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LE ROMAN AU X I X» SIÈCLE

Romans d'analyse. — Romans historiques.

Le roman idéaliste. George Sand ; sa vie. — L'œuvre : romans de passion ; romans socialistes. — Les romans champêtres ; la dernière manière. — Ses procédés de composition ; son style.

Le roman réaliste. Henri Bevie (Stendhal). — Prosper .Mérimée : la

« nouvelle ». — Balzac; sa vie; son caractère. — La Comédie humaine. — Sa conception du roman ; se» types ; son style.

Le BOJiAN apuès 1850. — Gust.ive Flaubert. Combinaison du romantisme et du réalisme. — Madame Bovary. Salammbô. — L'école naturaliste. Les théories. — Edmond et Jules de Concourt. L' « écriture artiste ». — Emile Zola. Les Rougon-Macquart. — Alphonse Daudet. Lo peintre des ratés et des humbles. Tartarin.

Le roman idéaliste. Octave Feuillet.

Guy de Mauj^assaui.

Romans d'analyse. — Le roman estl'un des genres qui ont pris au xix" siècle le plus d'extension. Si l'on excepte la Princesse de Clèves et le Roman comique. Gît Blas, Manon Lescaut, la Nouvelle //e'ioïse et Paul et Virginie, la production romanesque antérieure avait été sans valeur littéraire. Queiques-uns des plus beaux livres du XIX* siècle sont des romans. Des romanciers tels que Balzac et George Sand sont parmi les plus grands noms de notre littérature. Enfin la forme du roman n'a cessé de s'assouplir : c'est un cadre docile dans lequel on a pu successivement enfermer des tableaux d'histoire, des études de passion, des peintures de mœurs, des analyses de sentiments, des théories morales. Le roman est en continuelle transformation, ce qui pour un genre littéraire -^st le signe même de la vie.

Jean-.Taccjues Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre

l'emploi qu'en avaient fait Chateaubriand et M'^'de Staël 11 était pour eux surtout un moyen de se mettre en scène et d'exprimer leurs propres sentiments. C'est de même que Benjamin Constant dans Adolphe (1816) étudie une crise de sa vie sentimentale. Ce court roman par la pénétration psycholog-ique, par la sobriété des détails, par la précision du style est peut-être le chef-d'œuvre du ^oman d'analyse.

Romans historiques. — Le romantisme s'empare Ju roman comme de tous les autres genres littéraires. Une des tendances du romantisme est le goût de l'histoire. Les romans de l'Anglais Walter Scott, qui obtenaient en France et par toute l'Europe une vogue considérable, présentaient une ingénieuse adaptation de l'histoire au roman. C'est sur ce modèle que se forma chez nous le roman historique.

Le Cinq-Mars d'Alfred de Vigny (1826) est l'un des spécimens les plus fameux du genre. L'auteur y raconte la conspiration de Cinq-Mars à sa façon, qui est loin d'être celle des véritables historiens. Il présente les faits sous des couleurs inexactes ; il dénature à plaisir le caractère des personnages. Il substitue son invention à la réalité. Mais si le livre ne doit, au pointde vue historique, 'Mre lu qu'avec la plus grande circonspection il emprunte sa valeur littéraire au dramatique du récit, au relief de certains épisodes, à la qualité du style.

ha Notre-Dame de Paris [ISSi) de Victor Hugo est une évocation de l'ancien Paris, beaucoup moins intéressante par l'affabulation, par le drame et par les idées que par les descriptions. C'est comme un roman sur l'architecture, un poème consacré à l'art du moyen âge. Sous l'influence des idées de la Renaissance, le xvii*

le xYiii» siècle avaient considéré que l'art du moyen ige était toute barbarie et que les œuvres qu'il avait )roduites étaient monstrueuses. Chateaubriand en relevant contre ces idées avait « restauré la .îathé- ?drale gothique ». La cathédrale est véritablement au )remier plan dans le roman de Victor Hugo. Il a su la lire vivre, lui donner une âme.

Les Misérables (18G2) f'oiitiennent aussi des parties hïstorîqnes. Pitié j^otH* Jeis humbles, sympathie pour 'es révoifés, féhahihtation du forçat, théories htirhanilaires, sinon socialistes, ffag-ments d'éptJpéc?, page» d'histoire, descriptions de Paris, de se» couvents et de ses égouts, il f fi 6(5 font dans cette ceuvre vaste, hrég-ale, confuse, composée d aîHeurs à des dates et s6f(fs des influences difTérentes, et oîi de réelles beautés éclatent au milieu de beaucoup de fatfas.

