LB9 MEMOIRES
Jusqu'au moment où Je maréchal de La Meilleraye et Retz ayant été envoyés pour calmef le peuple, et celui-là ayant failli tout compromettre par son imprudence, Retz rétablit toift par sa présence d'esprit, revient au palais en triomphe et n'obtient de la reine que cette réponse ambig-uë : « Allei vous reposer, monsieur, vous avez bien travaillé. »
Retz est surtout un merveilleux peintre de portraits, il a l'art d'exécuter un sot en trois mots. C'est lui qui appelle l'évèque de Beauvais, Potier, « une bête mitrée », M. d'Elbeuf « un grand saltimbanque de son naturel », et trace de Beaufort ce médaillon :
Il me fallait iln fantôme et par bonheur pour moi il sb trouva que ce fantôme fut petit-fils de Henri le Gmnd, qu'il parlât comme on parle aux Halles, ce qui n'est pas ordinaire aux enfants d'ileuri le Grand, et qu'il eut de grands cheveux bien longs et bien blonds.
11 y a dans les Mémoires des portraits plus développés, faits, comme dit Retz, non plus de profil, mais de face. Ce sont ceux qui composent cette galerie placée au début du second livre : Anne d'Autriche « avait plus d'aigreur que de hauteur, plus de hauteur que de grandeur, plus de manières que de fond, plus d'inapplication î\ Targ-ent que de libéralité, plus de libéralité que d'intérêt, plus d'intérêt que de désintéressement, plus d'attachement que de passion, plus de dureté que de fierté, plus de mémoire des injures que des bienfaits, plus d'intention de piété que de piété, plus d'opuiiâtreté que de fermeté, et plus d'incapacité que de tout ce que dessus » ; M. le Princti « à qui a manqué l'esprit de suite » et qui n'a pu « rem\)lir son mérite » ; Tu renne « avait presque toutes les vertus comme naturelles, il n*a jamais eu le brjUant d'aucune... 11 a toujours eu en tout comme en son parler do certaines obscinités qui ne se sont développées que dans les occasions, mais qui ne s'y aonl jamais développées qu'à sa g'Ioiro ».
On surprend ici le procédé de Retz. Le portrait est composé, et composé à l'antique, avec un jeu d'antithèses et de nuancés dans la manière de Salluâte.et de Tite-Live.
Les détails de la physionomie, les traits extérieurs sont le plus souvent négligés ; mais la nature est pénétrée jusque dans son fond. D'ailleurs on note en plus a'un endroit, dans les Mémoires, l'inspiialion des historiens anciens. A leur exemple, Retz intercale dans son récit des discours, réels ou supposés, et qui sont des morceaux oratoires très réussis. Il sème encore sa narration de rédexions morales, où il fait preuve de sa connaissance de la nature humaine, et de maximes politiques où il atteint parfois ù une grande puissance de vues. Le tableau de la France au début do la régence est, en ce genre, un morceau achevé. Médiocre dans l'action et incapable de dépasser les petites habiletés, Relz, une fois la plume h la main, et en grand écrivain qu'il est, se transforme et parle comme un politique de large envergure.
Pour ce qui est du style à proprement parler, Retz écrit dans une manière où se retrouvent toutes les influences que l'homme a subies. C'est d'abord un style de prime saut, avec des trouvailles qui sont de l'instinct : mais on y trouverait encore l'allure dégagée qui est du grand seigneur, les expressions et les images empruntées au langage populaire et qui sont, chez Retz, de l'émeuticr qui a causé avec des gens du peuple, les tours appris dans la lecture des anciens, une vigueur dont Machiavel, auteur favori du chef de parti, a pu fournir des exemples àl'éfTivain. Aussi les Mémoires de Relz sont-ils, au xvii^ siècle, le chef-d'œuvre du genre. Plus tard, Saint-Simon, avec d'autres mérites, ne fera pas oublier les plus belles pages du cardinal.
RÉSUMÉ
140. L'histoire au jour le jour du xvii» siècle est écrite dans de nombreux « Mémoires ». Les plus intéressants sont ceux qui se rapportent à la régents d'Anne d'Autriche et aux troubles de la Fronde.