‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 21 sur 223 · II. LA COMÉDIE : FARCES, MORALITÉ. SOTIES · texte numérisé non relu

II. LA COMÉDIE : FARCES, MORALITÉ. SOTIES

Les origines. — On a cherché à rattacher les origine? de la comédie à ces fêtes burlesques que toléra l'Èg-lise du moyen âge : la féce des fous, la fête de l'âne. Le théâtre sous sa double forme serait ainsi sorti tout entier de l'Église. Mais ici le rapport est très lointain, et ces fêtes n'ont eu que peu de part à la formation de notre théâtre comique ^.

Ce ne sont d'ailleurs pas seulement les origines de notre comédie qui sont incertaines : nous connaissdTis malles essais de diverse nature par lesquels la comédie a passé avant de trouver les formes où elle s'osl fixée au xv* siècle.

Le « Jeu de la Feuillée » ; le « Jeu de Robin et Marion ». — Nos deux plus anciennes comédies, œuvres d'Adam de la Halle, le bossu d'Arras, ne ressemblent à

1. On voit par C6 que nous avons dil dans ce chapitre combien d'erreurs conlioB^ 'e trop fameux jugcmcul do Boilcau :

Chez nos dévols aïeux le Ihi'àlre abtiorré

Kul longtemps dans la France un plaisir ignoré.

Do pèlerins, dit-on, une troupe grossière

Eu public, à Pans, v monta la première,

Et, sotl^iiiienl zélée en sa simplicité,

Joua les saints, la Viorgo et Dieu par piété,

J. Tout au plus a-t-on pu dire quo les Entants sa>u souci étaient les anciens cél6bnnls de la (6ly des fous chassés de Téglise, et qu'uu genre couuque, le sermOH it)ieux, avait dû n&itre dans l'é^lue.

aucune des œuvres post(''rieures. Le Jpm de la Feuillet (vers 1202) ressemble parla hardiesse des personnalités, le caprice de l'invention, comme par l'emploi du merveilleux, à une comédie aristophanesque. Maître Adam, le poète, annonce qu'il va partir pour Paris, et demande de l'arg-ent k son père qui refuse. C'est une Dccasion pour le physicien (médecin) de passer en revue les bourgeois d'Arras atteints du mal d'avarice ou d'autres maux. Les fées, Morg-ue, Maglore, Arsile et le courrier du chasseur fantastique Ilellequin traversent la pièce qui finit par des scènes de cabaret.

Le Jeu de Robin et Marion est un opéra-comique : la bergère Marion, tout en gardant ses moutons, chante son amour pour Robin :

Hobin m'aime, Robin m'a; Robin m'a demandée, si ra'ara.

Un chevalier l'entraîne, mais elle se dég:ap:e. rejomt ses compagnons, et après une série de divertissements villageois, tous se prennent la main et exécutent une danse appelée la fresque.

Ces deux pièces sont-elles isolées? sont-elles l'œuvre originale du poète? Adam de la Halle serait alors un remarquatjje créateur. Sont-elles au contraire, et on ne peut trancher la question, les spécimens de genres en vogue, et dont il ne nous reste pas d'autres traces? Il aurait alors existé tout un développement comique dont l'histoire nous échappe.

Les sociétés joyeuses. — Au xiv* siècle s'organisent des sociétés qui vont prendre une part active au développement de la comédie. Dès l'année 1303 les clercs du Parlement de Paris forment une société d'amusements communs qui reçut de Philippe ie Bel, avec plusieurs droits et privilèges, le titre de Royaume de fa Basoche (Basilica, palais)'. La Basoche avait son roi, son

