‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 23 sur 223 · BALLADE · texte numérisé non relu

BALLADE

Je treuve qu'entre les souris Ut un merveilleux parlement Contre les cha» leurs ennemis, A venir manière comment Elles vesquissent seurement Sanz demeurer en tel débat; L'une dist lors en arguant :

Qui pendra la sonnette au chat?

Cilz consaulz fut cbuclus el prias; Lors se parlent communément.

Une souris du plat païs Les encontre et va demandant Qu'om a fait; lors vont respondact Que leur ennemi seront mat :

Sonnette aront ou col pendimt.

Qui pendra la sonnette au chat?

Bastelin (xv* siùclc) est le crc^alcur du gcnrt-, niais les pièces que doub aronji sou* son nom onl 616 compos(*os su siècle suivant pur Jean U Houx, a»o€»t de Vire mort en 1616. Au il<4>ut, le Vau de Vire a été : !• une cliansoii d'amour, f uoo chanson à boire, i" uuc cliaiisnii palriniiquo. A^ec Jean le Houx, il est lieveou exovsi>enitiil badii ,ii •. A i xui« siicle, il liovient satirique. C'est de ce mot que Alt\stf. \m Duiu de VaudiciU*.

« C'est le plus fort », dit un rat gris. Elle demande saigement Par qui sera cilz fais fournis.

Lors s'en va chascune excusant; Il n'i ot point d'exécutant, S'en va leur besongne de plat.

Bien fut dit, mais au deraourant, Qui pendra la sonnette au chat?

Prince, on conseille bien souvent Mais on puet dire, com le rat.

Du conseil qui sa fin ne prant :

Qui pendra la sonnette au chat?

Christine de Pisan. — Christine rfePwan (1363-1431), était la fille de Thomas de Pisan, astrologue de Charles V; restée veuve à ving-t-ç,^nq ans avec plusieurs enfants, elle tira sa vie des ressources de sa plume. Elle écrit avec la même facilité en vers et en prose, et traite de tous les sujets: amour, politique, histoire. Son plus curieux livre en prose est le Livre des fais et bonnes mœurs du sage roy Charles K, œuvre pédantesque, imitée de l'antiquité. Parmi ses poésies, il y en a de familières, inspirées par ses propres sentiments ; elles ont parfois un cachet d'orig-inalité comme la ballade dont tous les vers commencent par le mot: Seulette. Ses meilleurs vers sont consacrés à Jeanne d'Arc.

Une fillette de seize ans,

N'est-ce pas chone fors uature

A qui armes ne sont pesans,

Mais semble que sa nourriture

Y soit, tant y est forte et dure.

Et devant elle vont fuyant *

Ses ennemis, ne nul n'y dure :

Elle fait ce maints yeulx voïant.

N'appercevez vous, gent aveugle,

Que Dieu a icy la main mise?...

Alain Chartier.—^/«//i (;/««r^«>r( 1390 -1449), secrétaire de Charles VII, écrit, lui aussi, en français et en latin, en vers et en prose, et mieux en prose qu'en vers. Il eut Ip mérite de souffrir des malheurs de son temni4et de s'en l'nsjjirer : dans le Qundriloge, dus personnages

M i,E woYEM Age.

allégoriques, Noblesse, Clergé, Roture et Labour se reprochent mutuellement les malheurs de la guerre de Cent ans et y cherchent un remède. Les contcmiiorains faisaient de lui un génie. Marguerite d'Écosst, passant par la chambre où dormait le poète, mit un baiser sur ses lèvres, voulant honorer « cette précieuse bouche li laquelle sont issus tant de bons mots et vertueuses sentences ». 11 y a dans cette légende plus do vraie poésie que dans toute Tœuvre d'Alawi Chartier.

Charles d'Orléans. — La poésie du moyen âge se résume au xv° siècle dans l'œuvre de deux poètes qui représentent l'un la tradition aristocratique, l'autre la tradition populaire. Charles d'Orléans (1391) est le fils de Valontine de Visconti et de ce Louis d'Orléans qui devait être assassiné par Jean sans Peur. A seize ans il est chargé de la rude mission de venger son père ; fait prisonnier à Azincourt, il va subir en Angleterre vingtcinq années d'une étroite captivité. Les gravure? d'un manuscrit anglais nous le montrent assis dans son roide banc, devant sa table, écrivant et rêvant au milieu de gardes et de soldats. Il ne rentre en France qu'à l'âge de quarante-neuf ans, et passe ses dernières années (1440-1465) dans sa petite cour de Blois, entouré de lettrés qu'il protège et dont il éveille le talent par des concours poétiques. Par une singulière fortune ses œuvres restent ignorées jusqu'au xviii' siècle.

Charles d'Orléans a composé des ballades, des rondeaux, des chansons, Initié déjà à la culture italienne, fl u'apporle pourtant rien de nouveau dans notre poésit il en est encore aux allégories du Roman de la Rose. Voici ses premiers vers :

Ou temps passé, quand nature me fit

En ce monde venir, elle me mil

PremieroiiK'ut tout en la gouvernance

D'une Dame qu'on appeloit Enfonce. ^j

Il d*^'-!-'^'" ^'^/'nnce j)Our Jeunesse. Celle-ci le conduit au Dieu d'amour et à ses ministres Bel-Accueil et Plaisance Charles d'Orléans a seulement porté à sa perfection cette poésie des allégories délicates. Son style très clair est plus moderne que celui de Villon : il est simple dans l'expression d'idées raffinées. On s'est étonné que dans cette poésie d'exil le poète parle moins de ses malheurs vrais que des chagrins de ses amours fictives. Mais d'abord, dans cette âme douce, la douleur se tourne naturellement en mélancolie.

En regardant vers le pais de France Ung jour m'avint, à Dovre sur la mer, Qu'il nae souvint de la doulce plaisance Que souloye ou dit pais trouver, Si commençay de cueur à souspirer, Combien certes que grant bien me faisoit, De veoir France que mon cueur amer^ doit.

Puis, pour Charles d'Orléans la poésie même est œuvre de fiction et de convention, moins propre à exprimer les sentiments les plus intimes qu'à divertir l'esprit : c'est un jeu très élég-ant.

Villon : sa vie. — Entre Charles d'Orléans et Villon le contraste est absolu. Homme « de povre et de petite oxtrace », celui-ci vient du peuple, et sa poésie en vient comme lui. Il rejette bien loin toutes les bag-atelles soi-disant poétiques, et ne demanda ses sujets qu'aux émotions de sa vie. François de Montcorbier ou des Loges est né en 1431 à Paris, « emprès Pontoise ». Il doit son surnom de Villon à maître Guillaume de Villon, chanoine, qui l'avait pris sous sa protection et fut pour lui « plus doulx que mère ». Sa jeunesse est celle de l'écolier du moyen âge, bruyant, indiscipliné, débauché. 11 obtient le grade de maître es arts, et parvient jusqu'eu 1455 sans avoir été « atlaint, reprins ne convaincu d'aucun autre villain cas, blasme ou reproche ». Mais s'étant pris de querelle avec un certain Philippe Sermoise, il eut le malheur de blesser mortellement son adversaire et dut quitter Paris où il ne rentra que

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