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contente d'être le reflet mobile et séduisant d'une société.
Ses « Lettres ». — C'est en efl'et toute une société qui revit dans ces Lettre;^. D'abord les enfants de M"° de Sévigné : la sèche M"" de Grig-nan, en faveur de qui on peut tout au plus plaider les circonstances atténuantes. Il parait bien qu'il y eut de la part de M"* de Sévig-né quelque intempérance d'affection ; c'était l'avis dans son entourag^e. « Il y a des g-ens qui m'ont voulu faire croire que l'excès de mon amitié vous incommodait, que cette grande attention à vouloir découvrir vos volontés, qui tout naturellement devenaient les miennes, vous faisait assurément une g-rande fadeur et un dég-oût. » Mais ce qui était en trop chez l'une était, chez l'autre, en trop peu. On ne voit pas d'ailleurs ce qu'on gag-nerait à défendre M"* de Grignan à titre de fille, puisque aussi bien il faut la condamner à titre de mère. On était oblig-é de lui donner le conseil d'aimer ses enfants. « Tàtez, tàtez un peu de l'amour maternel. » C'est d'ailleurs un conseil qu'elle ne suivait pas. — Charies de Sévig-né, chez qui on retrouve tant de la nature maternelle, un peu insouciant et mou, et qui finit dans une g-entilhommière provinciale ; mais si bon et si g-ai, < le peti/ compère », si habile à chasser « les pensées g-ris brun » de sa mère par ses récits, ses confidences, ses foUes, et capable à de certains jours de tant de désintéressement et d'un lang-ag-e si noble 1 — Le cousin Bussy- Rabutin, vaniteux, pointilleux, médisant, qui composa et laissa publier un portrait satirique de M""* de Sévig-né. Celle-ci pardonna parce qu'elle était bonne, et parce qu'en dépitde tout elle aimait l'esprit de Bussy et trouvait à ses rabutinades l'air de la famille. — Le petit Coulanges et sa femme, ce joli ménage sans cervelle. — Corbinelli le philosophe, et le bon cardinal de Retz, La Rochefoucauld, M"^ de La Fayette; M"* Scarron, « qui a l'esprit aimable et merveilleusement droit » ; Brancas, le type du distrait, et tant d'autres!
A Paris, M"" de Sévigné se tient au courant de toutes ies nouvelles, pour en envoyer le récit à sa fille. Au§si
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avons-nous dans ses Lettres l'histoire d'une moilié âe siècle écrite au jour le jour. Le récit du procès de Fouquet nous est fait heure par heure, par un témoin haletant qui compte les minutes : « Entre ci et là, ce n'est pas vivre que la vie que nous passerons... » et par une amie dont l'émotion prête du relief à tous les incidents : « Pour moi, je saute aux nues... Cet endroit-là me fait pleurer et je suis assurée qu'il vous serre le cœur... Mon Dieu ! que cette nouvelle vous a été sensible et douce ! » C'est une fête à la cour, une représentation (ÏEsther^ une cérémonie funèbre, un mariag-e, la mort de Turenne tué par ce canon « charg-é de toute l'éternité ». Pas un événement important dans l'histoire du temps dont on ne trouve ici l'écho. Kt il est une foule de particularités, de détails de la vie mondaine et de la cour, d'anecdotes lestement contées, qu'on ne trouve que dans ces précieuses Lettres.
Les Lettres datées des Rochers nous font entrer dans la vie d'un château de province dont la châtelaine serait lemme de grande condition et de beaucoup d'esprit M""" deSévigné vient aux Rochers, parce que les brèches faites à son patrimoine par son mari d'abord, puis par ses enfants, lui imposent la nécessité de faire des économies. D'ailleurs elle aime ses Bretons : ils sont un peu ridicules, et mettent six mois à raisonner sur une nouvelle de la cour; même ils sentent le vin. Mais « la fleur d'orang'e de Provence ne cache pas de si bons cœurs ». M""' de Sévig-né trouve paimi eux, comme partout, de bons amis, le duc de Chaulnes, qui est le gouverneur, et la duchesse, et les d'Harouys, et la bonne Tarenle. La solitude m«^me n'elTrayerait pas M"" de Sévig-né : car elle a de grands bois, des plantations dont elle s'occupe en maîtresse de maison accomplie, des arbres qu'elle a vus K pas plus hauts que cela » et qu'elle s'amuse à regarder pousser. Or on sait que M"* de Sévigné aime la campagne, comprend la nature, et y goûte. ce plaisir de la rêverie, moins moderne que nous ne croyons.
