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premier maître de son fils, a Sa principale maxime dans cette éducation, nous dit M"" Périer, était de tenir toujours cet enfant au-dessus de son ouvrag-e. n C'est dire qu'il voulait que l'enfant acquît lui-même, et par un effort de caisonnement, ce que les autres apprennent machinalement et par un elTort de mémoire. Cette méthode a pu contribuer à développer chez Pascal la vigueur de l'esprit, comme l'éducatian a pu favoriser chez un Moqtaig-ne la mollesse du caractère.
De très bonne heure Pascal donne les nmrques d'une étonnante puissance d'esprit. A douze ans, avec « des barres et des ronds », il retrouve la §péomé trie jusqu'à \s^ trente-deuxième proposition d'Euclide. A seize! ans, il compose un traité des sections coniques où Descartes se refusait à voir l'œuvre d'un adolescent. A dix-huit ans, il imagine la machine arithmétique, pour faciliter le travail de son père devenu intendant des tailles en Normandie. En i647, il renouvellQ les expériences de Torricelli sur le vide.
Quelques événements font date dans la vie de Pascal, à cause de l'importance que» lui-même y attacha. Son père s'étant cassé la janabe, deux g-entilshommes de Rouen, qui fréquentèrent la n^aisop à cette occasiop, y apportèrent des livres jansénites. De cette époque date, ce qvi'on a appelé la première eonversion de Pascal (1646).
La santé de Pascal avait toujours été déplorable; ses maux de tête et d'estomac s'aggravaient 5 les médecins lui conseillèrent de chercher le divertissement. Pascal se rapproche alors de quelques amis qui faisaient partie de la haute société, le duc de Roannez, Miton, Méré. C'est ^ période mondaine de sa vie ■ pp y rattache la composition dyi Discours sur les passions de l'amour^ qui a servi de point de départ à l'invention d'un prétendu « roman » de Pas^^al. Un accident vint changer les dispositions de Pascal, ju plutôt hâter le travail qui se faisait en lui. Ses chevaux s'emportèrent en passant le pont de Neuill^ et furent précipités dans le fleuve : lea rèçi^s ayant cassé, le carrosse fut arrêté sur le borfl çt
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Pascal préservé par miracle. C'est la date de la xeconde conversion (1654).
Pascal ee rapproche de Port-Royal et, pour défendre cette maison, compose les Provinciales (1G5G-1657). Le miracle de ia Sainte-Epine, qui avait g-uéri d'une fistule à l'œil la fille de M""' Périer, lui semble alors une nouvelle faveur et un avertissement de la Providence, lise met à la composition de son grand ouvrage sur la religion. Mais ses soulîrances redoublent au point de lui interdire tout travail. Les quatre dernières années de sa vie sont remplies par ces soulTrances qu'il supporte avec une patience admirable et par des exercices de piété.
Sur les derniers jours de sa vie, Pascal sortit de sa maison pour laisser la place à un malade qu'il avait recueilli : il n'y rentra pas. Il mourut à trente-neuf ans, le 10 août 1G62.
L'homme. — L'œuvre de Pascal est de celles autour desquelles on se bat ; aussi est-il ici d'un intérêt tout particulier de fixer quelques-uns des traits qui, ressortant incontestablement de ia seule biographie, nous permettront de nous placer à un point de vue plus juste pour apprécier la portée de l'œuvre.
Pascal est d'abord un croyant. — On parle fréquemment d'un Pascal torturé par le doute, et par un doute qui ne s'arrêtait pas même devant la religion : c'est en désespéré qu'il se serait rattaché à la croix. Au moins faut-il avouer qu'aucun trait de sa vie ne met sur le chemin dune telle interprétation. Cette vie ne laisse point d'espace vide où le doute aurait pu se g-lisser : elle nous offre au contraire le spectacle d'un progrès continu vers la perfection chrétienne, et c'est bien improprement qu'on en a désigné les élapos sous le nom de conversions. Pascal trouve la foi établie dans safamitle, et établie sur cictle maxime « que tout ce qui est l'objet de la foi ne le -aurait être Je la raison et beaucoup moins y être soumis ». F.n 1646, cette foi se précise et devient le 'insénisme. En 1651, Pascal écrit à M™° Périei, au in'et de la mort de leur père, une lettre qui nous étonni: : pnrcc qu'iu lieu des causions de la 'nature, nous n'y I
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trouvons qu'une sorte de sermon janséniste : \c ton de cette 'ettre nous fait bien comprendre b quel point la croyance a pénétré l'âme de Pascal et l'a façonnée, A-près l'accident du pont de Neuilly, Pascal a sa nuit de révélatioix (23 novembre) et, pour noter l'état de sor esprit, il écrit ces mots sur un papier que depuis il porta toujours avec lui : « Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix. Joie, joie, joie, pleurs de joie... » Depuis long-temps il s'efforce de n'avoir plus de pensées que pour la relig-ion, et à cette préoccupation exclusive il a fait le plus coûteux des sacrifices, celui de ses travaux scientifiques. 11 porte en lui-même le dessein de sod ouvrag-e sur la relig-ion ; et les fragments dans lesquels on veut voir la morsure du doute, il les écrit lorsque le miracle de la Sainte-Épine vient d'apporter une preuve dp plus à sa foi et une occasion nouvelle à sa reconnaissance.
