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CHAPITRE XU

L'HISTOMIE.

L'Histoire diitlomatique : Albert Sorel ; Albert Vandal. — L'Histoire documentaire : Frédéric Masson ; Henry lloussaye. — Deux fresques historiques. — Les diverses provinces de l'histoire.— La petite histoire.

L'histoire diplomatique. — La fin du xix® siècle n'a pas apporté de principe nouveau dans les méthodes de rhistoire ; celles-ci paraissent avoir été fixées définitivement, pendant la période précédente, et surtout par Fusiel de Gouianges. Il s 'y est produit néanmoins un véritable renouveau des curiosités historiques. Sous l'influence de la science expérimentale, c'est aux questions d'origines quel'on s'élaitintéressé aux environs do 1860; Renan avait étudié les « origines » du christianisme; Taine, celles de la France contemporaine; Fustel, celles du monde féodal ; aux environs de 1800, on commence à se passionner pour l'histoire mémo du xix® siècle.

Le maître de la nouvelle école historique fui Ai bert Sort'l (1842-1900). Esprit aux larges vues et à la vaste culture, il professait que l'historien dignede ce nom est celui qui refuse de s'enfermer dans les documents, qui en tire des idées, et qui en fait sortir des généralisations. Sans doute, on n'a jamais fini de dépouiller tous les documents ; sans doute « les explications et interprétations du passé ne sont que des hypothèses; nous n'approchons de la réalité que par des nuances toujours mouvantes, et l'his toir(!doit se refaire tous les cinquante ou vingt-cinq ans, suivant la rapidité et l'extension des découvertes... »

Mais, tous les ving-t-cinq ou cinquante ans, il faut oser écrire l'histoire, et il faut Técrire avec des idées.

Les idées d'Albert Sorel ont été particulièrement fécondes et bienfaisantes. Dans son grand ouvrag-e, L'Europe et la Révolution française, paru de 1885 à 1904, il applique Thistoire diplomatique à l'histoire g-énérale. Il démontre que, si la France révolutionnaire avait, à l'intérieur^ rompu avec un passé séculaire, elle n'avait pu que continuer ce passé dans sa politique extérieure. Car si la France, entre 1789 et 1815, avait brusquement chang-é, les autres nations étaient demeurées semblable» ; et semblables aussi les nécessités économiques ou politiques qui pesaient sur leurs diverses destinées. La Convention et Napoléon !«' ont, en fait, continué l'œuvre nationale dont les rois de France, depuis Louis XI, ont toujours eu la claire vision; les uns et les autres devaient assurer à notre pays ses frontières naturelles. Les long-ues g-uerres d'où naquit le xix» siècle ne sont donc point dues à l'esprit de conquête, mais à l'action secrète d'une loi, pour ainsi dire, org-anique. Cette démonstration, faite en un style plein de couleur et de relief, devait renouveler bien des vues sur l'histoire du dernier siècle, et la dernière guerre en à encore soulig-né la valeur.

Avec la môme netteté de vision, ^/ôerf Vandal (ISoS- 1910) étudie d'abord les relations de la France et de la Russie BOUS le Premier Empire ; il montre les deux nations attirées l'une vers l'autre par les lois mêmes de la géog-raphie et de l'histoire, dans son Napoléon et Alexandre /*', œuvre de clairvoyance rétrospective qui préludait, entre 1891 et 1890, à l'inaug-uralion d'une nouvelle politique franco^russe, et en accompag-naît les premiers développements. Mais le plus vivant, le plus démonstratif et le plus neuf de ses ouvràg-es, est V Avènement de fionnparte par lequel il salue l'avènement du " nouveau siècle (1902-1907). Dans cette reconstitution déflnilive des quelques mois pendant lesquels le Premier Consul, entre Brumaire et Màreng-o, fit sortir du désordre, où s'attardait la Révolution, les éléments d'un

ordre nouveau, il trace moins encore un porirait de Bonaparte qu'un portrait de là nation Irançaise : il la montre, au début de 1800, assoiiïée de paix et de prospérité conspirant, par l'accord secret de toutes ses classes, à l'élévation de l'homme qui avait le génie de deviner son désir d'unité, et la puissance de le satisfaire... Ainsi, Albert Vandal cherche l'explication historique autant dans l'âme du peuple que dans celle des grands hommes. Son art excelle dans la peinture des larges scènes; sa description des journées de Brumaire demeure un modèle.