Les Ouvrages cjue nous venerts de citer ont avec des défauts des qualités littéraires de premier ordre. Les romans historiques d'Alexandre Dumas père (1802-1870) sent, à vrai dire, en dehors de la littérature. Événements ejttraordinaires, grands Coups d epée, intrigues ténébreuses, persennages de fantafsié, sentiments modernes sous les costumes de jadis, grossier bariolage d'histoire, un style d'improvisateur. Voilà ce qu'on trouve dansées romans dont le plus fameux est: Les Trois mousquetaires. Néanmoins Dumas a tme invention si fertile, tant de mouvement dans le récit, tant de gaieté facile et de bonhomie qu'on ne peut lui refuser d'avoir été et d'ôtre encore un prodigieux amuseur.

On voit comment le roman historique est entré dans Id littérature, et Comment il en est sorti. En soi-même, de genre est un genre faux. Le roman y nuit h l'histoire, l'histoire y restreint la liberté d'invention. Cependant ce genre< qui est aujourd'hui tout à fait démodé, n'a pas été sans utilité. 11 a habitué les écrivains à faire plus d'attention du « milieu » dans lequel ils placent leur récits. Il a servi de transition pour arriver au reman de mœurs contemporaines.

Le ^oiban idéaliste, ôeôrge Sand ; sa Vie. — Le romantisme par une autre partie de sa définition est t^n^ doctrine individualiste. 11 exalte le « moi n ; it ost sentK mental et passionné. C'est cette tendance qui ^e fait jour dans la plupart des romans de George Sand. ,

Liicile-Auror'é Dupin, baronne Dudevant, est née ai Paris eti 1804. Elle descendait de Maurice de Saxe. Elle nous a longuement raconté son enfance dans : L'Histoire

de ma vie. L enfant, presque abandonnée à elle-môme, Tut élevée en pleine nature, dans ce Berry qu'elle devait plus tard si souvent et si heureusement décrire. Elle y passait des heures de solitude et de rêverie, ou bien se mêlai' aux gens de la campagne, partageait leur vie, écoutait les histoires que l'on conte à la veillée. Elle avait elle-même le goût et le don de conter. Ces premières impressions furenttrès vives; elles ont mis surl'œuvre de l'écrivain une empreinte profonde. Mariée très jeune à M. Dudevant, elle s'en sépara de bonne heure. Elle arriva à Paris en 1830, essaya du journalisme où elle ne réussit pas et écrivit, en collaboration avec Jules Sandeau, son premier roman Rose et Blanche qui eut un vif succès. L'année suivante paraissait /nrf/«n«, le premier en date des livres qui devaient rendre célèbre le pseudonyme de George Sand. En relations avec tout le monde littéraire de l'époque^ George Sand, vers la fin du règne de Louis-Philippe, se prit de goût pour les théories politiques et utopies sociales qui eurent cours alors. Sous le second Empire, elle se confina dans ses travaux littéraires. Elle passa dans sa terre de Nohant les dernières années de sa vie. Ce fut une vieillesse calme, heureuse. Lf» « bonne dame de Nohant >> mourut le 8 juin 1876. Pour ce qui est du caractère, M"* Sand fut foncièrement bonne, incapable d'hostilités, de mesquineries et de rancunes, aimant à secourir, à protéger. Elle croit au bien; elle est optimiste. Elle projette sur la réalité les couleurs de son imagination. C'est précisément ce qu'on appelle être romanesque.

L'œuvre : romans de passion; romans socialistes. — On a souvent remarqué que les femmes, en littérature, manquent d'individualité et reflètent fidèlement le milieu intellectuel où elles ont vécu. Pour George Sand, cela est vrai de toute une partie de son œuvre, mais non de toute son œuvre, et nous verrons comment elle arrive peu à peu à dégager son originalité. Dans les rom.ms de sa première manière, Indiana, [^alcntine, Lélia, Jacques, George Sand subit l'influence encore dominante de Jean-Jacques Rousseau, dont les livres

gjjg LE XIX' SIÈCLE.

avaient été sa première nourriture intellectuelle, de Chateaubriand et de lord Byron. Ses héroïnes ont Tinquiétude, les aspirations inassouvies, le trouble que l'on désig-nait sous le nom de « mal du siècle ». Tj'auteur proclame hardiment les droits delà passion, et ne craint pas de se mettre en révolte contre les opinions reçues et les principes mêmes sur lesquels repose la société. De ces romans de passion, George Sand en arrive par une pente naturelle aux romans à thèse, où la fable n'est qu'un moyen pour démontrer une théorie. Georg-e Sand a beaucoup de goût pour les idées; mais chez elle la pensée n'est ni vigoureuse ni originale. On a remarqué, non sans malice, qu'elle développe successivement les idées de tous les écrivains, artistes ou penseurs avec qui elle a été en relation. Elle semble -d'ailleurs ne pas les toujours très bien comprendre. Les dissertations qui abondent dans les romans de cette période sont souvent obscures et confuses. Consuelo, Ui Compagnon du tour de France, le Meunier d'Angibault, le Péché de M. Antoine sont remplis d'aspirations socialistes aussi généreuses que vagues.

