‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 53 sur 223 · Boileaii.. Art poéttiïut · texte numérisé non relu

Boileaii.. Art poéttiïut

20i LE XVII» SIECLE.

Cette rêverie entremêlée de réflexions religieuses et d'élans pieux, cette émotion en face de la nature, ce sont des notes toutes modernes, isolées dans la poésie du xvii> siècle. Saint-Amant, poète buveur, a réussi encore dans les pièces bachiques, et dans le g-enre grotesque, destmé à avoir un immense et déplorable succès sous le nom de burlesque.

Le burlesque : Scarron. — Le burlesque (de l'italien burla, plaisanterie) a sévi en France de IG-iO à 1660. L'époque de la Fronde est le temps de sa plus grande vogue. Plusieurs causes ont déterminé son apparition : l'esprit d'indiscipline qui se réveille dans la littérature comme dans la société, la réaction contre les tendances autoritaires de Richelieu, la personnalité du nouveau ministre combattu par l'arme du ridicule (lesMazarinades), enfin la protestation contre rafTectation et la préciosité.

Scarron 'iOlO-1660) est le maître de ce genre dont il donna les modèles dans son poème de Typhon (1644) et dans le Virgile travesti (1648-1653). La littérature burlesque traite à sa manière les sujets héroïques; elle conserve aux personnages leur condition et leur prête des mœurs et un langage vulgaires. Cotte opposition entre la trivialité des mœurs et la sublimité des personnages constitue le burlesque et le distingue du genre héro comique qui consiste au contraire h donner à des pe sonnagcs vulgaires des mœurs et un langage héroïque

Le Typhon ou la Gigantomachie est ie récit de la lutte des dieux et des géants. Que va devenir ce sujet sous la plume de Scarron? Un beau dimanche Typhon|| le jilus grand des géants, jouait aux quilles avec ses frères : l'un d'eux lui marche sur le pied. De rage* Typhon jette les quilles en l'air. Elles montent jusqu'au séjour des dieux où elles cassent un buffet dans la salle à manger de Jupiter. De là une guerre qui se termini par la défaite des géants. Voilà un premier procédé du burlesque. II prend un sujet extraordinaire eî le ramène aux proportions d'un incident banai.

En voici un second : il consiste à prendre des pcal

sontiMg-es consacrés par la tradition historique ou rei^ieuse cl à les présenter dons des postures ridicules- Mars est un soudard et un tralneurdo sabre « qui jurait )ieu, comme un vrai diable ». Neptune est en enfance. Les dieux un moment déconcertés fuient vers l'Egypte : « ils avaient perdu le mot pour rire », Jupiter, qui s'est métamorphosé en bélier, leur adresse une harang-ue en g-rec. Voici un autre procédé : l'anachronisme. Jupiter jure par l'Alcoran, sa foudre se charg-e à poudre et tire à six coups. Mercure apporte des lettres « dont le port n'était pas payé ». Dans le Virgile travesti, Garthag-e est une ville moderne.

Elle n'était premièrement Qu'un bailliage seulement, Mais Junon rompit tant la tête A Jupiter qu'à sa requête Il en fit un présidial, Y fonda deux ou trois collèges.

Le Virgile travesti contient par endroits des détails plaisants, de justes critiques à l'adresse du poète lalin, mais il ne supporte pas une lecture suivie : Scarron même n'eut pas le courage de l'achever. Le succès de ce poème mit le burlesque à la mode. Les libraires ne voulaient plus que du burlesque : les sujets les moins propres à la plaisanterie furent traités dans cette manière. Scarron eut des rivaux tels que d'Assoucy, auteur de VOvide e7i belle /rumeur et qui s'intitulait empereur du burlesque. Mais ce succès fut de courte durée. Le genre ne survécut pas à Scarron (1660). Il n'avait été qu'une aventure, une équipée en littérature • imparable à l'équipée politique de la Fronde; c'est la

rnière et folle insurrection de l'esprit littéraire qui

I sortira plus docile pour se plier désormais au joug

une autorité incontestée.

RÉSUM15.