Pascal est un malade. — Il ne s'agit pas ici de cette maladie dont la légende n'a commencé à courir qu'après la mort, non de Pascal seulement, mais de M"* Périer, et dont on se plaît à parler au xviii« siècle, sans faii-8 attention que cette prétendue folie de 1654, par laquai Ij on veut expliquer certaines étrangetés des Penséet de 1658, rendrait inexplicables les habiletés et l'ironie contenue des Provinciales de 1656. Il s'agit de ces soufTrances physiques qui, depuis l'âge de dix-huit ans, ne laissent pas à Pascal un jour de répit. Il y a dans les Pensées un écho de ces souffrances, et quelque chose de cette ardeur maladive com/nune à tous ceux dont les jours sont comptés.
Pascal est un géomètre. —Il l'est d'instinct, et par la tournure naturelle de scn esprit : alors même qu'il s'efforce de n'appartenir qu'à la religion, la science a des retours oTensifs et reprend ses droits. Cet esprit géométrique, qui pouvait produire uneimpression d'épouvante, Pascal le portera dans la foi ; c'est guidé par lui qu'iS serq conduit à choisir pour ses raisonnements une direction qui sera parfois la plus subtile, et à pousser ses principes jusque dans ces conséquences extrêmes oî^ la iogapie semble un défi porté au bon sens
Pascal est encore qn ascète. — Il s'est réjoui des sdirfiiances de son corps, ot il les a redoublées volontaire» ment. Il préférera volontiers à toute autre une foi en lutte avec la nature, r^ Il eat un apôtre. Il répand son îèle autour de lui. r— . A partir do 1(354, on cherche quel motif aurait pu lui mettre la plume à la main, sinon le désir de fair^ servir à la cause du bien les dons d'esprit qu'il pouvait avoir reçus.
Les « Provinciales ». — Pascal trouva une première oocasion dans l'état dos affaires de Port- Royal. Le jaor sénisme venait d'être condamné en Sorbonne et à Rome. C'est aldfs que Port-Royal songea à s'adresser au publie pour prouver que ce qu'on lui reprochait n'était rien qui fût grave, et qui allât contre la religion. Arnauld tenta d'éopire une lettre en ce sens ; mais il lui sembla que Pascal, qui venait du monde^ réussirait mieux dans cette polémique destinée à convaincre les gens du monde. La première lettre datée du 3 janvier 1656, parut sous !e titre de « Lettre écrite à un provincial par un de ses amis, sur le sujet des Idisputes présentes de la Sorbonne». Dix-huit lettres parurent à divers intervalles et furent réunies en 1657 : « Les Provinciale», ou Lettres écrites par Louis de Montalte '"'à un provincial de ses amis et aux R.P. jésuites sur le sujet de la morale et de la politique de ces pères. »
Les quatre premières lettres sont consacrées à Id question du jaqsonisme, des cinq propositions, de la grâce, du pouvoir prochain. A partir de la cinquième, Pascal sort de la question et, quittant la défensive, commence l'attaque contre la casuistique et la morale des jésuites. Atln de rendre l'exposé de la doctrine plus piquant, il le place précisément dans la bouche de l'un des pères, brave homme et qui développe les théories les moins soutenables avec toute la naïveté do l'inconscience. Pascal, de son côté, joue son personnage, tantôt proposant des objections, et tantôt donnant son pprobation, afin que son interlocuteur soit amené à
t. pseudonyme de Pascal, qui an a donné dans lea Pentées fanagrammo : Salo- Tion de Tulti*.