LES MORALISTES : LA ROCHEFOUCAULD
et nous ne payons pas parce qu'il est juste de nous acquitter, mais pour trouver lacilement des gens qui nous prêtent. »
On saisit ici un premier procédé. Il arrive que nos vertus aient leur récompense : La Rochefoucauld veut qu'il n'y ait eu dans notre vertu que le désir de gagner cette récompense; il arrive qu'une bonne action ait un résultat avantageux: La Rochefoucauld veut que ce résultat ait été aussi la fin de l'acte.
Voici un autre procédé. Il se mêle souvent dans nos vertus des éléments qui s'y ajoutent, mais ne sont pas elles : La Rochefoucauld établit une confusion, et veut réduire la vertu à ces éléments étrangers.
« L'amour de la justice n'est en la plupart des hommes que la crainte de souffrir l'injustice. — L'amour de la gloire, la crainte de la honte, le dessein de faire fortune, le désir de rendre notre vie commode et agréable, et l'envie d'abaisser les autres, sont souvent les causes de cette valeur si célèbre parmi les hommes. »
Ce à quoi La Rochefoucauld ne se résout jamais, c'est à admettre l'existence d'une bonne action faite simplement et sans arrière-pensée.
Que ce système soit faux, comme aussi bien le sont tous les systèmes, il importe peu. Il suffit que les Maxi7nes soient pleines d'aperçus ingénieux, et que leur auteur ait éclairé d'une lumière plus vive certains replis du cœur' humain et déjoué, fût-ce avec quelque sophistique, certains sophismes de notre amour-propre.
L'écrivain. — Ce livre si court des Maximes a pourtant une grande importance dans l'histoire, non, cette fois, de la langue, mais du style. Ici encore nous assistons au travail de l'écrivain : il suffit de comparer les formes différentes qu'il donne à sa pensée au cours des éditions successives. Il y a, avant tout, un travail de condensation C'est sous forme danalyse morale et dans le cadre d'une petite dissertation que la réflexion s'est présentée tout d'abord h La Rochefoucauld. Puis ^olui-ci supprime les premières assises, ce qui était la préparation, ce qui l'a mis sur le chemin de l'idée. 11 n'en veut çarQpr que l'essence. 11 pousse ce souci au point qu'on
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sent parfois refTort, et que la maxime ainsi abrég-ôe tourne à rénigmc.
Ceci est plus curieux. Nous voyons que souvent La Rochefoucauld supprime l'image, le mot qui faisait relief: il est occupé, non, comme d'autres, à égayer et à rendre plus brillant son stylo, mais fi l'éteindre. Il veut que la vivacité du ton ne Vienne que de la concision de la forme et de l'exactitude du terme. C'est par là que La Rochefoucauld est de la famille des g-ronds écrivains du xvii* siècle. Son style qui n'a ni la personnalité de celui de Pascal ni les recherches de celui de La Bruyùre', es! un des modèles les plus achevés 6v la prose classique.
RÉSUMÉ
129. Les Jansénistes, établis à l'abbaye de Port- Royal, sont des éducateurs et surtout des moralistes. Leur influence est considérable pendant tout le règne de Louis XIV.
130. Biaise Pascal (1623-1602) est le plus grand des écrivains qui so rattachent au Jansénisme. Pendant la première période de sa vie, il s'occupe de physique et de géométrie et fait preuve, dans ces éludes, d'une admi' rable puissance de génie. Après ses deux conversions (1646 et 1654), il se consacre tout entier à la religion et fait de fréquentes retraites à Port-Royal.
131. Les « Provinciales » (1050-1657) sont une série de dix-huil lettres, destlhées àdéfbndre le jansénisme et au cours desquelles Pascal se trouve amené à al'aquer
la morale des jésuites. Dans ce célèbre pamphlet, Pascal 11 crée la langue rapide et nerveuse qui convient à la polémique.