10b. Une réforme était nécessaire pour soustraire !a poésie à rinfluencc du mauvais goût cl a la Ucence qui

Î06 LE XVir SIECLE.

favorisait une facilité excessive : Malherbe va 1 ao- Gomplir.

107. François de Malherbe (1555-1G28) naquit à Caen, s'attacha au grand prieur qu'il suivit en Provence, vint à Paris en 1600, et séjourna assidûment à la cour auprès de Henri IV, de Marie de Médicis et de Louis XIII. Il a composé des odes, des stances, des poésies religieuses. 11 écrit peu; mais ses poésies sont des modèles pour l'harmonie et l'éclat du style et pour la science du rythme.

108. Mallierbe a surtout de l'importance comme réformateur 11 proclame la souveraineté de la raison et du bon sens, donne pour le style et la versification des règles sévères, et fonde la tradition de la poésie classique.

109. Mathurin Régnier (1573-1613), au contraire, est le défenseur de l'école poétique du siècle précédent, 11 est en eflet le disciple de la Pléiade lorsqu'il réclame la liberté pour l'arl. Mais il aide pour sa part à la réforme en donnant dans ses « Satires » l'exemple d'une poésie naturelle, soucieuse de l'observation exacte, et qui parle un langage toujours simple et clair.

110. Théophile (1590-1626), poète hbertin, et Saint-Amant (15D3-1660), poète buveur, ont donné les meilleures pièces lyriques composées en dehors de i'iniluence de Malherbe.

111. Le burlesque (1040-1660) est la dermèrc révolte de l'esprit d'indiscipline contre l'autorilé. Scarron (1010-1060) est le principal représentant de ce genre de 'ittérature dont il a donné les modèlei dans son « Vir- , gile travesti», M

LECTURES RECOMMANDÉES

Brunot, la Doctrine de Malherbe. — Allais, Malherbe. =— Brunetière, Études critiques, V. — De Broglie, Malherbe (les grands écrivains français). — Th. Gautier, les Grotesques. — Morillot, Scarron et te genre burlesque, — Arnould. Racan. — L. Levrault, la Poésie lyrique (les genres îiltéraires).

TEXTES A CONSULTER

Malherbe (Collection des grands écrivains de la France, chez Hachette). — Racan, Théophile, Saint-Amant (Bibliothèque eizévirienne). — Virgile travesti (Bibliothèque gauloise). — d'Assoucy (Ibid.).

î:hapitre XV

La Société: — L'hôtel de Rambouillet. — M»» de Scudéry : les

«amcdis. — Les Précieuses.

L'Académie française ; sa fondation. — Ses statuts; ses travaux. —

Rôle de rAcadémie.

La Société. — Aux inHuences que nous avons vues jusqu'ici s'exercer sur la littérature, il en faut maintenant ajouter une qui date du xvii* siècle : celle de la société polie. Le salon où des hommes du monde et des écrivains se réunissent pour s'entretenir de questions sérieuses et relevées avec des femmes et sous la présidence d'une femme, le salon est une institution nouvelle, qui rendra service aux écrivains, qui parfois aussi leur créera des embarras ou les eng-agera dans' une voie regrettable, mais dont on va pendant deux siècles retrouver la trace aans le mouvement littéraire.

L'Hôtel de Rambouillet. — La marquise de Rambouillet inaug-ura ces réunions dans son hôtel de la rue Saint-Thomas du Louvre, où la Chambre bleue d\'irthénice^ sera plus de vingt années le rendezvous de tous les gens d'espiit distingué. La marquise est elle-même instruite et sj)irituelle, mais sans pédantisme aucun : elle n'a rien écrit, et nous n'avons conservé d'elle que quelques billets insignifiants.