L'Histoire documentaire. — L'époque impériale à suscité des recherches passionnées que résume l'œuvre de Frédéric Masson (1847-1923) et de Henry [ioussaye (1848-1910). Tous deux, appuyés sur une documentation minutieuse, ont excellé à mettre en lumière le détail significatif, et à composer des ensembles par l'accumulation des détails et des petits faits.

Frédéiic Masson, qui peint au pointillé, s'est constitué l'historiographe de Napoléon, de sa vie intime et quotidienne, de sa famille et de sa Cour.

C'est à l'un des chants les plus pathétiques de l'épopée impériale, qu'Henry Vloussaye a consacré sonelVort. Son histoire de la chute du premier Empire (1888 à 1905) est traversée d'un beau souffle de patriotisme; avec une étude des campagnes napoléoniennes de 1814 etde 1815 elle ollre un dramatique tableau des passions qui, pendant ces années d'invasion, remuèrent l'âme du pays.

Deux fresques historiques. — Les dix-huit années delà « Monarchie de Juillet», où le développement du Gouvernement parlementaire coïncida si curieusement avec l'éclosion des idées démocratiques et sociales, ont trouvé, en Paul Thureau-Dangin^ (1847-1912) un historien grave et chaleureux, en qui revécut la manière noble et parfois un peu hautaine des doctrinaires. La période suivante a trouvé en Pierre de la Gorce son meilleur historien. P. de la Gorce a écrit Ihistoire de la Seconde République et celle du Second Empire (entre 1887 et 1905), dans une langue forte

et concentrée, avec une grande richesse d'information. Lés diverses provinces de l'histoire. — Do brillants travaux, tous inspirés par le même .esprit de synthèse historique, ont été consacrés au xviiie siècle par le duc de Broglie {le Secret du Roi ; Louis XV et Marie-Thérèse), qui, grand seigneur et homme d'État, était tout désigné pour débrouiller avec aisance les intrig-ues des cours; et parlemarquis de Ségur: {Au couchant de la monarchie)

— au xviiesiècleet àl'époque contemporaine par Caôr/e/ Hanotaux, qu\, après avoir dég-ag-é deslég-endes, grâce à une perspicace psycholog-ie et à une interprétation ràisonnée des textes, la vraie fig-ure du fondateur de la monarchie absolue, {Histoire du cardinal de Richelieu^ (1893 à 1904), a tour à tour appliqué son expérience de la grandepoVûiquehV Histoire de la France contemporaine et à VHistoire de la Guerre de 1914; — à l'Espagne des Bourbons, par M^^ Baudrillart {Philippe V et la Cour de France), qui excelle à reconstituer l'atmosphère politique et morale d'une époque, et h obtenir de l'histoire un puissant secours pour l'apolog^étique relig-ieuse {V Église catholique, la Renaissance et le protestantisme) ;

— à là Cour de l'ancien Rég-ime par Pierre de Nolhac, qui tempère de beaucoup de grâce l'austérité de l'histoire pour évoquerMarie-Antoinette,M°^6 de Pompadour, leurs élégances et leurs peintres {Nat lier, Fî'agonard, Hubert Robert) et qui tire des documents d'archives la reconstitution la plus précise du château de Louis XIV {La Création de Versailles, 1901) ; — enfin aux plus lointaines orig-ines de notre race, par Camille Juliian qui, en écrivant VHistoire de la Gaule, 1907 à 1920), ajoute des titres ignorés et de nouveaux motifs de fierlé au patriotisme français.

