LES CORRESPONDANCES
Les correspondances sont une autre forme des mémoires et achèvent de nous renseig-ner sur les détails de l'histoire du siècle. La plus précieuse de ces correspondances, et qui, sans y prétendre, a le plus de valeur littéraire, est celle de M"" de Sévigné.
M""» de Sévigné. — Marie de Rabutin-C hantai est née le 5 février 1626, à Paris. Ayant de très bonne heure perdu son père et sa mère, elle fut confiée. à l'abbé de Livry, Christophe do Goulanges, le « bon » Coulanges, qui était en effet le meilleur des hommes et fut le plus dévoué des tuteurs. Son éducation fut très soignée : elle eut pour maîtres Ménag-e et C4hapelain, qui lui enseig-nèrent les langues. En 1044, elle épousa le marquis de Sévig-né, qui la rendit fort malheureuse et dont la mort môme fut une injure pour elle. Veuve depuis 1650, elle se consacra à l'éducation de ses deux enfants, Marguerite et Charles. En 1009, sa fille qui venait d'épouser le comte François-Adhémar de Grig-naii, rejoint son mari dans son gouvernement de Provence. C'est à la séparation de la mère et de la fille que nous sommes redevables de cette fameuse oorrospondance. Aussi bien M""' do Sévigné n'a pas d'hife-
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toire : la pensée de sa fille, dos relations mondaines, quelques voyages à Urignan et aux Rochers remplissent toute sa vie. Elle mourut de la petite vérole à Grig-nan, le 17 avril 1696.
Son caractère. — Appliquée à M"' de bévigné, l'épithète d'aimable n'est p]us une hanalité. Cells-ci a toutes les qualités solides : une vertu que la médisance d'un Pussy ne put effleurer, une bonté et une générosité qui font qu'elle sent redoubler son affection pour les g-ens, du jour où elle les sait malheureux. Mais elle -a au même degré toutes les qualités qui plaisent. Bienveillante et indulg-ente, elle a une disposition à voir les choses en bien et les personnes en beau; et ce trait es! d'autant plus frappant dans une correspondance intime, où elle avait liberté de tout dire. Cette disposition iui vient de ce que sa nature est heureusement douée, réunissant dans les meilleures proportions le bon sens et l'imagination, le sérieux et la lég-èreté. Elle a une santé parfaite au moral comme au ])hysiquc. Elle porte cette bonne humeur dans le monde ; aussi est-elle infiniment recherchée : personne n'a eu plus d'amis et de ineilleurs que M"" de Sévigné. Et on comprend d'autant mieux l accueil que lui fit la société de son temps, quand on voit à quel [loint elle est, par le tour de son esprit et par ses idées, en accord avec cette société. Elle en partage jusqu'aux préjugés. On lui a reproché sévèrement d'avoir parlé sur le ton badin de ce violon qui fut roué à Rennes, et encore d'avoir trouvé que, dans les Cévennes, les dragons étaient de bien utiles auxiliaires pour les prédicateurs. Ces passages prouvent seulement que M"" de Sévigné est de son temps et de son rang. Elle ne se soucie pas, en elTet, de choquer l'opinion reçue et d'avoir des vues personnelles. Elle J sulDif volontiers l'influence des personnes avec qui" elle se trouve ; et on peut suivre à travers sa correspon dance ces influences changeantes. Or on n'aime gucro à trouver chez une femme une originalité qui s'impose et qui s'entête. M"' de Sévigné, et ce n'est pas jon moindre charme, a l'esprit très féminin, Elle s