Femme d'une vertu irréprochable, d'une raison tempérée par l'enjouement du caractère, elle est le type de la maîtresse de maison accueillante, modeste, et qui sait se faire centre tout en s'elfaçant. Auprès

t. AnairrarDme de Catherine de Vivonne.

d'elle deux Je ses filles: Julie d'Ang-ennes, cjui est le principal ornement de la maison, et réalise l'idéal de cette société ; Angélique, à qui on reproche déjà de !a manière et de la malignité dans l'esprit; leur amie, M"* Paulet, célèbre sous le nom de la Lionne que lu\ avait valu la couleur de ses cheveux d'un blond tirant sur le roux; iVP''* de Bourbon, lu future duchesse de Long-ueville ; M"e de Golig-ny, depuis comtesse de la Suze. Parmi les g-rands seigneurs, le prince de Marsillac et Montausier. Parmi les écrivains, Malherbe, Racan, Gombaud furent les hôtes de la première heure ; puis Balzac, Chapelain, Mairet, Sarrazin, Benserade, Godeau qui sera plus tard évèque de Vence et qui n'est encore que le « nain de JuHe », Corneille, Rotrou, Scarron y parurent. Pour Voiture, du jour où il vint à l'hôtel, il ne le quitta plus : il est « l'âme du rond ».

C'est en 1620 que l'Hôtel de Rambouillet prend une importance réelle. Le départ de Juhe, qui suivit Montausier dans son gouvernement, fut pour la société de la marquise une première cause de dissolution. L'année 1648 lui porta le coup fatal. C'est la date de la mort de Voiture, celle aussi des troubles de ia Fronde qui dispersa les habitués de l'hôtel et les répartit dans les deux camps opposés.

La diversité des éléments groupés à l'Hôtel de Rambouillet fait le caractère et le mérite de cette réunion. D n'y a rien ici qui ressemble à une coterie. Ce n'est pas une coterie politique. « La marquise, qui ne savait ce que c'était que prendre un parti », évita d'y laisser pénétrer l'esprit d'intrigue, et Richelieu ayant désiré qu'elle lui donnât avis de la façon dont ses invités parlaient de lui, elle sut décUner l'offre de cette alliance compromettante. Ce n'est pas un cercle de prudes Sans doute la galanterie fait le principal objeJ des entretiens, comme cela est naturel dans un salon où fréquentent des hommes et des femmes. La marquise avait quitté la cour de Henri IV parce qu'elle était choquée du ton licencieux qui y régnait : et ce n'est pas uu mince résultat, qu'on ail appris chez elle

210 LE XVll" PlfiCLE.

à parler honnêtement des choses de l'amour. Mais on â sing-'îlièrement exagéré les raffinements de cette ga* lanterir le salon. La fameuse Guirlnnde de Julie n'a que la valeur d une attention ingônieuse. Et si Julie fit attendre Montausier pendant treize ans, ^e n'est pas qu'elle voulût lui faire parcourir toutes les étapes de ce royaume de Tendre dont la carte n'était pas encore dressée : Montausier était calviniste, et le mariage eut lieu l'année même de son abjuration. Enfin, et ceci est le point capital, ce n'est pas un bureau d'esprit. Corneille y vint lire soh Polyeurte, et Balzac y discourait sur la vertu des Romains; mais la littérature n'est à l'Hôtel de Rambouillet qu'un accessoire. La maîtresse de maison cherche à divertir ses hôtes par tous les moyens : de là le mouvement continuel de la maison, les fêtes, les déguisements, même les mystifications. Et de là aussi la place faite à la littérature dans laquelle Cette société ne voit qu'un divertissement plus relové que les autres.

On peut dès lors fixer le rôle de l'hôtel de Rambouillet. Il n'a pas eu d'influencé directe sur la littérature, et n'a pas essayé d'en avoir. Aucun écrivain, sauf un seul, ne s'y est formé : encore Voilure est-il moins un écrivain qu'un causeur de salon. I^es autres n'y ont fait que passer. Mais son importance sociale est grande. Il a rapproché les grands seigneurs et les écrivains t les premiers y ont pris l'habitude des conversations sérieuse^ et le goût des choses de l'esprit ; les seconds y ont appris la politesse et la tenue qui jusque là leur avaient fait trop défaut Enfin il a contribué à épurer la langue. Aux siècles précédents, les écrivains n'avalenteudansleurstyle aUcun souci de la décence : désormais désireux de l'approbation des femmes, ils auront le respect de leur plume «

M"' de Scudéfy ; les Samedis. — Il y avait toute- Il fois dans ces t^éunions Uh danger; il était à craindre que la juste proportion entre l'élément mondain et l'élément lettré ne s'altérût et que le souci de l'élégance n'en devînt la recherche et l'airectalion. Ce défaut est déjft -j celui de& réunions qui se tiennent le samedi, njô d» I

