‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 42 sur 223 · emoine Puils-Uerbault avait dénoncô Rabelais · texte numérisé non relu

emoine Puils-Uerbault avait dénoncô Rabelais

i34 LE \\l* SIECLfl.

Mettre Thubal Holopherne lui apprit sa charte si bien qu'il la disait ' parcueur au rebours, et y fut cinq aus et trois uioys. Puis luy leut Donat, le Facet, Theodolet et Alouus in parabolis; et y fut trezè ans, six mois et deux sepuiaines.

Lie résultat ne se fit pas attendre. L'élève ^ détenait feu, niays, tout resveux et rassoté ». C'est alors quun nouveau maître, Ponocrates, est chargé de lui appliqua les bienfaits d'une méthode toute différente.

Gargantua s'éveille à quatre heures : on lui Ut quelques pages de l'Écriture; pendant qu'il s'habille, on lui répète les leçons du jour d'avant. « Luy mesmea les disoit par cueur et y fondoit quelques cas practiqueé et concernens Testât humain. » Lecture pendant troi« heures. Jeu. Repas. A table on s'entretient des pi priétés de tout ce qui est servi : « ce que faisant aprijit eti peu de temps tous les passaiges à ce competens tu Pline, Athénée, Dioscorides, Julius Pollux, Gallien, Porphyre... » Puis on apporte des « chartes » et l'élèv*» apprend en se jouant l'arithmétique^ la géométn ^ l'astronomie, la musique. Nouvelle lecture pendant trois heures. Exercices physiques. Promenade bol nique dans laquelle oii herliorlsé, « visitant les arbres et plantes, les conférens avec les livres des anciens qui en ont escript ». Les jours de pluie « alloient voir les lapidaires, orfèvres et tailleurs de pierreries... partout donnans le vin^ aprenoient et considéroienl l'industrie et invention des niestiers ». Souper. Visite à des hommes lettrés et ayant toyagé. Inspection d{ l'état du ciel, et remarques sur l'astronomie. Coucher.

Tel est ce plan d'éducation, où l'on n'a pas de peii à sentir la main du médecin et du savant. Il contient beaucoup d'innovations heureuses. Les exercices physiques y sont réhabilités. Le moyen âge avait séparé absolumenl l'éducation intellectuelle et l'éducation physique : on ne faisail pas è delle-ci sa place dans les écoles. L'enseignement prend un caractère positif : l'élève de Rabelais s'occupe moins des mots que dW idées et dos faits : il voit par lui-même et touche les choses. Mais il y a encore des lacunes. Cette éducaUt

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n'est pas assez littéraire : si elle tientcomptederantiquité, c'est pour se souvenir de ses compilateurs plus que de ses Drateurs et de ses poètes. Puis, Rabelais s'adresse trop à la mémoire, et ne s'occupe pas de solliciter chez son élève l'éveil de l'imag-ination et l'effort des facultés créatrices. La personnalité risque de disparaître sous cel entassement de connaissances emmagasinées. Le jeune homme à qui on appliquerait le plan de Rabelais ne deviendrait ni sot ni chétif. Ce serait un érudit bien portant.

L'idéal de Rabelais : Thélème. — C'est encore dans un esprit d'opposition à l'époque précédente que Rabelais conçoit je plan de son Abbaye de Thélème. Le moyen Age avait abusé en toutes choses de la règle : il s'était détié de la nature humaine et de ses instincts. Les Thélémites en leur abbaye, où il n'y a ni rpurailles ni horloges, ne se dirigent que selon leur vouloir et franc arbitre.

« En leur règle n'estoit que ceste clause : F(aj ce que tu vouldras; parce que gens libères, bien nez, bien in$truict^, conversons en cpHipaignies ^onnestes, qnt par nature ui| ipstinct et piguilloo qui tousjouFs les pouUe à fpicts vertueu}^ et retire 4ç vicis.., »

Rabelais demande donc le retour à la nature; mais en inême teiïips il ÇQOsçirve sa place à le^ science : jl copipte sur celle-ci pour ^choyer ou même pqur réformer l'qavivre de la nature. Aussi ne fiiut-ij pas sq méprendre sur la conception de Rabelais. Il p'admet à Thélème qu'ian

Fetit nombre 4e privilégiés, non de lia naissance, m^is 4e esprit.

Tant noblement estoient apprins, qu'il n'estoit entre eux celluy ne celle qui ne sceus.t lire, escripre, chanter, jouer d'instrumens haruiouicux, parler de cinq oji i|ix l^nguaJges et en iceyx couipose^ tant en cannes que en oraison solue '.

C'est là un idéal aristocratique. Rabelais incline à croire qu'une société serait bien faite, où la foule travaillerait pour assurer à une élite intellectuelle, l'indépen-

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