LA PLEIADE
cision et d'éclat h la langue en y faisant pénétrer le^ termes techniques :
« Encoie te veulx je advertir de hanter quelquefois non seulemeni les savants, mais aussi toute sorte d'ouvriers et gens mécanique?, comme mariniers, fondeurs, peintres, engraveurs et autres, savoir leurs inventions, les noms des matières, des outilz, et les termes usités en leurs arts et mestiers pour tirer de là ces belles comparaisons et vives descriptions de toutes choses. »
Suivent quelques conseils assez lâches sur la rime, qui doit être « riche », sans tomber dans les excès et les superstitions des rimeurs de la vieille école.
La Deff'ence se termine par une conclusion dont le ton belliqueux fait sourire :
a Là donq ! Françoys, marcnez couraigeusement vers cette superbe cité romaine, et des serves dépouilles d'elle, ornez vos temples et autels. Donnez en cette Grèce menteresse, et y semez encore un coup la fameuse nation des Gallo-grecs. Pillez moi sans conscience les sacrés thrésors de ce temple delphique... »
C'est la sonnerie par laquelle du Bellay convie les jeunes poètes à l'assaut de l'antiquité.
Erreurs de la Pléiade. — Certes il y a dans ce zèle quelque indiscrétion. Mais les reproches que mérite la Pléiade ne sont pas ceux qu'on a coutume de lui adresser. One critique, sentimentale plus que raisonnée, lui fait un crime d'avoir brisé la tradition de notre vieille poésie • cette poésie était stérilisée. Elle n'a pas non plus voulu introduire chez nous un langage bariolé de grec et de latin ; Du Bellay écrit : « Use de mots, puiement françois ». Et la pratique de Ronsard et de ses amis est plus mesurée encore que leur théorie.
Mais la Pléiade a eu le tort de croire qu'il dépendait de '"initiative d'un homme ou d'une école de refaire une langue : elle ignore que le développement du lang-age est chose spontanée. Elle a trop de confiance dans l'artifice et dans les recettes de métier. Sa plus grave erreur est enfin d'avoir considéré la poésie comme un art qui s'adresse à une petite élite de lecteurs et peut resloi» fermé à la masse du public. Du Bellay conseillée ''écn-
vain de « fuyr ce peuple ignorant, peuple ennemy de tout rare et antique savoir : se contenter de peu de lecteurs ». Aucun précepte n'a été plus souvent répété dans la Pléiade. Du Bellay écrit :
Rien ne me pl«dt, fors ce qui peut déplaire Au jugement du rude populaire.
Aucune tendance n'est aussi plus dangereuse. La poésie, pour plaire à ces initiés, perdra sans doute ce qu'elle pourrait avoir de commun et de terre à terre; mais elle risque en mémo temps de se priver de ce qu'elle devait avoir de vivant et de profondément humain : elle devient factice.
Importance de la réforme poétique. — Ces réserves faites, il faut reconnaître que nous devons beaucoup aux écrivains de la Pléiade. Nul avant eux ne s'était avisé que pour écrire en vers il fallût des facultés spéciales. Les premiers ils professent pour la poésie un entier respect, et se font de leur art une magnifique conception.
« Qui veut voler par les mains et les bouches des hommes doit longuement demeurer en ?a chambre; et qui désire vivre en la mémoire de la postérité, doit, comme mort en soy mesmes, suer et trembler maintesfoys; et autant que notz Poètes courtisans boyvent, mangent, et dorment à leur ayse, endurer de faim, de soif et de longues vigiles. »
Dans l'ensemble leurs idées sont justes, et l'impulsion donnée par eux a été salutaire. Pour en apprécier les résultats, il ne suffit pas de passer en revue les œuvres signées par Ronsard et ses disciples immédiats : il faut songer surtout que de cette réforme est sorti le développement de notre poésie classique. Le xvii* siècle, en médisant dé la Pléiade, se montre ingrat, et méconnaît ses propres origines. S'il se sépare sur quelques points des poètes de cette école, il reprend pour son compta leurs principaux enseignements. Il a le même respect de l'antiquité, il professe la même théorie de l'imitation, et les genres qu'il a portés ù la perfection sont ceux qu9
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du Bellay souhaitait de voir ressusciter. La date du ma' ilifeste de la Pléiade a dans l'histoire de notre poésie classique la valeur d'une date de naissance.