La société, la fondation de L'académie. 211

Beauce,chez M^'^rfe Scudéry (1607-1701). Celle-cfest une femrae de grand mérite, auteur de romans qui contiennent une image fidèle de la société contemporaine, et qu'on eut beau jeu à déprécier plus tard, quand ils eurent passé de mode. Elleproteste contre ceux qui «se figuraient qu'on ne parlait jamais chez elle que des règles de la poésie, que de questions curieuses et de philosophie ». Elle sait beaucoup de choses, « sans faire la savante », et elle parle excellemment du degré d'instruction qui convient à une femme.

« Ce que je voudrois principalement apprendre aux femmes, seroit à ne parler point trop de ce qu'elles sauroient bien, à ne parler jamais de ce qu'elles ne savent point du tout, et à parler raisonnablement. Je voudrois qu'elles ne fussent ni fort savantes iii fort ignorantes. »

Il reste que M"* de Scudéry est une femme auteur, et qu'elle se pique de donner des leçons de bon goût. Des personnes de la haute société, comme Montausier, M""^ de Sablé, la comtesse de Maure, viennent parfois aux samedis; mais les amies de M"* de Scudéry appartiennent surtout à la bourgeoisie : c'est d'abord M°* Cornuel, « cette bourgeoise du Marais, dit Saint- Simon, dont l'esprit lui avait acquis quantité d'amis de considération et une sorte de tribunal chez elle. Elle était pleine de bons mots qui sont des apophtegmes. » C'est elle qui appelait Beau fort et ses amis « messieurs les importants >, et les jansénistes « les importants spirituels ». Puis M"° Robineau, M"'*' Arragonais, M"^ Boquet. Aussi le premier rang revient ici aux écrivains : Conrart, Chapelain, Sarrazin, Pellisson. Ils donnent le ton ; ils le recevaiet.v à l'Hôtel de Rambouillet. Tout ce monde fait assaut do petits vers galants et y attache un peu plus d'importance que de raison. Il est tel samedi dont on nous a laissé le compte rendu : c'est «no preuve que l'on tenait registre, et que les choses lourr^aient à la réunion littéraire. On voit qu'il y a déjà décadence La société s'est abaissée, l'air est plus bourgeois, l'allure s'est raidie : c'est une première

atteinte de pédantisme et de mauvaise préciosité X.es Précieuses. — A mesure que la mode du be esprit se répandait et devenait ])lus générale, les défauts s'accentuèrent et le ridicule s'en mêla. En 1056 l'ahbé dt Pure écrit dans son roman, In Précieuse ou le Mystère des Ruelles : « Le mot de précieuse est un mot du temps... et qui s'applique à certaines personnes du beau sexe qui ont su se tirer du prix, commun et ont acquis une espèce et un ran<i tout particuliers. Elles sont une secte nouvelle. » Elles sont une secte en eiïet, et forment une société à part. Somnise pourra faire un dictionnaire de leur langage. Elles font profession de bel esprit, « La première partie d'une précieuse est d'avoir de l'esprit, ou la prétention d'en montrer. » Cet esprit, il faut l'appliquer à lire des romans ou des vers, à critiquer et à écrire. « Elles censurent les mauvais vers et corrigent les passables. Elles jugent des beaux discours et des beaux ouvrages : elles en font elles-mêmes. » Elles causent moins qu'elles ne dissertent. A qui, des sciences ou de la poésie, est aue la prééminence? L'histoire doitelle être préférée aux romans ? Corneille est- il su{)érieur h Benserade? Les questions de lang-uc et d'orthogiapbo tiennent encore unegrande place dans ces conversations. Ces excès justifieront suffisamment lesattaques de Molière et de Boileau.