Les romans champêtres ; la dernière manière '. — C'est dans un genre très différent que George Sand a donné ses chefs-d'œuvre, ceux de ses livres qui ne doivent rien aux influences du moment et qui ont le plus de chances de durer. Nous avons vu qu'elle avait au plus haut degré le sentiment de la nature et l'amour des choses de la campagne. Elle n'eut qu'à se souvenir et qu'ù s'abandonner à la pente de son esprit pour décrire ces petits livres achevés et qui n'ont pas d'analogues dans notre littérature: La Mare au Diable, la petite Fadette, François le Champi, les Ma f très sonneurs. On a reproché h ces romans de représenter les paysans sous un jour par trop favorable et de les peindre avec des couleurs d'idylle. Ce reproche n'est qu'en partie fondé. Sans doute George Sand idéalise les

1. Pour 1.1 commodilé de la classiGcalion on distingue dann l'œuvro do Georft Sa'id quatre miiuii^rc't : l" Itomans de passion ; i* RottUtK BOcialialO! ; 3" Romwf ChainpCtres ; 4* Komans siiiiplcmcnt romanosquM.

paysans. Néanmoins l'idée qu'elle nous en donne n*esl point fausse. George Sand connaissait bien î'âmfi paysanne; elle savait les mobiles auxquels elle est accessible, ies sentiments qui lui sont le plus familiers, les rêves qui la hantent. Si elle a insisté plutôt sur les beaux côtés, afin de nous faire partager sa sympathie, c'était son droit, peut-être son « devoir » d'artiste. Enfin il serait injuste de dire que tous ses paysans se ressemblent: au contraire elle a su en tracer des portraits finement nuancés et faire défiler sous nos yeux une série de types fort différents. Les descriptions sont d'une fraîcheur incomparable, le récit est aisé et simple, la composition tout près d'être parfaite.

Au sortir de ces romans champêtres, l'âme pour ainsi

^dire rafraîchie et apaisée, George Sand ira jusqu'à la fin

lonnant des récits d'une humanité plus Large, d'une

i^poèsie souriante, d'une philosophie indulgente *. Jean de

la Roche, le Marquis de Villemer, la Confession d'une

jeune fille, J/"* de la Quintinie, i/"* Merquem.

Ses procédés de composition ; son style. — Facilité, abondance, c'est ce qu'il faut toujours répéter pour George Sand. Elle écrit régulièrement, sans fièvre, ^accomplissant chaque jour une tâche pareille. Elle n'a ['ailleurs, quand elle commence son roman, aucun plan. !]lle laisse les événements se dérouler et s'enchaîner suivant son inspiration du moment. La conséquence est ju'il y a dans la composition beaucoup de nonchalance. IDe même les caractères ne sont pas marqués d'une 'empreinte très nette. Mais cette sorte d'abandon a son charme. George Sand écrit très bien. Sa langue est correcte et pure. Sa phrase un peu longue a du nombre et de l'harmonie. On a comparé justement son style à un grand fleuve qui s'épanche paisiblement et répand partout la fécondité. Pour toutes ces raisons George Sand doit être mise au premier rang des romanciers de ce siècle. Son œuvre reste le type du roman proprement dit !« romanesque ».

Le roman réaliste. Henri Beyle (Stendhal). — [Cependant l'esprit du xvin" siècle n'était pas mort; Ica

idées dos philosophes n'avaient pas disparu sang laisser de traces. C'est cette tradition du xviii" siècle qui, en ao continuant, va produire lo courant réaliste dans lu littérature du xix" siècle. Henri Beyle (1783-1842), connu sous lo pseudonyme de Stendhal est un Jisciple de Gondillac, l'Helvétius, de Destutt de Tracy. Il est sensualiste, matérialiste, athée. Il est persuadé que Tunique mol)ilede ruclivitù humaine est- la recherche du bonheur. Il a le culte de « l'énergie » par opposition aux époques où la civilisation détruit roriginalité des individus et elTace le relief des caractères. Napoléon est son héros. L'Italie est sa terre de prédilection. Henri Beyle est surtout l'auteur dedeux romans : Le liouye et le y>V;/7'(1831), dont le principal pjîrsonnage, parfaitement odieux, Julien Sorel, est un type d'égoïsme et d'ambition, et la Chartreuse de Panne (1839), peinture de la société italienne et qui commence par une description restée fameuse de la bataille de Waterloo. Au lieu de montrer le dessin général do la bataille et de peindre par grandes masses, Henri Beyle ne nous présente que des détails, des points isolés, voulant nous faire comprendre qu'un témoin ne peut avoir d'une bataille qu'une vision partielle.