1. A c6lé de la Basoche du Parlement s'était form(*« une Basoche du Chàtelet, comprenant les clercs employas choi les notaire», procureurs et greffier» du Cli&telel. Une Iroisiànie corporation, appelée h'mpire de <ialilée, comprenait le» clnrcs dei procureurs de la Cour des comptes. Enfin quclqvics Basocliei de provine* M mèl^icM de repréteiitalioiin théfclrftlv

chancelier, ses maîtres des requêtes : elle exerçait une juridiction réelle sur ses membres. La Basoche ^taif tenue à célébrer certaines fêtes : elle s'assemblait à la fête des Rois ; au printemps elle plantait un mai dans la grande cour du Palais, à la fin de juin elle donnait une « montre solennelle » de tous ses membres. C'est pour rehausser l'éclat de ces exhibitions que les Basochiens furent amenés à y mêler la représentation des pièces comiques dont les auteurs et les acteurs étaient pris dans leurs rangs.

Les Enfants sans souci forment également une corporation dont l'existence est officielle. Ce ne sont pas, comme on l'a prétendu, des fils de famille épris d'art dramatique : ils se sont bien plutôt recrutés dans les rangs des clercs pauvres et paresseux. Ils ont des dignitaires, le prince des Sots, la mère Sotte : ils paraissent dans desmontres générales, vôtusdu costume traditionnel du fou de cour. D'ailleurs^ le prince des Sots embrasse dans son empire le monde entier, ainsi que le prouve le cri des Enfants sans souci : toute sottise est de son ressort, sottise politique, morale, religieuse, sottise nobiliaire, populaire, etc. De fréquents rapports unissent ces deux sociétés: elles se sont prêté maintes fois leur répertoire.

En province le nombre des sociétés joyeuses est infini {Mère Folle de Dijon, Cornards de Rouen, etc.). Ces sociétés ne le cédaient en rien à leurs rivales parisiennes : elles ne se bornaient pas à représenter les pièces venues de la capitale, mais avaient leur répertoire original.

Les genres; la farce. — Les farces, les moralités, les soties, tels sont les genres exploités par ces dilîérentes sociétés : ils existaient au moins en germe à la fin du xiv» siècle.

La farce est une pièce comique qui a pour^unique but d'amuser. Elle met en scène les choses de la vie commune, tantôt d'une façon générale, tantôt en recourant aux illusions personnelles. La farce a beaucoup d'analogie avec le fableau : elle n'en est pas sortie tout entière, mais souvent, les sujets étant les mêmes, la farce n'est qu'un fableau en action. De* deux côtés cesl

■y* LE MOYEN Age.

le même genre de récit, insoucianlcle toute préoccupation morale, la même façon d'envisager la vie et la société. Mêmes satires contre les clercs et les moines, même hostilité contre; les femmes et le meiriage. C'est surtout la même langue vive et naturelle.

La « Farce de l'avocat Pathelin ». — De l'abondant répartoire des farces, L nous reste à peu près cent cinquante pièces, parmi lesquelles il en est beaucoup de charmantes {le Cuvier, satire contre les femmes; le Franc Archer de liagnolet, coiûvelessoldais fanfarons) La farce de V Avocat Pathelin est le chef-d'œuvre du genre.

On ne sait quel en est l'auteur : on l'a attribuée à Lorris et à Jean de Meung, mais la langue n'est certainement pas du XIII* s'.ècle ; à l'illon, qui a contre lui sa célébrité; à Pierre Blanchet, qui a contre lui son obscurité. Il est probable seulement qu'elle fut composée ftu plus tard pendant ia seconde moitié du xV siècle, dans i'Ile-de-Francc ; il est certain quelle eut un immense succès : ce qui le prouve, c'est la série des continuations qu'on en a données (le Nouveau Pathelin, le Testament de Pathelin), c'est que tel trait est passé proverbe « mais revenez à vos moutons », c'est que le nom du héros est 3ntré dans la langue commune (patelin, patelincr).

Maître Pierre Pathelin est un avocat dessous i'orme, c'est-à-dire un avocat sans causes. Pour faire cesser les plaintes de sa femme Guillcmette, il lui a promis de lui procurer du drap. Comment? C'est son secret.