Cependant tout n'était pas mauvais dans l'œuvre Hes précieuses, et on n'a pas rejeté toutes leurs in.iovalions. lOn orthographe elles tiennent pour un système plus rapproché de la prononciation, et contribuent à faire dispa raître quelques-unes des lettres inutiles dont les savants du siècle précédent avaient surchnrgé les mots. En matière de lang-ue, la préciosité n'est que l'exagération d'une bonne tendance : du désir de trouver h la pensée une expression aussi ingénieuse que possible Aussi quelques-unes des locutions des précieuses constituaient un piogrès, et sont restées. Certes il était ridicule de dire : « Contentez, s'il vous plaît, l'envie que ce siège a de vous embrasser », ou d'appeler un miroir: le « conseiller des Grâces ». Mais nous disons encore : « faire

fiffuro dans le monde », « avoir l'intelligence épaisse », « avoir l'âme sombre », « avoir un procédé irrégulier», a perdre son sérieux», « la force des mois », « des termes de corps de garde », etc.. Ces locution? plus imagées et plus expressives que les termes abstraits qu elles ont remplacés, nous sont venues des précieuses.

L'Académie française; sa fondation. — C'est encore un salon que l'Académie française, un salon ^/fficiel, régulièrement chargé de surveiller les progrès de la langue. L'idée de cette institution n'était pas nouvelle. L'Italie avait déjà des académies célèbres. En France, sous la protection de Charles IX et de Henri III, une académie avait tenu des séances au Louvre. Au début du xvii® siècle, diverses réunions se tenaient chez des particuliers, chez M'"' de Gournay, chez Colletet, chez Ghauveau le graveur, au bureau d'adresses fondé par Renaudot. Ces réunions contenaient en germe l'institution académique : l'idée flottait dans l'air.

C'est à la réunion qui se tenait chez Conrart qu'il faut rattacher l'origine de l'Académie. Pellisson nous a donné tous les détails des négociations'. Depuis l'année 1629 des « gens de lettres d'un mérite fort au-dessus du commun » Godeau, de Gombaud, Chapelain, Giry, Habert, de Serizay, l'abbé de Cerizy de Maleville se réunissaient chez Conrart.

« Là ils s'entretenoient familièrement, comme ils eussent Tait en une visite ordinaire et de toutes sortes de choses, d'alKiires, de nouvelles, de belles-lettres. Que si quelqu'un de la compagnie avoit fait un ouvrage, comme il arrivoit souvent, il le communiquoit volontiers à tous les autres, qui lui en disoient librement leur avis. »

Le secret, d'abord bien gardé, finit par s'ébruiter. Boisrobert, abbé, poète, nouvelliste, et homme à tout l'aire au service de Richelieu, parla de ces réunions à son maître. Richelieu s'y intéressa, « car il avait l'esprit

t Pe'.Usson (1621-lfi!)2), l'ami doM"*de Scudérypsfronnupour avoir ùit un bon TOvrayo, Histoire de l' AcaiUmie française (<C53), et une bonne actiop, la d(5.onîo Ofl Fou(]uct dont il avait ét< le commis, et pour qai il composa d'âloipioius )i6inoire3.

♦H LE XVÎλ SIfiCLfi.

naturellement porté aux grandes choses et il aimait surtout la langue française en laquelle il écrivait luimt^me fort bien ». Surtout il pensait qu'il j»ouvait y avoir là un moyen poui étendre aux choses de la littérature cet esprit de discipline qu'il faisait triompher dans la politique. Aussi fit-il demander par Boisrobert « si ces personnes ne voudraient point faire un corps et s'assembler régulièrement et sous une autorité publique ». Les amis de Gonrart auraient bien voulu refuser. Us comprenaient que leurs réunions, en devenant officielles, allaient perdre de leur charme, et en outre plusieurs d'entre eux appartenaient à des grands seigneurs ennemis du cardinal. Ils cédèrent "néanmoins, sachant <» qu'ils avoient affaire à un homme qui ne vouloit pas médiocrement ce qu'il vouloit ». Richelieu leur laissa d'ailleurs une entière liberté pour l'organisation de la compagnie et la rédaction des statuts.

