LES MORALISTES : PASCAL
i'Gngag-er pius avant et à expliquer sa pensée d'une façon piup complète. Le bon père disparaît après la neuvième provinciale, et Pascal, désormais, s'adresse directement aux jésuites. Dans les trois dernières lettres il revient à la question delà grâce.
Le Succès fut prodigieux, augmenté encore par le mystère dont s'entourait la publication et par l'incognito où restait l'auteur. Ces discussions de doctrines religieuses, Pascal venait de les faire sortir de l'école et du cloître et de les mettre à la portée de tous. Et il inventait pour elles une langue nouvelle, non plus raide comme celle des théologiens du siècle précédent, non plus embarrassée comme l'est encore celle de Descartes, mais souple, capable de prendre tour à tour le ton de la raillerie et de l'indignation, procédant par phrases ourtes, rapides, nerveuses. La langue de la polémique était créée.
Les Provinciales ajoutent à la physionomie de Pascal jn trait que nous n'avons pas encore eu l'occasion de noter . c'est sa puissance d'ironie. Il y a dans les Provinciales des scènes d'excellente comédie. Pascal excelle à trouver, pour le mettre à nu, le point faible, à faire ressortir le côté ridicule, plaisant, misérable. C'est chez lui une des facultés dominantes. Gomme il vient de s'en servir contre les jésuites, il l'appliquera, le moment venu, à, l'humanité tout entière. Ce railleur impitoyable qui est en Pascal, c'est lui qui va découvrir et mettre à nu les petitesses et la vanité de l'homme.
Les « Pensées ». — Les Provinciales ne sont dans l'histoire de Pascal qu'un accident : l'œuvre de sa vie devait être V Apologie de la relif/ion. Il y travailla en 1658, mais, la maladie lui interdisant déjà toute étude suivie, il ne put que jeter sur le papier quelques-unes de ses pensées, suivant les hasards de la méditation. Ces fragments forment le recueil des Pensées, publié pour la première fois en 1070 par Port-Royal, avec toute sorte d'atténuations et de suppressions *.
* l« l"xlc ilos Pt-nsée' a son histoire, l'ascal so servait pour (^criro do tous l«s morccaui dû papier ^a'il trouvait sous sa main. Ces fragment*, d'uno écriture hftuvt^
Ge gin devait faire l'intérêt^ et la nouveaulc de cette ûéiclise deTla reJigion, cjBnétait le plan. Le célèbre argument du pari suffirait à montrer la hardiesse du raisonnement de Pascal. G^est aux indiiïérents que s'adresse Pasça] : il va leur prolîieï,"non pas encore que Dieu est, m ais qu 11 . l£ -J!aut çtjercher^ qu'il faut prendre parti et parxer pour ou contre, « Pesons le gain et la perte en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter. » D'ailleurs, pour un logicien tel que Pascal, les questions de méthode ont une importance capitale, et les idées prennent par leur enchaînement une valeur nouvelle. Aussi a-l-on essayé maintes fois de reconstituer ce plan de Pascal en se servant d'indications de provenances diverses et d'ailleurs précieuses [Entretien avec 31. ie Sacy. Préface d'Etienne Périer. Vis de Pascal, par M"* Périer). Par malheur, ces indications ne concordent pas entièrement. Pascal commençait-il par une exposition des miracles, comme le dit M""" Périer? Commençait-il par une peinture de l'homme, pour s'élever de là à la religion, comme le prétend Etienne Périer? Commençait-il, ainsi qu'on l'inférerait de VEnti^etien avec M. de Sacy, par opposer les philoscphies, pour en démontrer l'impuissance st établir sur leurs ruines la vérité de l'Évangile? Ce sont des questions^ insolubles. 11 faut donc renoncer à esquisser un plan qui ne serait qu'en partie le plan de Pascal, et faire comcna» Port-Royal, qui, ayant tenté ce travail, l'abandonna."' Nous nous contenterons de chercher d'une façon toute générale quelles sont les idées de Pascal sur la conditio
* rès difficiles à iii J, cl souvenl d'une autre main que cclli' «le i'ascal, ont iH<^ collei dans lo pluo grand désordre sur les fcuilies d'un registre, lis composent ce qu'o ap|)elle lo Manuscrit autographe des Pfntées (Bibliollic'>quc natiosele]' — l,'6dilion de IG70, faite par les soins d'Etienne Périer, du duc de Roauuez et de M. de Brienne ronlcnait de graves allei-alions (jiie la prudence avait imposées ù Port-Uoyal. Cellt édition, à laquelle vinrent s'ajouter divers morceaux de Pasc.il, fut rcproiluile no lammenl par Bossuct (1770). En MM, Victor Cousio, comparant le teste de. éditions à celui du manuscrit, s'aperçut qu'on n'avait pas le véritable teste de Pascal, liii 1844 Prosper Faugère donna la première édition des /Vn<é«j conforme "f muiiscrit.
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