Le voici chez Guillaume Joccaume le drapier. Apr. ^ les compliments d'usage, il se met à lui parler de son père, un si bon homme et qui donnait toujours sa marchandise à crédit, de sa tante qu'il a vue si jeune et si droite. Tout on causant il lAte une pièce de drap.

Quo ce drap ici est bien faictl Qu'il est souef doux, et traictis*!

Puis, entremêlant l'éloge du drap et celui du drapier, étourdissant celui-ci de ce Ilot do oaroles, il se fait auuer

i 3u»t«. — >■ Soiipl*.

àï\ aunes de drap qu'il va emporter, oh! sans façon, luimême, sous l'aisselle. Le marchand viendra chercher son arg-ent, et manger d'une oie g-rasse que Guillemette fait rôtir.

Mais c'est Pathelin lui-même qu'il faut entendre faisante Guillemette le récit de cette scène, avec gestes et grimaces à l'appui :

Je lui disoye que feu sou père

Fut si vaillant. « Ha, fais-je, Trère,

Qu'estes vous de bon parentaigel

Vous estes, fais-je, de lignaige

D'icy entour plus à louer. »

Mais je puisse Dieu avouer

S'il n'est attrait ' d'une peautraille',

La plus rebelle villenaille s,

Qui soit, ce croy je, en ce royaume.

« Ha, fais-je, mon amy Guillaume,

Que vous ressemblez bien de chère

Et du tout à vostre bon père! »

Dieu sçait comment j'eschafTauldoya

Et à la fois j'entrelardoye

En parlant de sa drapperie 1

» Et puis, fais-je, saincte Marie l

Comment prestoit-il doucement >)

Ses denrées si humblement I

C'cstes vous, fais-je, tout craché, »

Invention pure.

... On eust arraché Les dents du villain marsouin Son feu père, et du babouin Le filz, avant qu'ilz en prestassent.

Pathelin a le drap ; il s'agit maintenant de le garder sans payer; voici le stratagème dont il s'avise. Lorsque M. Guillaume arrive, la bouche enfarinée, c'est Guillemette qui lui ouvre la porte : « Parlez bas I plus bas î » Pathelin est malade, au lit depuis deux mois, et comme le drapier assure qui l'a vu le matin même, on entend Iq "''>ix de Pathelin :

Guillemette, un peu d'eau rose; Hausse», moi, serrez moi derrière...

■ ft. Imu iXe. — t-3, '^snailU

Ik t.E MOYEN ÂGE.

Lui-même paraît ; il est en proie au plus \nolent délire, prend le drapier pour son médecin, et rentretieiU de sa maladie, de ses remèdes, de Teffet du deniier îlystère.

D'abord abasourdi, le drapier revient à la charge : « Ça, trêve de plaisanterie, mon argent. » Mais Pathelin, dont Tétat a empiré, se met à parler toutes ies langues et à divaguer dans tous les patois : limousin, picard, normand, breton, voire en latin. Pourlecoup M. Guillaume est convaincu : cet homme n'a pu sortir en pareil état :

Le diable, en lieu de ly, A prins mon drap pour moy tenter.

Benedicite.

Et sur cette réflexion concluante, il s'excuse et se retire.

Cependant Guillaume vient de congédier son berger Thibaut Aignelet, parce que ce bon serviteur tuait les bêtes de son maître pour les empêcher de mourir de la clavelée. Le berger frappe h la porte de Pathelin, et lui expose son affaire : notre avocat lui conseille de feindre qu'il est nice (insensé), et à toutes les questions qu'on lui fera de ne répondre que par un bêlement imité de ses bêtes.

Nous sommes au tribunal. Le drapier expose 3on affaire, lorsque dans l'avocat qui assiste le berger U reconnaît Pathelin.

C'est à vous À qui je vendy

Six aulnes de drap, mattre Pierre.