Ses statuts-, ses travaux. — On augmenta d'abord le nombre des membres. On choisit un nom, celui d'.lraëémie française, quePelUsson approuve justement pour sa simplicité. En janvier 1035, le roi accorda des lettres patentes reconnaissant aux membres de la nouvelle compagnie certains privilèges. L'Académie était fondée. Elle devait se composer de quarante membres, recrutés par l'élection. Un directeur préside les séances, un chancelier garde les sceaux, un secrétaire perpétuel tient les registres. Chaque semaine un académicien devait lire un discours sur telle matière qu'il lui plairait ; Godcai; parla « conlf-e l'éloquence », Chapelain « contre l'amour », Racan « contrôles sciences », Meziriac « sur la traduction », Gombaud « sur le je ne sais quoi ». Mais la principale occupation de l'Académie fut la rédaction du Dictionnaire. Chapelain en rédigea le plan ;

(I II fnlloit faire un choix de tous les autenrs morts qui «• >ient écrit le plus j)uroi);cnt en notre Innpue et les distribuer à tous les académiciens afin que chacun lût attcntiveuient ceux qui lui seroient échus en partage et que sur des feuilles diUerentes il remarquât par ordre alphabétique les dictions et les phrases qu'il croirolt trau(jo<ses ».

\jO choix de l'Académie fut très iarg-e ' on tint compte de toufe. les grands écrivains, sauf de Rabelais. Lp première édition du Dictionnaire parut en 1694.

Rôle de l'Académie. — L'établissement de l'Académie n'alla pas sans soulever des réclamations et des critiques. Les quolibets commencèrent à pleuvoir : c'est une mode qui n'apoint passé. Des pièces satiriques furent composées, dont la meilleure est la comédie des Acadé-^ mistes de Saint-Évremond. A ces attaques plus ou moins spirituelles la réponse était facile à faire. Les ennemis de l'Académie la représentent comme une compag-nie de l'arbitraire, régentant la grammaire à son gré et violentant la langue ; or, tout au contraire, l'Académie a reconnu dès le début la suprématie indiscutable de l'usage et a borné son rôle à en enregistrer les décisions : « dès qu'une question sur la langue se présente, écrit Pellisson, ils-ne font que chercher l'usage, qui est le grand maître en semblables matières, et conclure en sa faveur. » Le reproche qu'on serait en droit d'adresser à l'Académie >erait bien plutôt le reproche inverse. Tandis que le rôle ^ILii lui appartient est de régulariser le développement de la langue et de s'opposer à son écoulement, elle a souvent montré trop de complaisance pour de mauvais usages.

RÉSUMÉ

112. La société commence à se mêler âil mouvetaent littéraire. L'Hôtel de Rambouillet est la première de ces réunions qui vont servir à étendre sur la litteiature l'influenoe féminine. L'hôtel de Rambouillet a rapproché les grands seigneurs et les écrivains : il a en outre contribué à épurer la langue.

113 L'Hôtel de Rambouillet n'est pas un bureau d'esprit : c'est le trait qu: ie disimgue d'autres réunions, telles que les Samedis de M"" de Scudéry (1607-1701). Ici la société est bourgeoise, les écrivains donnent le ton, et on tient registre de véritables journées littéraires.

216 LE XVir SIÈCLE.

114. M'" de Scudéry se défend encore du reproche de pédautisme et dafifectation. Les Précieuses îe méritent et l'acceptent. Elles n'ont été inutiles ni à l'orthographe qu'elles ont simplifiée, ni à la langue qu'elles ont enrichie de locutions imagées.

115. L'Académie française est un salon officiel. Elle a pour origine des réunions qui se tenaient chez Conrart. C'est Richelieu qui en a fait un corps constitué (1635). Le travail le plus important de l'Académie est la rédaction du « Dictionnaire ». Le rôle de l'Académie est de régler le développement de la langue et d'en ralentir le perpétuel écoulement. Le reproche qu'on peut lui adresser est non pas d'avoir tyrannisé les mots, mais au contraire d'avoir souvent montré trop de complaisance pour l'usage.

LECTURES RECOMMANDÉES

Rœderer, Mémoire pour servir à l'hiatoire de la société polie. - V. Cousin, La Société française au xvii" siècle. — Ch.-L. Livoi Précieux et Précieuses. — Rathery, Mademoiselle de Scudéry.

TEXTES A CONSULTER

Somaise, Dictionnaire des précieuses (Livet, Bibliothèque clzévirienne). — Pellisson, Histoire de IWcadémie (Livet)

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