LES MORALISTES :: L\ ROCHEFOUCAULD
iiln les lisant, M""* de La Fayetta s'était écnée: « Quelle corruption il faut avoir dans l'esprit et dans le cœur pour être capable d'imag-iner tout celai » Klle se flatta plus tard d'avoir réformé le cœur de La Rochefoucauld. Et, de fait, nous voyons que dans les éditions postérieures* le moraliste atténue sa pensée : il y a des « presque », des a souvent », des « pour la plupart », toutes réserves où l'on veut découvrir l'influence de M'"*' de La Fayette. Mais, lorsque les relations commencent, La Rochefoucauld a cinquante-trois ans, son opinion sur l'humanité est arrêtée et les expériences ont été décisives. Seulement, cette amitié dévouée a pour effet d'adoucir les dernières années de La Rochefoucauld, attristées par la maladie, par la perte d'un fils. Il mourut le 17 mars 1680.
Le portrait moral de La Rochefoucauld n'est plus h faire, le cardinal de Retz s'en étant mêlé.
., U y a toujours eu du je ne sais q'ûoi en fout M. de La Rochefoucauld... 11 n'a jamais été capable d'aucunes affaires, et je ne sais pourquoi; car il avait des qualités qui eussent suppit'é en tout autre celles qu'il n'avait pas,.. 11 n'a jamais été guerrier, quoiqu'il fût très soldat; il n'a jamais été par lui-mêuie bon courtisan, quoiqu'il ait eu toujours bonne intention de l'être ; il n'a jamais été bon homme de parti, quoique toute sa vie U y ait été engagé. «
Une nature douée de belles parties du côté de l'intel» lig-ence, mais incomplète et à laquelle il manquait quelque chose du côté du caractère, à savoir la suite dans ]es idées : tel fut La Rochefoucauld. Il se crut capable de grandes choses, et garda l'impression qu'il avait manqué sa destinée. Co dégoût l'a mis sur la voie de sa philosophie.
Les « Maximes ». — Il entre d'ailleurs dans la composition des Maximes des éléments très complexes. C'est d'abord le désenchantement de l'homme qui a été trompé par la vie. C'est le dédain du grand seigneur habitué à mépriser. Ce sont les souvenirs personnels: certains traits n'ont qu'une valeur particulière et appellent oVs noms contemporains. L'influence janséniste n'en
i. tJhiq Mitions des Maxime* ont paru Hii vivant de l'auleiir (166!), 166i;, 1671 i675, {67S). Chacune d'elles porte les traces d'un curieux travail de rcmanieineot.
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est pas absente : parmi les lettres écrites au sujet dea Maximes^ quelques-unes le sont par des jansénistes qui approuvent complètement le livre et y voient « une satire très forte et très ing-énieuse de la corruption de la nature par le péché originel ».
Par endroits encore on devine Técrivain qui cède au plaisir d'écrire, et dont la plume s amuse. Telle maxime n'est qu'une épigramme et une boutade: « Nous avons tous assez de force pour supporter les maux d'autrui. > « On ne donne rien si libéralement que ses conseils. » D'autres ne sont que des effets de style: « Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement ; » et ce qu'on appelle des mots d'auteur : « 11 est du véritable amour comme de l'apparition des esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu. » « Il y a des gens qui ressemblent aux vaudevilles qu'on ne chante qu'un certain temps. »
Mais les Maximes ne s expliquent entièrement par aucun de ces éléments, et nous n'avons pas touché encore à ce qui en est l'essence. Go n'est ni un jeu d'esprit, ni une vengeance, ni surtout un pamphlet d'actualité et dont les attaques ne s'adresseraient qu'à la société de la Fronde. L'œuvre de La Rochefaucauld a une portée plus haute : elle est une vue d'ensemble, une conception générale de l'humanité, elle contient un système de moraie.
Le système de la Rochefoucauld. — Ce système est celui de l'amour-propre, entendu au sens d'amour de soi. « Les vertus se perdent dans l'intérêt, comme les m fleuves se perdent dans la mer. — Nos vertus ne sont le * plus souvent que des vices déguisés. » Le moraliste va les dépouiller de leur déguisement et nous montrer en 1 chacune d'elles, sinon le vice qui y est contenu, du moine le mobile intéressé qui en change la nature. jj
« La fidélité qui para!t en la plupart des hûmines n'est qu'un" Invention de l'amour-propre pour attirer la confiance. — Ce que les fcouimes ont nommé amitié n'est iju'un commerce où l'amour-propre se propose toujours quelque chose à gagner. — Le refus des loiianget, est un désir dTtrn loué deux fois. — Il est de la leconniissance comme de la btmne foi des marchands : elle entretient le commerce,