Le juge, qui croyait avoir à décider dans une affaire de moutons et à qui on parle de drap, n'y comprend rien :

Suz, revenons à ces moutons.

Le drapier essaye bien d'y revenir ; mais, s'embrouilla nt dans ses griefs, il passe sans transition du drap aux moutons et des moutons au drap :

Or çft, je flisoyc, t% mon propos, coiniiirrif )'avoy«

LE THÉÂTHE. .76

fiaillé six aulnes... Dois je dire Mes brebis... Je vous en pry, sire.

Pardonnez inoy... Ce gentil maistre Mon berger, quand il devoit eslre Aux champs... 11 me dit que j'auroye Six escus d'or quand je viendroye...

Ce ribaut cy m'embloit* les laines De mes bestes et toutes saines Les l'esoit mourir et périr Par les assommer et ferir De gros baston sur la cervelle...

Quand mon drap fut sous son aisselle, 11 se mit en chemin grant erre ^ Et me dit que j'allasse querre Six escus d'or en sa maison.

LE JLGE.

II n'y a rime ni raison

En tout quant que vous rafardez'.

Qu'est cecy? Vous entrelardez

Puis d'ung, puis d'autre : somme toute

Par le sang bieu, je n'y voy goutte.

Le juge s'adresse à Aig-nelet, et n'en tire que celte réponse : Bée, bée... Pathelin plaide la folie et fait absoudre son honnête homme de client. 11 a bien gagné ses honoraires. Mais Aignelet a profité de la leçon, et, tout comme aux questions du juge, il ne répond aux réclamations de son avocat que par son éternel : Bée. C'est tout le payement qu'en aura Pathelin.

Peut-être tirerait-on de cette farce cette morale qu'un trompeur trouve toujours son maître. Mais il est permis de croire que l'auteur n'y a pas songé. Ses personnages sont tous également malhonnêtes : Pathelin qui prend du drap avec l'intention formelle de ne point le payer, Aignelet qui tue les moutons qu'on lui 8 confiés, et maître Guillaume aussi qui pour être un sol n'en est pas moins un fourbe et essaye de tromper sur la qualité de sa marchandise . 11 suffit que tous ces personnages soient vivants, que l'intrigue ne languisse jamais, et que dan» toute la pièce circule un courant de gaieté spirituelle.

«. Dérober. — 2. Grand trai». — 3. Inventu.

La moralité. — La moralité ne vaut pas la farce. C'est une pièce comique à intentions morales. Pédante par son but, elle fait en outre un constant usage de l'allégorie : or, ce procédé, toujours détestable, l'esl surtout au théâtre où il s'agit de feiire mouvoir des êtres vivants. Ce que la moralité met en scène, c'est la lutte des bons et des mauvais instincts qui se disputent le cœur d'un homme. Parfois elle embrasse une vie toute entière, et oppose au bonheur des gens de bien le spectacle des maux qui sont la punition des méchants ; parfois elle s'attaque à un vice spécial : gourmandise, impiété, jalousie ; mais toujours elle sermonne dans l'abstrait et met aux prises des entités.

Bien Avisé ei Mal Avisé font roule ensemble, mais ils ne tardent pas à se séparer. Bien Avisé s'attache à Raison, qui le conduit h Foi, Contrition, Confessioti, Pénitence, Aumône, et de là à Bonne Fin, entre les bras de qui il meurt saintement : les anges viennent le chercher et l'emportent au ciel. Mal Avisé, entraîné par Oysance et Rébellion, fréquente la taverne avec Folie. Puis il rencontre Désespérance, J*auvreté, Malechance, Larcin ; tous les Vices le mènent à Malofin, qui le tue : les diables viennent prendre leur proie.

