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CHAPITRE XXXIX

LE THÉÂTRE AU XIXe SIÈCLE: LA COMÉDIE DE MC^URS. AU SEUIL DD XX» SIÈCLE

Le théâtre roniantique.

La comédie de mœurs. — Ses origines. Ce qu'elle doit au drama romantique à la comédie de Scribe, au roman. — Système dra^ matique. — ^es sujets. L'influence.

Les auteurs. - Alexandre Dumas. — Son théâtre. La Dame, aia Camélias. Comédies d'observation ; pièces à thèse ; pièces symboliques. — Le moraliste. — L'écrivain.

Emile Augier. — Son théâtre. Le gendre de M. Poirier. — Les types. Le peintre de la bourgeoisie. — L'écivwaiu,

Autres écrivains de théâtre.

Le théâtre romantique. — Au début du xix® siècle, après les pâles imitations du xvih'= siècle, la tragédie classique, telle que Racine l'avait réalisée, était un g-enre condamné. Il fallait la remplacer par autre chose. C'est ce qu'essaya l'école romantique et, malgré la faiblesse de ses productions, c'est à propos du théâtre que se livrèrent les batailles décisives entre plnp-^iMiies et romantiques.

C'est en invoquant l'exemple des littératures étrang-ères dont on parlait beaucoup alors, c'est au nom de Shakespeare et de Gœthe que les romantiques ont préconisé la nécessité d'une réforme au théâtre. Il s'est) fait un g-rand mouvement de théories. Déjà M'"^ de Staël 'lans l'Allemagne avait donné l'analyse des principaux 1 rames de Lessing-, de Gœthe et de Schiller. M""" Necker de Saussur*^ avait traduit le Cours de littérature dramatique de Schlegel qui attaque sans lecomprendro notre Théâtre classique et exallant tout â la fois les qualités at le? défauts du théAire de Shakespeare acommencé de répan-lre « l'idolâtrie shakespearienne. » L'ouvrage décisif fut la

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Préface de Cromweli (1827") bruyant manitesle mis par Victor Hugo en tête d'un drame d'ailleurs injouable. OanF cette Préface, où les erreurs hi&toriques abondent, Victor Hugo s'attaquait, comme d'ailleurs toui ie monde t'avait fait avant lui, à la règ-le discréditée des trois unités. Il réclamait la liberté dans l'art, insistait sur la nécessité de la « couleur locale » c'est-à-dire du décor et du costume exacts, demandait l'assouplissement de l'alexandrin. Une théorie à laquelle il donna beaucoup d'importance et qui fera commettre aux écrivains romantiques bien des fautes de g-oût est celle du <' mélange des genres » qui unit le comique avec le tragique et fait alterner le grotesque avec le pathétique. — Mais ces discussions théoriques n'expliquent pas les véritables origines du drame romantique. Celui-ci se rattache directement au mélodrame du « Boulevard du Crime » qui depuis vingt ans était en grande vogue. Il n'est en réalité que ce mélodrame transporté sur des scènes plus relevées.

Dans le drame romantique comme dans le mélodrame, il n'y a ni étude des sentiments et des caractères, ni logique dans l'action. Mais il y a en revanche abondance d'événements extraordinaires, d'intrigues ténébreuses, de duels, de tueries, d'empoisonnements, de surprises, d'enlèvements et de reconnaissances. Le décor historique y est surtout un amusement pour les yeux.

C'est de ce genre de drame Qu'Alexandre Dumas père (1803-1870) a donné le premier spécimen dans Henri III et sa Cour. Tout le théâtre de Dumas père est d'une psychologie enfantine et d'un style de roman feuilleton; il est d'ailleurs plein de verve et fort amusant. Les drames de Victor Hugo n'ont ni plus de logique ni plus de vérité historique et surtout humaine ; la plupart, et notamment tous les drames en prose, sont d'une forme déclamatoire; mais dans //^'r/ian/ (1830), liuij Blas {i83S) et dans plusieurs passages de Marion De/orme (1831) et du Roi s'amuse (1832) le poète a déployé toutes les ressource le son éblouissant lyrisme, et à défaui des qualités proprement dramatiques a mis tous les méritu^i de la forme littéraire. m

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Alfred de r/yny a donné dans ce cadre romantique une œuvre remarquable, Chatterton (183B), où il met à la scène oette idée qui lui était clière ainsi qu'aux hommes de son groupe : celle de la fatalité qui poursuit le poêle de g-énie dans une société incapable de la comprendre. Idée fausse et qui prête à la déclamation facile ; mais Vig-ny l'a mise en œuvre sous une forme ramassée et saisissante.

