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Taliemant

240 LE XVir SIÈCLE.

]je Polyeuete^ montre mieux encore les influences que Corneille subit alors : cette pièce, dont le sujet est emprunte; la vie des saints comme dans les mystères du moyen-âge, est peut-être celle où Corneille s'est le plus exactement enfermé dans le système classique. Enfin Corneille, qui vient de prêter une âme à la tragédie, donne dans /e Menteur (1644) la première comédie de caractère.

La décadence. — Corneille était arri\é d'un seul clan au plus haut degré de son art : il ne s'y maintient pas. Rodogune (1G45) est déjà une pièce obscure, qui ne dut son renom qu'à « Thorreur » de son cinquième acte. Théodore, transcription bizaii'e de Polyeuctc^ montre jusqu'où Corneille, lorsque son génie l'abandonne, peut pousser la maladresse Heraclius est suivant le mol de Boileau « un logogriphe ».

Corneille cherche alors par tous les moyens â se renouveler. Andromède (1050) est un essai d'opéra. Don Sanche^ comédie héroïque, contient l'essai et la théorie de ce qu'on appellera plus tard « le drame « . Nicomède, l'un des plus beaux ouvrages de Corneille, est un essai de tragédie presque uniquement politique.

L'époque de la Fronde est le temps des ierniers succès de Corneille. Une société disparaît, où le poète a vécu, dont il a incarné les tendances, et Corneille T^.'a pas assez de souplesse pour se prêter aux exigences d'un public nouveau. Après l'échec de Pertharite, il cède au découragement. Les applaudissements qui accueillent Œdipe, la Toison d'Or, Sertorius, s'adressent surtout â l'auteur resté sept ans éloigné de la scène et dont on fétc la rentrée. Les mauvais jours recommencent avec .S'o/>/*o/t/s6t', 0(/ion, Ayésilas, Attila. C'est le temps de la faveur de Quinault et des premiers succès de Racine. L'auteur des Plaideurs parodie quel-

1. Polymcte, antérieui- â /a Mort de P'nnpéf, doit êtrr l'-palcmpiil dal<< 1643. — Mous ne («ouvoiis étudier en diMail cIiuouik- d« ces pièce» el nous nous bornons h des indicalions d'ensemble f^ur IVruvrc de Corneille. On trouvera l'anal;<e jl lu critique des principales tragédies do Cornoillt» oans I;s Auteur.'. /'Va/nvnx Ji- 'k' , Léou Lbvf&uU (Mbrairio Paul Dclaplai^;.

qyes vers de Tauleur du Cid après i'avoir malmené dans ia préface de Brilannicus. Il lait plus : mis aux prises, sans le savoir, avec Corneille, il compose Bérénice^ pendant que celui-ci écrit Tite et Bérénice. Les deux systèmes étaient rapprochés et de façon qu'on pouvait se convaincre que l'un d'eux était condamné Pulchérie ne trouva grâce qu'auprès de madame de Sévigné. Suî'éna tomba en 1674,

Le génie de Corneille. — Le trait qui domine dans le génie de Corneille, c'est la grandeur, comme l'héroïsme est l'inspiration générale de son théâtre. C'est par là que ce théâtre est à la fois l'œuvre d'un génie très individuel et l'expression très exacte d'un temps. Dans cette première moitié du xvii" siècle, leF imaginations sont tournées vers le grandiose. L'inlluence de l'Espagne, les souvenirs des luttes passées, les derniers ferments de révolte qui lèvent dans les têtes aristocratiques, tout contribue à former un courant qui pénètre à la fois la littérature et la société. Les romans si fort à la mode sont pleins de grands sentiments, d'amours chevaleresques et d'aventures i-nerveilleuses. Seulement, chez la plupart des écrivains, cet héroïsme semble n'être qu'une convention, chez d'autres il tient de la fanfaronnade et semble l'elTet d'une i< humeur gasconne ». Chez Corneille il se rencontre avec la tournure naturelle de l'esprit, et se confond avec la disposition instinctive de l'âme.

De là les beautés originales de ce théâtre. Et d'abord cette conception si haute de l'humanité. Corneille « peint les hommes tels qu'ils devraient être » ; c'est en lui-même qu'il trouve les traits dont il les embellit. Chacune de ses pièces repose sur un pathétique qu'il lui appartenait de dénommer : le pathétique d'admiration. 11 célèbre dans le Cid l'honneur, dans Horace le patriotisme, dans Cinna la clémence, dans Nicomede Sa force d'âme invincible aux coups du malheur comme aux intrigues de l'eavio, dans Polyeucle le sacrifice à

\n idéal divin. Il crée toute une famille de personnages: jes vieillards si fiers, ces jeuof^s gens ci «asoucianls de

la vie, ces femmes si sûres d'elles-mêmes. Les motf qu'il leur prête sont de sublimes traits de caractère : le Moi de Médée, le Meuns ou tue de Don Dièg^ue, le Qu'ii mourût d^Horaee. Il fait parler au devoir un lang-ag-e qui passe en éclat le langage de la passion. Et il se trouve ainsi avoir faii, de la seule façon dont cela est permis à l'écrivain dramatique, une œuvre d'une haute moralité. Corneille ne prêche pas la vertu, mais l'héroïsme de ses personnages est contagieux : ce senties belles parties de notre àme qui sont éclairées; nous prenons plus nettement conscience de oertains sentiments généreux, nous y croyons davantage ; notre pensée s'épure et s'élève. A ces hauteurs, la poésie et la morale se confondent. Et l'on peut, pour une fois, appliquer en toute confiance la règle de La Bruyère : fc Quand une lecture vous élève l'esprit... ne cherchez pas d'autre règle pour juger de l'ouvrage: il est bon et fait de main d'ouvrier. »

De lii aussi les imperfections de ce théâtre. Corneille voit les hommes à travers son imagination plus qq'il ne les voit en eux-mêmes. 6a psychologie n'est pjig assez profonde. Aux plus réussis parmi ses caractères, il manque cet élément de mobilité et de contradiction qui est le signe de la vie. Nous ne voyons pas assez comment les événements influent sur ces personnages et les modifient, où plutôt nous savons qu'ils no servent que de matière à manifester un héroïsme sans défaillances. Leur conduite se déduit sûrement de quelques principes une fois posés : l'issue de la lutte entre le devoir et la passion n'est pas douteuse. Il n'y a point de place pour l'imprévu. C'est l'harmonie d'une construction régulière, et la logique d'un système, plus que ce n'est la logique du sentiment. D'ailleurs l'imagination la plus riche fournit au poète dramatique yn moins grand nombre de types variés que ne ferait l'observation de la réalité. Tourmenté du besoin de se renouveler et de trouver non tam meliora quam nova*. Corneille en viendra, pour ne pas se rénéter, à

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