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Non pas tant la mitui que le nouveau

La tragédie : CORNEILLE. U9

exagérer ses propres tendances : en cherchant le sublime il n'atteindra plus qu'à l'invraisemblable et à l'extraordinaire.

Système dramatique. — Le théâtre de Corneille nous éclaire suffisamment sur son système dramatique. Mais Corneille est encore un théoricien, bien qu'assez médiocre. L'édition de son « Théâtre », parue en 1B60, contient tnois discours sur le Poème dramatique, sur la Tragédie et sur les Trois Unités. En outre chaque pièce est acccmpag-née d'un examen où l'auteur se jug-e avec une candeur parfaite. C'est là qu'on peut voir l'idée qu'il s'est faite de la tragédie, non d'après les Grecs qu'il ignore, mais d'après Sénèque, les Espagnols, et bon nombre de savants contemporainf en us.

Le but de la tragédie, pour Corneille, est de produire, non la terreur et la pitié, mais l'admiration. Le moyen est l'exposition de « quelque grand intérêt d'État », débattu entre personnes d'un haut rang, ou le développement de quelque passion « noble et mâle, teilet que sont l'ambition et la vengeance ». La tragédie ainsi conçue s'encadrera naturellement dans quelque milieu historique. L'un des mérites que les contemporains reconnaissaient à Corneille, et pour lequel Saint-Évremond dans la fameuse Dissertation siû' {'Alexandre, le met au-dessus de Racine, c'est d'avoir eu le Sentiment de l'histoire. En effet, si l'on néglige les inexactitudes de détail, et si l'on tient compte des droits que le poète conserve toujours, on accordera que personne n'a su mieux que Corneille brosser avec vigueur un large tableau d'histoire, et donner dans l'ensemble une imprfeôsion juste.

L'amour, dans ce système, ne tienf qu'une place secondaire. ^< J'ai cru jusqu'ici, écrit Corneille à Saint- Évremond, que la passion de l'amour est trop chargée de faiblesse pour être la dominante d'une pièce héroïque ; j'aime qu'elle y serve d'ornement, et non de corps. » Tel est le rôle que Corneille réserve à l'amour, rôle accessoire, épisodiquc, et qui n'échappe pas toujours

Ui LE XVII" SIECLE.

Qux défauts des épisodes, à savoir dêlrc ennuyeux et îioid. César dans fa Mort de Pompée se montre ridicule lorsqu'il dit à Gléopàtre qu'il n'a entrepris la conquête du monde que pour gagner son cœur. L'amour .le Thésée pour Dircée fait tache dans un sujet aussi terrible qu'est celui d'OEdipe. Sans doute Corneille a su donner de l'amour d'autres peintures ; mais il avoue que dans le Ci d même, la plus amoureuse de ses piècœ, l'amour a moins d'importance que le soin de Thonneur et le devoir de la naissance. L'amour semble à Corneille une faiblesse '. ses héros ne lui feront que des concessions. Corneille ne connaît d'ailleurs que l'amour romanesque, produit d'une convention : ce n'est pas encore dans son théâtre que nous trouverons l'amour étudié en lui-même et comme une passion.

Pour ce qui est de la forme même et des conditions extérieures de la trag-édie. Corneille accepte les règles telles qu'on les formulait autour de lui; mais il les subit plutôt encore qu'il ne les accepte. « Pour moi, je trouve qu'il y a das sujets si malaisés à renfermer en si peu de temps, que non seulement j'accorderais les vingt-quatre heures entières, mais je me servirais même de la licence que donne Aristote de les excéder un peu et les pousserais sans scrupule jusqu'à trente. «

Cer règ-les ont gêné Corneille : elles lui ont coûté infiniment de peine et l'ont jeté dans toute sorte d'invraisemblances. Racine se jouera à travers leurs étroites limites, parce que la tragédie, chez lui, est toute morale et se contente des sentiments ; Corneille a encore besoin des situations et de l'intrigue : ce sont les événements qui chez lui mènent l'action. Ce goût de l'intrigue que Corneille a i)ris aux Espagnols est le germe de mort (jue contenait son théâtre. Après Polyeucfe, le poète penche de plus en plus de ce côté. Il croit qu'il y a plus d'invention dans les pièces qu'il appelle « embarrassées », et il égak les plus défectueuses à ses chefs-d'œuvre, parce qu'il y a mis même quantité d'esprit. 11 y a en Corneille, i côte du grand Corneille, une sorte de Hardy su|)érieur, un inventeur industrieux, cherchant partout la vai-iété,

comme un secours à son g-énie vieillissant. Aussi tombet-il au-dessous de lui-même, du jour où il emploie, pour nouer des situations surprenantes, la force d'esprit qu'il avait mise autrefois à créer de grands caractères. . 'L'écrivain. — L'écrivain, chez Corneille, est inégal comme l'auteur dramatique. Son style est souvent obscut et confus, pompeux jusqu'à l'emphase, alambiqué jusqu'au galimatias : certaines pointes, et des pires qu'on sache, sont de Corneille. Mais ces défauts viennent en partie du temps ; les qualités de Corneille ne viennent que de lui. Il a d'abord les qualités oratoires, l'ampleur et le mouvement de la période, la logique de l'éloquence : aussi multiplie-t-il les discours et les plaidoiries en forme. Dans le dialogue, les répliques s'opposent et s'entrechoquent avec un tel éclat que ce genre de dialogue, non pas inventé, mais seulement consacré par Corneille, a pris le nom de cornélien. Enfin, c'est partout une énergie et une vigueur qui n'ont pas été dépassées: dans cette langue encore rude, la pensée prend un singulier relief, et le vers est frappé en médaille *

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