Henri Beyle se donne pour un « observateur du oœur humain ». Gela même est sa marque. C'est un psychologue subtil, parfois pénétrant, toujours précieux et maniéré. Gomme d'ailleurs il donne une grande importance au tempérament, h l'irjflucnce du milieu, et qu'il ne croit gucro au libre arbitre, il se trouve par là préparer nos écrivains réalistes ou naturalistes. Le style de Henri Beyle est d'une précision et d'une sécheresse voulues.

Prosper Mérimée: la « nouvelle ». — « Je serai compris vers 1880» disait Boyie. El il est vrai qu'il a, vers cette datu trouvé ses plus fervents admirateurs. Néanmoins son inlluence est très sensible déjà sur Mérimée et sur Balzac. « Les idées de Stendhal sur les bomraos et sur les choses ont singulièrement déteint sur los miennes " lisait Mérimée. Il a en elTot avec lui beaucoup de points de contact. Il est comme lui sec, ironique, v\ù.

ïeur, mystificateur Gomme lui il affectionne les époques et les pays où l'énergie est intacte et n'a pa? été atténuée par la civilisation : le x\v siècle l'Illyrie, la Corse. Très instruit, amateur d'art, historien, archéologue curieux de ling-uistique, Mérimée est l'un de ceux qui nous ont initiés à la connaissance des littératures étrang-ères et notamment de la littérature russe,

Mérimée (1803-1870) qui a débuté par des fantaisies dramatiques (théâtre de Clara Gasul {iS26), et donné un roman historique, la Chronique du règne de Charles IX (1829), est surtout un admirable auteur de nouvelles. I) a restauré ce genre très français dans Colomba, Tamango, Carmen, la Vénus d'Ille, etc. Dans le cadre étroit d'un court récit il sait faire tenir la peinture d'un milieu, les indications vigoureuses et nettes des caractères. Il a l'art du récit rapide, une sorte de pathétique contenu sans exclamations ni effusions. Son style, par son éclat sobre et par sa solidité, donne l'idée d'une perfection sur laquelle le temps ne mordra pas.

Balzac; sa vie ; son caractère. — Mais le grand maître du roman réaliste, c'est Balzac. C'est lui qui a laissé l'œuvre la plus considérable et la plus forte. Pareil aux créateurs de génie, un Shakespeare, un Molière, il a su mettre sur pied une société imaginaire aussi vivante que la société des êtres de chair et de sang.

Honoré de Balzac est né à Tours en 1799. Il fut d'abord clerc de notaire, puis associé d'un imprimeur, fit de mauvaises affaires et contracta des dettes qui depuis vont peser sur toute sa vie et lui donner cette préoccupation de l'argent qu'on retrouve aussi bien dans toute son œuvre. Pour s'acquitter, et en même temps pour réaliser son rêve d'écrivain, Balzac se condamne à un effrayant labeur: il s'enferme six semaines ou deux mois, ne voit plus personne, fait du jour la nuit, travaille dix-huit heures de suite, à la clarté des bougies, en robe de dominicain. Il se tua littéralement de cet excès de travail. Il est mort h cinquante et un ans en 18r50.

Balzac a une nature exubérante, excessive, ries contemporains nous le représentent robuste, trapu ^ ies

épaules Jarg-es, les cheveux abondants « le rire fréquent et bruyant, les dents solides comme des crocs », i air « d'un sanglier joyeux ». Il est vulg-aire, trivial. Il s'admire naïvement. Il s'appelle un « maréchal des lettres ». Il dit: « Il n'y a que trois hommes à Paris qui sachent leur lang-ue : Hug-o, Gautier et moi. » Mais il est doué d'une imagination de visionnaire : les personnag-es créés par son esprit vivent devant ses yeux , il les voit aller et venir; il s'intéresse aux aventures qu'il leur prête, comme si elles avaient réellement lieu. Par là déjà on devine les qualités et les défauts de l'œuvre de Balzac.