Le goût des idées et des vastes généralisations, plutôt que celui des recherches patientes, s'est manifesté avec éclat dans l'œuvre d'Ernest Lavisse. Esprit ardent et souple, ouvert à toutes les idées modernes, écrivain net et pittoresque, il a exercé autour de lui, et particulièrement dans l'Université, une influence profonde sur les vocations historiques. Il a publié de brillantes études

sur l'Histoire de la Prusse, sur BYédérfc II et sur VA tlemar/ne contemporaine.

Certaines provinces de rhistoire,t]églig'ées jusqu'alors, ont été défrichées depuis quelque trente ans. L'histoire de l'arts'est particulièrement développée. Georges Petrot a donné une érudilc Histoire de Vart dans Vantiquité; Emile Mâle a montré, en de fines et savantes éludes, comment l'art rclig-ieux du moyen âg-e, héritier de Rome et de Byiance, est un admirable miroir de l'Ame française.

L'histoire relig-ieuse a été introduite dans la littérature contemporaine par M^"" Duchesne', son Histoire de V Église allie la plus sfire érudition aux agréments d'un style nerveux, formé à l'école des écrivains du xvii* siècle, et fait aux exig-ences du rationalisme moderne toute lA part compatible avec celles de la foi. Georges Goyau excelle à démêler, dans la pensée contemporaine, les grandie courants religieux, h définir leurs directions, à montrer comment ils se mélangent aux autres flots sans se confondre avec eux.

La petite histoire. — Tr^s curieux est le goût fjui se inanileste, depuis le débutduxx* siècle, pour l'histoire anecdotique et biographique : elle est devenue un véritable genre, participant de l'histoire f)our la sûreté et la minutie de l'information, mais aussi du roman pour le rôle qu'y jouent l'imagination et la sensibilité. Le passé revit avec les couleurs les plus vives et le charme le plus pénétrant dans les livres de G. Lenotre [Vieux papiers. Vieilles Maisons; le Boi Louis XVII, etc.). Ce brillant évocateur du passé a ouvert une voie où se ; engiigés plusieurs écrivains, entre autres hinv/t-Ihr/itano {le Drame des Poisons; l'Affaire du Cnf/if^r: Mandrin).

La puljlication de nombreux et vivants Mdmnire.t datant principalement de la Restauration, de l'Empire et de la Révohition (la comtesse de Boigne, les généraux Marbot, Thiébault), a contribué encore à cntreloi dans Je public le goftt pour la « petite histoire ».

Lom^

RÉSUMÉ

295. Albert Sorel rétablit la continuité dans Thistoire moderne en montrant que la Révolution a repris à l'extérieur la politique de l'ancien régime.

29G. Albert Vandal expose Toeuvre de réorganisation accomplie par Bonaparte au lendemain du Directoire.

297. Henry Houssaye par la précision des détails renouvelle l'histoire militaire du Second Empire.

298. Frédéric Masson est le peintre de la vie intime de la famille impériale.

299. Q. Lenotre fait revivre le passé dans les récils aneodotiques de la petite histoire.

LECTURES RECOMMANDÉES

Léon Leivveiu\l,V Histoire {le<i genres Httérairet).— F. Sivowski, La Littérature française au XlX'siécle (Mellottée). — G. Jullian, Extraits des Uistoriens français duXlX'^ siècle (Hachette).

TEXTES A CONSULTER

Albert Sorel (Pion). — Thureau-Dangin (Pion). — A- Vandal (Plon). — Henry Ilomsaye (Pion). — Pierre de La Gorco (Pion). — G. Hanotaux (Pion). — Duc de firoglie (Calmann Lévy) — Ernest Lavissc {l\a.vhG[ic). — Marquis de i(t'yt4r (Calmann Lévy) 6. liot'8siflr( Hachette). — G. Lenotre (Perrin). — FuncH- Brentanc (Hachette).

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