LES JANSÉNISTES
La littérature, au xvii' siècle, est remplie tout entière par l'étude de l'homme intérieur, et il n'est pas un grand écrivain chez qui on ne pût trouver les matériaux d'un recueil de pensées ou de maximes, comme on les trouva dans les fragments de l'œuvre inachevée de Pascal. On s'occupe partout des questions de morale : au cloître et dans les salons on en a môme souci, et souvent on les traite de la même manière.
Un premier groupe de moralistes se rattache à la célèbre maison de Port-Royal et à la doctrine du jansénisme. Port-Royal, abbaye cistercienne de femmes fondée au xiii" siècle dans la vallée de Chevreuse, réformée en 1608 par une jeune abbesse, la mère Angélique, fille de l'avocat Arnauld, avait été transportée à Paris en 1626. Sous l'impulsion de son directeur, Du Vergier de Hauranne, abbé de Saint-Gyran, elle étail devenue le foyer du jansénisme, doctrine qui prétendait épurer le christianisme en le ramenant à sa doctrine primitive. A l'exemple de ces saintes femmes, plusieurs hommes, à la tète desquels était le grand Arnauld, frère de la mère Angélique, s'en allèrent vivre en solitaires
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dans l'abbaye primitive, qu'on appelait dès lors Porl- Roijal des Champs. Moralistes et éducateurs, ils fondèrent les Petites-Écoles de Port-Royal dont Racine fut l'élève. PersécutéF pour leur foi, pour des raisons politiques, tour à tour chassés, puis rétablis, leur histoire remplit tout le règne de Louis XIV.
En 1640, JanséniuB, évêque d'Ypres, avait publié son Augustinus, ouvrag-c dont il prétendait avoir tiré la substance dans Saint'Aug-ustin. D'après cette doctrine les Jansénistes professent certaines théories particulières. Persuadés que la nature humaine est foncièrement mauvaise, ils ne se confient pas dans là bonne volonté, si la g-râce ne s'y ajoute Tandis que l'Ég-lise enseigne que chaque homme reçoit tout au moins les secours nécessaires pour faire son salut, que la ^ràce peut être méritée et que Dieu la proportionne au besoin, les jansénistes admettent l'impuissance radicale de l'homme à obtenir la grâce, s'il n'y a pas été prédestiné. Privé de la grâce, le pécheur, et c'est le point particulier au jansénisme, se trouve dans l'impossibilité de bien faire e* n'en est pas moins responsable de ses mauvaises actions. t3e là une source d'angoisses et un sujet de tremblement perpétuel. Cette doctrine de la grâce a fait le sujet do longues discussions au xvu" siècle, et on en retrouverait les traces dans nombre d'oeuvres littéraires. Doctrine aristocratique au sein de la religion, le jansénisme a attiré à lui quelques âmes d'élite éprises de dévotion ditficile, non sans une arrière-pensée de se faire distinguer. Condamné par Tautorité, il a, pour se défendre, l'incontestable grandeur morale do représentants tels qu'un Arnauld, et le génie de son Pascal.