En Bretagne ou à Paris, à Livry ou aux eaux de Bourbon et de Vichy, M"» de Sévigné n'est jamais sans porter ijuelque livre nvrr elle, el il v a encore grand
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intérêt à recueillir ses impressions si sincères et immédiates. Elle lit un peu au hasard et prend de toutes mains, elle passe de Tacite, qu'elle lit dans le texte, aux romans modernes, où elle ne peut s'empêcher de trouveï de l'amusement ; elle adore Montaig-ne : « Ah ' l'aimable homme I Qu'il est de bonne compagnie 1 C'est mon ancien ami », et elle ne craint pas Rabelais, qui lui semble par endroits « à mourir de rire ». Parmi les contemporains, ses aiïections vont à la Princesse de Clèves et aux Alaximes, comme il est tout naturel, puis aux écrits des messieurs de Port-Royal, de Pascal, « qu'elle met de moitié à tout ce qui est beau », de Nicole dont elle eût voulu convertir les Essais en un bouillon, pour les avaler. Bour'daloue est son prédirateur : il parle « divinement bien ». Corneille est son poète. C'est une admiration de jeunesse dont elle n'est pas revenue, et qui la rend même injuste pour Racine. Elle parle de ces tirades de Corneille « qui font fi'issonner ». « Ma fille, g-ardons-nous bien de lui comparer Racine, sentons-en la diirérence. . . Racine fait des comédies pour la Champmeslé, ce n'est pas pour les siècles à venir. Si jamais il p'ost plus jeune et qu'il cesse d'être amoureux, ce ne sera plus la même chose. Vive donc notre vieil ami Corneille! Pardonnons-lui de méchants vers, en favcui des divines et sublimes beautés qui nous transportent... » M"" de Sévigné est, en ces matières comme en toutes les autr'es, sensible à l'opinion de son milieu et surtout fidèle à ses amitiés.
^.'écrivain. — On voit la diversité des sujets qui entrent dans les Lettres de M""* de Sévig-né : encore n'est-il pas besoin de passer d'une date à une autre, et c'est un même jour, dans un môme envoi, que M""* de Sévig-né aborde les questions les plus dillérenles. C'est une causerie pleine de variété et d'imprévu. M""" de Sévig-né ne songe [>as à faire œuvre durable et ne destine pas une de ses Lettres h la postérité. Elle sait bien que quelques-unes circuleront : ainsi celles du Cheval et de )« Prairie, qui étaient célèbres. Mais la chose ne dépasait pas an petit cercle d'ami-j, et i( sul'fi.sait en ce cas-lè
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me M"* de Sévigné fit un peu de toilette à sa plume. Sa méthode ordinaire était d'écrjire au gré de sa fantaisie et de laisser à sa plume « la bride sur le cou ». Elle le dit en maint endroit : « J'écris si vite, que je ne le sens pas.., je suis tellement libertine, quand j'écris, que le premier ton que je prends: règ-ne tout du long- de ma lettre. Il serait à souhaiter que ma pauvre plume, galopant comme elle fait, galopât au moins sur le bon pied... J'écris vite, et cela sort brusquement de mon imagination, v. Tel est, en elTet, le caractère de son style • on y sent partout l'improvisation. De là un naturel parfait. Les quelques traces de préciosité qu'on a pu y relever ne sont psis l'efTet de la recherche, mais un souvenir des fréquentations de l'hôtel de Rambouillet. L'éducation si solide de M""* de Sévigné, ses lectures si nombreuses ont pu lui servir et l'aider à devenir un écrivain ; mais, en général, les qualités de son style sont de celles qui ne s'acquièrent pas : l'imagination, la sensibilité, l'esprit. Ajoutez la rapidiln du trait, une phrase qui est correcte sans travail, ône langue qui ne craint pas le mot propre et ignore la pruderie comme la timidité.