Cela est symétrique et puéril. 4É^||

Dans la Condamnation de Banquet, les Malaaiev personnifiées, attaquent les convives réunis chez Banquet. Ceux-ci s'appellent : Gourmandise, Friandise, Je boy à vous. Je pleige d'autant (je vous fais raison . Dame Expérience envoie ses sergents : Clystère, Sobriété, Saignée, pour arrêter Banquet, qui est condamné à mort et exécuté par Diète faisant office de bourreau.

Ces pièces et d'autres analogues (il nous reste soixante-cinq moralités) ont eu du succès, parce qu'elles étaient en accord avec les tendances scolastiques de l'esprit du moyen âge. Mais ce succès a peu duré. La moralité était du genre ennuyeux.

La sotie. — La sotie, qu'on peut définir le pamphlet au théâtre, est une pièce comique dans laquelle domine la tendance agressive. Elle est plus spécialemt^ul

l'œuvre des EËfants sans souci : c'est la satire s'abritant sous le manteau irresponsable de la folie.

La sotie s'attaque à toutes les classes de la société : dans la sotie intitulée le Monde, Abus, les Sots, on voit paraître Sot dissolu habillé en gendarme, Sot corrompu habillé en .jug-e, Sot trompeur en marchand, Sotte folle personnitia.-*^ les femmes. Elle aborde toutes les questions politiques et sociales, et les traite avec une hardiesse qui nous surprend. Le pouvoir tolérait cette liberté de la sotie ; il fit plus : un Louis XII Tencourag-ea :

Le roy Loys douziesme desiroit

Qu'on les jouast à Paris, et disoit

Que par tels jeux il sçavait maintes faultes

Qu'on lui celoit par surprinses trop caultes.

En fait Louis XII, comprenant rinduence que la sotie pouvait exercer sur les esprits, voulut s'en servir au profit de sa politique. Lors de sa lutte avec le pape Jules II, il charg-ea les Enfants sans souci de mettre l'opinion de son côté. C'est ainsi que Pierre Gringore, au carnaval de 1512, donnait la Sotie du Prince des sots, où mère Sotte paraissait « habillée par dessoubz en mère sotte, et par dessus son habit, ainsi comme l'Ég-lise ». C'était donc la papauté qu'on jouait sur les tréteaux des Halles; mais on la jouait avec permission du roi.

La comédie du moyen âge et la comédie moderne, — La comédie ne va pas comme le drame disparaître au souffle de la Renaissance. La première comédie à l'antique composée au xvi" siècle, VEugène de Jodelle, n'est au fond qu'une farce. Bien plus, entre telle comédie de Mohère et les meilleures pièces du moyen âg-e, la différence n'est guère que dans la valeur littéraire. C'est qu'il n'y a point ici deux systèmes opposés. Tout au contraire, une même tradition comique se perpétue à travers tout notre théâtre, et se retrouve dans nos pièces les plus récentes comme dans les plus anciennes. La comédie d'.i moyen âge se survit àelifimôuie, et uénèlre la comédie moderne.

HESUMÊ.

31. Le théâtre au moyen âge, sous sa double forme, drame et comédie, a produit des œuvres nombreuses, importantes, qui ont soulevé l'enthousiasme d'un immense public populaire.

32. Le drame est né dans l'Église. Il fait primitivement partie du culte, n'est autre chose que l'office même Tel est le drame, liturgique du xi« siècle. Peu à peu 1( drame liturgique s'altère, la langue vulgaire et la versification se mêlent au texle consacré. Le théâtre sort de l'Église. Ce changement est déjà un lait accompli auxii" siècle, ainsi qu'on le voit parle « Jeu d'Adam».

33. Du xiii" siècle il nous est resté le « Jeu de saint Nicolas » par Jean Bodel d'Arras, et le « Miracle de Théophile » par Rutebœuf. Au xiv* appartiennent les « Miracles de Notre-Dame », qu'on peut définir : la mise en scène d'un événement merveilleux produit par l'intervention de la Vierge.