Le drame romantique n'eut qu'une courte fortune, ainsi qu'il arrive pour tout genre littéraire qui ne repose pas sur la vérité. Transformé par la fameuse « bataille de Hernani » son destin s'achève avec l'échec des Burgraves (1843) sorte d'évocation de l'Allemagne féodale, où Victor Hugo avait mis déjà un large souffle d'épopée, mais qui était dépourvue de toutes les qualités qu'exige la scène. Ce qui achève la déroute du romantisme au théâtre, c'est le succès obtenu vers le même temps par Lucrèce, sorte de tragédie de Ponsard (1814-1867) qu'on va appeler le chef de l'école du bon sens. Est-i.' besoin de mentionner l'espèce de compromis qu'avait tenté entre les deux écoles Casimir Delavigne (1793-1843). On joue encore son Louis XI ^i ses Enfants d'Edouard: et cela nous en fait mieux sentir la médiocrité. Le théâtre romantique n'a servi que comme sert une insurrection qui nous permet de rejeter un joug devenu trop pesant et des modes usées.

La comédie de mœurs, — Dans la comédie de mœurs lécole romantique n'a rien apporté de nouveau. Les délicieuses et souvent profondes comédies de Musset n'ont pas été écrites pour la scène. Scribe (1791-1861) a été un auteur dramatique d'une fécondité prodigieuse et qui posséda au plus haut degré l'habileté scénique et les ressou.-^ces particulières du métier; mais il n'y a dans ses pièces ni mœurs, ni caractères, ni observation, ni style.

Au contraire, après 1850, commence pour notre théâtre une des périodes les plus brillantes qu'il ait traversées. Le genre, qui domine est la comédie de mœurs. Au.x n ains d'Alexandre Dumas fils, Emile Augier, Victorie.i

Sardou et de quelques autres, elle a donné une série d'œuvres remarquables doni quelques-unes senilileni devoir durer.

Ses origines. Ce qu'elle doit au drame romaatique, à. la comédie de Scribe, au roman. — Ces: aux théories de Diderot, aux essais des inventeurs dr drame bourgeois et de la comédie larmoyante qu'il faul faire remonter les origine -de la moderne comédie d<mœurs. Diderot et Mercier, Nivelle de la Chaussée el Sedaine ont pressenti l'œuvre qu'ils n'ont pas su mener eux-mêmes à bonne tin. Ils ont trouvé l.'idée; les moyens dont elle avait besoin pour se réaliser lui sont par la suite venus d'ailleurs.

Ils lui viennent d'abord du drame romantique. — Le romantisme préconisait le mélang-e des g-enres; de même, notre comédie tour à tour ingénieuse et pathétique, spirituelle et émouvante, réunira en elle les deux éléments que la doctrine de la séparation des genres tenait rigoureusement isolés l'un dans la tragédie, l'autre dans la comédie. Au drame de passion, tel qu'est pai exemple Antony, la comédie empruntera la description de« erreurs et des violence? de l'amour cjui, la plupart du cemps, serviront de principal ressort à l'action. Au drame d'histoire elle empruntera la description du milieu : le soin qu'apportaient les romantiques à reconstituer le cadre des sociétés disparues, elle le mettra à décrire le cadre de la société contemporaine, insistan' avec plus de rigueur qu'on n'avait encore fait sur le rapport qu'il y a entre la conduite des hommes et le milieu social où ils se trouvent placés.

Plus encore que du théâtre romantique, la comédi de mœurs procède du théâtre de Scribe. — Voici ce qu'i y a d'essentiel dans la conception que Scribe s'est faitq du théâtre. Il a considéré le théâtre comme un art spécial ayant non pas seulement ses moyens et ses procédés qui lui sont propres, mais aussi sa logique particulière. Il a enseigné qu'en dehors de la vérité des caractères el de l'observation des mœurs il y a un élément irréductible e qui est proprement de « théâtre », consistant dan

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