‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 39 sur 223 · RABELAIS · texte numérisé non relu

RABELAIS

La vie ; l'homme. — L'œuvre de Rabelais est touffue. La physionomie de l'homme, encore que complexe, aurait pu être démêlée si la légende n'était venue de bonne heure embrouiller et obscurcir la question On a voulu toir l'homme à travers son œuvre; on a romposé,

sa fig-iire h la ressemblance de celle de ses personnages et des pires d'entre eux. De là une foule de contes absurdes que le zèle inintellig-ent des amis et rhostilité des ennemis ont également contribué à répandre. Dans une épitaphe injurieuse composée par Ronsard se trouvent ces vers :

Une vigne prendra aalssance De l'esloma'r et. de lu pnppo Du bon Rabelais qui boivoit Tousjours cependant qu'il vivoit.

C'est ainsi qu'on va se représenter Rabelais. On en fera un joyeux buveur, un épicurien, un charlatan. Il n'a été rien de tout cela. Il a mené rexistencc laborieuse et digne d'un savant. 11 a été encore un diplomate, et s'est dirigé avec habileté et réserve à traver.^ mille difficultés

Rabelais est né vers 1495 à Ghinon. Élevé au couvent de la Beaumetle, près Angers, il reçut la prêtrise, etentra dans l'ordre des cordeliers; rien ne prouve que ce fût contre son gré. Inquiété à cause des études auxquelles il se livrait, ilquitta une première fois le couvent; en 1524 il passait dans l'ordre des bénédictins : la même année, il jetait le froc aux orties. Néanmoins il n'est pas brouillé avec l'autorité ecclésiastique. Il fait partie des réunions littéraires que son évoque Geoffroy d'Estissac tenait à Ligugé. La vie qu'il mène alors n'est donc pas celle d'un persécuté : c'est la vie d'un homme d'esprit mêlé à la haute société qui l'estime et l'accueille. Plus tard Rabelais obtiendra l'autorisation de reprendre l'habit de bénédictin, et nous le verrons avec le titre de chanoine à rab baye de Snint-Maur-les-Fossés.

C'est piobablement parce que le bénéfice espéré no vint pas que Rabelais songea ù se faire médecin. Il prit ses grades à la Faculté do Montpellier, fut docteur en 1537. C'est en cette qualité qu'il accompag-na le cardinal Jean du Bellay à Rome. Rabelais aime le mouvement On le trouve un peu partout : à Lyon, à Narbonn? à Chambérv, à Turin.

L'histoire de îa publication de son livre est cur'ieussjj

LES CONTEURS, i29

le prouve à la fois le bonheur qu'eut toujours Rabelais l'habileté qu'il sut déployer. 11 avait fait paraître en 1532 un remaniement d'un roman populaire : les Gî'andes et Inestimables Chroniques du grand et énorme géant Gargantua; il s'en vendit plus d'exemplaires en deux mois qne de Bibles en neuf ans. Rabelais, w:^"=;rti par le succès, puise c/ans cet ouvrag-e le sujet de son roman. Pour les deux premiers livres il croit devoir g-arder l'anonyme (Pantagruel, 1533; Gargantua, 1535). Mais François I" lui permet de signer de son nom le troisième livre. Nous sommes en 1545 : l'année précédente avait vu le bûcher de Dolet, la fuite de Marot, et peut-être la mort volontaire de Despériers.

Au début du nouveau règne une réaction passagère se produit : Rabelais est obligé de se réfugier quelques mois à Metz; il passe encore deux ans à Rome. A son retour, et grâce à la protection du cardinal de Ghâtillon, il obtient un privilège pour le quatrième livre (1550). Le livre ne paraîtra cependant que deux années plus tard. C'est que Rabelais, curé de Meudon depuis le 18 janvier 1551, se heurte à une opposition du Parlement et de la Sorbonne. Placé entre sa cure et son Uvre, Rabelais préféra le livre et résigna la cure (9 janvier 1552). Rabelais ne fut donc titulaire de cette cure que pendant moins d'une année, et il n'en exerça probablement pas les fonctions* : telles sont les proportions auxquelles il faut réduire la fameuse légende du joyeux curé de Meudon. Le cinquième livre ne parut qu'en 1564, plusieurs années après la mort de Rabelais. Cette mort doit être survenue vers 1553. Mais nous n'en savons pas la date exacte. A plus forte raison ignorons-nous les circonstances qui l'ont entourée.

Tel fut le Rabelais de l'histoire : prêtre de peu de vocation, mais comme on en trouverait plus d'un au XVI' siècle, érudit passionné pour la science et qui la respecta toujours dans sa personne, esprit hardi, ami des nouveautés et des réformes, mais esprit prudent

'. Kii juin 1551, lors du la loiirnào épiscopale, on trouva à la cure le iMci'JoQ noiii pas Rabelais, mais un cerlain Richard.

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aussi et qui ne se fit point scrupule d'atténuer 1 expresslie ses idées afin de rester en bonne intellig-ence av pouvoir

L'QBuvre; son caractère. — Si l'on considère aji la vie de Rabelais, il devient impossible de ne voir d son IJvre que l'œuvre d'un bouffon. Lui-pnêipe d'aillt nous avertit dans son prologue que nous ne devons i nous en tenir à lapparenca exlérienire. 11 compare livre aux silènes antiques.

Silène j esloient jadis petites boites telles que voyons de préseii bouticques des apothécaires, pinctes au dessus de figures joyo et frivoles, comme de harpies, satyres, oysons bridés, liécornus, caues bastées, boucqs volons, cerfz jimonnier*. et qui! telles pioctures çontrefaictes 4 plaisir pour excitep le tQondp ^ ri quel fut Silène, uiaistre du J)on Bacchus. Mais aij dpfians l'pn n eoit les fines drogues, comme le bnulme, ambre gris, auiouj musc, zivette, pierreries et aultrcs choses précieuses.

Nous examinerons donc son psiivr© an double point de vue que l'auteur même nous indique.

« Gargantua», « Pantagruel o. — A ne voir que i cadre, le roman de Rabolai;» est l'histoire de la « inestimable »,des v horribles et espouvanlables faicts prouesses d'une famille de bons g^éants déjà céléb: par la littérature populaire.

Premier livre : Garganlua- — Garg-antua est (ils de Grandgousier et Garg"amelle : « Soubdain qu'il fut ' ne cria comme les aultres enfans : « Mies, mies; » m«..« à haulte voix s'escrioit : « A boire, à boire, à boire I f comme invitant tout le monde à boire. » L3 preni livre contient le récit de cette étrang-e nativité, de 1 > fiance et de l'éducation de Oarg-antua, de sa venui Paris, de sa g-ucrre contre Picrochole. Vainqueur de .... dernier il construit l'abbaye de Thélème pour récQiu-^ penser le zèle d'un moine, frère Jean des Kntommeiil qui s'est sig-nalé contre l'ennemi.

Si:noNn livre : PantagmeL — Lo second livre, cor posé antérieurement au précédent, coritlent des ré' reJatifs h la naissance, h l'éducation et aux guerres Pantagicel, fils de Gargantua. Un nouveau personiiii

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