La « Comédie humaine ». — Afin d'embrasser tous les aspects de la société, Balzac eut l'idée de relier tous ses livres entre eux suivant un plan général. L'ensemble porte le titre de la Comédie humaine. Il se subdivise en catégories dont chacune contient plusieurs romans. Scènes de la vie privée [la Femme de trente ans, la Maison du chat qui pelote, le Colonel Chabert). Scènes de la vie de province [Eugénie Grandet, le Lys dans la vallée). Scènes de la vie parisienne {le père Goriot, Grandeur et décadence de César Birotteau, la maison Nucingen, la cousine Dette, le cousin Pons). Scènes de la vie politique [Une ténébreuse affaire, le député d'Arcis). Scènes de la vie militaire [les Chouans). Scènes de la vie de campagne [le Médecin de campagne, le Curé de village, les Paysans). Études philosophiques; études analytiques. — Les mêmes personnages se retrouvent h travers tous ces romans, soutiennent entre eux des rapports de famille et de société.

Outre les romans réunis sous cette appellation générale, Balzac a donné les Contes drolatiques et quelques pièces de théâtre dont la meilleure est Mercadet, ou le faiseur.

Sa conception du roman ; ses types ; son style. — Dans la préface de la Comédie humaine Balzan indique son intention d'écrire « l'histoire naturelle » de l'homme. Tel est le point de vue où il se place, o'est le point de vue du naturaliste, c'est-à-dire du savant. On

voit quelles conséquences en découlent. Le savant ne prend pas parti : il ne s'indigne pas, ^ il ne condamne pas, il ne jug-e pas. Son rôle est seulement de décrire, d'analyser, Je classer. Tout ce qui existe sollicite ég-ale^ men son attention: la laideur autant que le beauté, le mal autant que le bien. Ou plutôt il n'y a pour lui ni beauté, ni laideur, ni bien, ni mal ; il n'y a que les manifestations variées de l'être. Il assimile l'homme à un animal ou à une plante. Par suite il ne tient pas compte de la liberté, mais il explique toute l'activité humaine d'abord par l'instinct, ensuite par l'influence du milieu extérieur. Ajoutez que ce parti pris systématique est en accord avec le tour d'esprit de Balzac. Celui-ci manque de délicatesse et de distinction : il échouera dans la peinture de l'humanité supérieure; il réussira surtout dans l'étude de ce qui est bas, trivial, g-rossier, vicieux.

Ainsi sont déterminés les types qu'on rencontrera dans les romans de Balzac. Les g-ens du monde y sont mal observés, ont des manières, des sentiments, des façons de penser vulg-aires. Les hommes d'esprit y ont un esprit de commis-voyag-eurs. Toutes les fois qu'il veut exprimer l'élég-ance, la noblesse, la g-énérosité, Balzac se guindé. Il ne sait peindre ni l'honnête femme, ni la jeune fille. En revanche, il est admirable toutes les fois qu'il met en scène l'être humain déformé par le métier, enlaidi par le ridicule ou par le vice. Gom- *Tiis, employés de bureau, hôtes des prisons, convives 'ies tables d'hôte, provinciales prétentieuses et revêches, femmes coupables font dans son œuvre une riche et grouillante galerie. On se tromperait d'ailleurs si l'on croyait que Balzac se contente de peindre l'humanité moyenne et les caractères médiocres. Ce n'est pas en ce >ons qu'il est réaliste. Au contraire, ce qu'il étudie de préférence, c'est comment une faculté grandissant îhez un inr^ividu hors de toutes proportions dérange l'équi- Jibre, crée une sorte de monstruosité, fait de l'homme l'esclave d'une passion maîtresse. Ainsi l'individu s'élèv« "i lu hauteur du type. Les grandes créations de Balzac sont oniparables aux jplus puissantes de l'art classique.

Le père Grandet est l'Avare au même titre qu'Harpagon. Ou plutôt ses principaux personnages sont des maniaques naniaques de l'avarice (Grandet), de la sensualité (le baroi. Hulot), de la faiWesse paternelle (le père Goriot), de l'ambition (Rastignac).

Les romans de Balzac sont toulTus et d'une lecture souvent fatigante. Soucieux de nous donner dos renseignements complets sur le milieu où se passe l'action^ Balzac s'attarde en des descriptions interminables. II décrit la ville, la rue, la maison, l'appartement, le mobilier ; il a des inventaires d'huissier, des notes de tapissier. Son style est de môme encombré de détails, lourd, manquant d'air. Mais le résultat est d'une incontestable puissance.

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