34. Au XV* siècle apparaissent les mystères, expo^ sition dialoguée d'un événement historique tiré de l'Éci ture sainte où de la Vie des saints.

35. Le mystère est une pièce dont le fond est merveilleux : il admet le mélange du tragique et du comique, la diversité des lieux, la longue durée du temps, la multiplicité des personnages, 11 dilFère partons ces traitsde la tragédie classique. Très intéressant par sa èonceplion

ce système dramatique a été médiocrement réalisé. Le^l pièces sont mal écrites, les caractères à peine esquissés.

36. Les représentations n'étaient pas régulières tout le monde y prenait part, et on nettait ur grand empressement à s'improviser acteur. ^hi

37. La scène était de plain-pied ! elle comprenait deux parties ', les mansions, et un espace libre eiîlre lesmansions

38. La plus ancienne troupe permanente donnant sur un théâtre stable des représentations rég-ulières est l'association des Confrères de la Passion. Établie dès 1398 à Saint-Maur-les-Fossés, elle reçut par lettres patentes de Charles VI, en 1402, une existence officielle. Elle représentait à l'hôpital de la Trinité des mystères et des farces. Elle reçut, par un arrêt du parlement (1548), défense de jouer des mystères. Ce fut la ruine du théâtre des Mystères, seul théâtre national et populaire que nous ayons eu en France.

39. La comédie n'est pas sortie des fêtes burlesques qu'on célébrait à de certains jours dans l'Ég-lise.

40. Les premières pièces comiques, le « Jeu de la Feuillée » et le <* Jeu de Robin et Marion », dues à. Adam de la Halle, ne ressemblent en rien aux genres qui seront adoptés plus tard. La première est une comédie aristophanesque, la seconde un opéra-comique.

41. Au xiv^ siècle s'org-anjsent des sociétés joyeuses qui ont une grande influence sur le développement de la' comédie : la Basoche, les Enfants sans souci, ainsi que nombre de sociétés provinciales.

42. Les genres définitivement constitués au xv* siècle sont : Il farce, la moralité, la sotie.

43. La farce est une pièce comique destinée uniquement à amuser. Elle aoit Beaucoup au fableau, Spirituelle et vive, la farce est le genre le meilleur de notre ancien théâtre. Elle a donné lieu à un chef-d'œuvre : la « Farco de l'avocat Pathelin ».

4, Les moralités, pièces comiques à inieatiouB mo»

raies, l'orst un usag-c déploiiiblc de Tallégorle.

45. Les soties, œuvre des Enfants sans souci, sont des pièces satiriques où les questions politiques el sociales sont traitées avec une grande hardiesse.

46. Le théâlre comique du moyen âge n a pas disparu loat entier à l'époque de la Renaissance, et il a créé ane tradition qui a subsisté jusque dans le théâtre moderne.

LECTURES RECOMMANDÉES

Marius Sepet, le Th-ame chrclvn nu moyen âge. — Lenienl, la Sdtire au moyen âge. — Petit do Julleville, Histoire du théâtre français au moyen âge, comprenant : les Mystères (2 vol.) ; les Comédiens au moyen âge; la Covk^'Hi- et les Mœurs au moyen âge; Répertoire comique. — Léon Glédat, Le Théâtre au moyen âge. '— L. Levrault, La Comédie ; Drame et Tragédie (les genres littéraires). — Ernest Renan, la Farce de Fathelln (Essais de criti(]ne ri do ruoralo).

TE.XTES A CONSULTER.

Théâtre français au moyen âge (Fr. Michel et Mommei-qué). — Le Mystère de la Passion (G. Paris et Haynaud). — L«.s Miracles Je Notre-Dame [G. Paris, Soc. des anciens textes). — Œuvres complètes d'Adam de la Halle (de Consseninker). — Reeueil de tarées, moralités, soties (diez Garnier). — La Farce de Vathelin lédition Génin).

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