mignet est mort en 1884

L'historien ; l'écrivain, — La qualité maîtresse de Mignet comme historien est la faculté de la générale sation, le talent de condenser toute une époque en quelques traits. En deux volumes, il a fait tenir toute l'histoire de la Révolution. Les Mémoires sont également des généralisations appuyées sur des faits une fois établis.

Au point de vue des idées, on lui a reproché d'appartenir à l'école fataliste. Ce reproche n'est qu'en partie fondé, Sehis doute, il a repris les théories de Montesquieu sur l'influence du climat, du sol, du caractère, de la race. Ces considérations l'ont amené à écrire : « Ce sont moins les hommes qui ont mené les choses, que les choses qui ont mené les hommes. » Mais, Ix. plusieurs reprises, il s'est prononcé dans le sens de la liberté. Il déclare que le cours de la Révolution eût pu être changé avec un prince autre que LouisXVI. Dans son ôlogede Sismondi, il écrit : « Le véritable historien sait assigner dans l'accomplissement des faits la part des volontés particulières qui attestent la liberté morale de l'homme et l'action des lois de îliumanité vers des lins supérieures sous Taction cachée de la Providence, »

Mignet a eu au suprême degré le souci de la forme: mais ce qu'il cherche ce n'est pas la couleur, c'est la sobriété et la concision. Voici en quels termes il résume Tœuvre de la Révolution : « Mie a remplacé l'arbitraire par la loi, le privilège par l'égalité; ell-e a déhvié l«f hommes des distinctions de classes, le sol ëfts> barrières

des provinces, l'industrie des entraves des corporations et des jurandes, l'agriculture des sujétions féodales et de l'oppression des dîmes, la propriété des gènes des substitutions, et elle a tout rannené à un seul état, h un seul droit, à un seul peuple. » Il est impossible de aire plus de choses en moins de mots. Cette énergie d'une pensée concentrée sur elle-même, c'est justement le mérite distinctif du style de Mignet.

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