Aimer
M t-E woYFM Age.
Allégoriques, Noblesse^ Clergé, Roture et Labour se reprochent mutuellenient les malheurs de la guerre de Cent ans et y cherchent un remède. Les ccntemporains faisaient de lui un génie. Marg-uerite d'Écosst, passant par la chambre où dormait le poète, mit un baiser sur ses lèvres, voulant honorer « cette précieuse bouche <; laquelle sont issus tant de bons mots et vertueuses sentences ». 11 y a dans cette lég-ende plus do vraie poésie que dans toute l'œuvre d'Ala-n Chartier.
Charles d'Orléans. — La poésie du moyen âge se résume au xv" siècle dans l'œuvre de deux poètes qui représentent l'un la tradition aristocratique, l'autre la tradition populaire. Choisies d'Orléans (1391) est le fils de Valentine de Visconti et de ce Louis d'Orléans qui devait être assassiné par Jean sans Peur. A seize ans il est chargé de la rude mission de venger son père ; fait prisonnier à Azincourt, il va subir en Angleterre vingtcinq années d'une étroite captivité. Les gravures d'un manuscrit anglais nous le montrent assis dans son roide banc, devant sa table, écrivant et rêvant au milieu de gardes et de soldats. Il ne rentre en France qu'à l'âge de qua?'anle-neuf ans, et passe ses dernières années (1440-1405) dans sa petite cour de Blois, entouré de lettrés qu'il protège et dont il éveille le talent par des concours poétiques. Par une singulière fortune ses œuvres restent ignorées jusqu'au xviii" siècle.
Charles d'Orléans a composé des ballades, des rondeaux, des chansons. Initié déjà à la culture italienne, tl n'apporte pourtant rien de nouveau dans notre poésie il en est encore aux allégories du Roman de la Roue. Voici ses premiers vers :
Ou temps passé, quand nature me flt
Ed ce monde venir, elle me mil
Piomieroiiient tout eu l.i gouvernance
D'une Dame qu'on appeloit Enfance. ^j
il f^^i.,; or, r,,rnnce \)Ouv Jeunesse. Celle-ci le conduit au Dieu d'amour et à ses ministres Bel-Accueil et Plaisance Charles dOrléans a seulement porté à sa perfection cette poésie des allég-ories délicates. Son style très clair est plus moderne que celui de Villon : il est simple dans l'expression d'idées raffinées. On s'est étonné que dans cette poésie d'exil le poète parle moins de ses malheurs vrais que des chag-rins de ses amours fictives. Mais d'abord, dans cette âme douce, la douieiiy 60 tourne naturellement en mélancolie.
En regardant vers le païs de France Ung jour m'avint, à Dovre sur la mer, Qu'il me souvint de la douice plaisance Que souloye ou dit païs trouver, Si commençay de cueur à souspirer.
Combien certes que grant bien me faisoit, De veoir France que mon cueur amer^ doit.
Puis, pour Charles d'Orléans la poésie même est œuvre de fiction et de convention, moins propre à exprimer les sentiments les plus intimes qu'à divertir l'esprit : c'est un jeu très élégant.
Villon : sa vie. — Entre Charles d'Orléans et Villon le contraste est absolu. Homme « de povre et de petite extrace », celui-ci vient du peuple, et sa poésie en vient comme lui. Il rejette bien loin toutes les bag-atelles soi-disant poétiques, et ne demands ses sujets qu'aux émotions de sa vie. François de Montcorbier ou des Loges est né en 1431 à Paris, « emprès Pontoise ». Il doit son surnom de Villon à maître Guillaume de Villon, chanoine, qui l'avait pris sous sa protection et fut pour lui « plus doulx que mère ». Sa jeunesse est celle de l'écolier du moyen âge, bruyant, indiscipliné, débauché. H obtient le grade de maître es arts, et parvient jusqu'en 1455 sans avoir été « atlaint, reprins ne convaincu d'aucun autre villain cas, blasme ou reproche ». Mais s'étant pris de querelle avec un certain Philippe Sermoise, il eut le malheur de blesser mortellement son adversaire et dut quitter Paris où il ne rentra que