M"' de Maintenon. — Ce n'est pas par les mômes mérites brillants que se recon^mancie la correspondance de M""' de Maintenon. Le ton se fait moins vif, et l'allure plus sévère. Françoise d'Aubigné (16.35-1719) est d'origine protestante, et on retrouvera toujours à une certaine raideur la marque de cette origine. De condition pauvre, ayant traversé des périodes difficiles, elle s'est imposé, soit chez les parents qui la recueillirent, soit chez le poète Scarron, au milieu d'unesociété trop frivole, une réserve et une contrainte qui sont devenues une habitude de son esprit. Etplus tard, au tempsdesn plus haute fortune, tenue auprès du roi à une vigilance sans défaillances, elle dira encore : « Je meurs de tristesse dans une fortune qu'on aurait peine à s'imaginer... Je me trouve dans un état à on avoir, comme on dit, jusqu'il la gorge, n II y a dans toute la carrière de M"" de Maintenon un fond de trislosso et d'ennui.
En r<^alili'. la fomtneocl nnr.l connue et a cle longtemps
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mal jugée. L'opinion s'était faite d'après les médisances d'un calomniateur de g-énie, Saint-Simon, et de lia duchesse d'Orléans, mère du régent; on ne pouvait d'ailleurs en appeler à la correspondance même de M""" de Maintenon, la plupart des lettres qu'on avait sous son nom ayant été fabriquées par le peu scrupuleux La Beaumelle. Il a fallu tout un travail de revision et de critique pour réformer le jugement. Il est acquis aujour d'hui que, loin d'avoir eu sur la politique des dernières années de Louis XIV une action prépondérante et funeste, M"* de Maintenon, dont l'esprit était peu capable de grandes vues d'ensemble, s'est bornée à s'occuper ds certains détails, de questions de personnes, de nominations, toujours justifiées d'ailleurs, dans le haut clergé. Enfin, le service dont on ne saurait trop lui tenir compte, c'est qu'elle a, par son influence, contribué à assurer à la vieillesse de Louis XIV sa constante dignité.
L'œuvre à laquelle M""* de Maintenon s'est consacrée tout entière, est l'org^pisation de Saint-Gyr. C'est aux Lettres et aux Entretiens qui s: rapportent à celte maison tant aimée qu'il faut recourir pour trouver toutes les qualités de son excellent esprit et certaines autres auxquelles nous sommes moins habitués : un abandon, un ton affectueux que M"" de Maintenon ne prend que lorsqu'elle s'adresse à ses fi'les et aux maîtresses des rouges et des bleues... « Quand il s'agit de Saint-Gyr, il est toujours dimanche pour moi. » M"* de Maintenon s'y révèle comme une admirable éducatrice. Elle a son but nettement défini. Ge qu'elle veut former, ce n'est ni une savante, ni une héroï e, ni une mondaine, ni une mystique : c'est, et on pouvait le deviner, une femme raisonnable. La raison, c'est où elle en revient toujours, qu'elle l'appelle bon esprit, sagesse ou droiture. C'est cette raison qui se mêle à toutes choses, qui arrête la fierté sur la limite de la « mauvaise gloire », l'humilité sur la limite de la bassesse. Il y a une pudeur raisonnable : M""" de Maintenon se moque des couvents, oA l'on n'ose prononcer devant une jeune fille le mot de n^oviage. « Quand vous aurez passé pai- le mariage, vous
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verrez qu'il n'y a pas de quoi rire. » Il y a une piété rai» sonuable. M"* de Maintenon n'aime pas qu'on mette tro-f. de temps à ses prières, qu'on appuie sa tête contre uq lambris, de peur de laisser écliapper la dévotion, etqu'on orne une chapelle au lieu de soig-nor un malade. « Si une fille qui sort du couvent dit que rien au monde ne doi' faire perdre vêpres, on se moquera d'elle à bon droit, quand elle dira et pratiquera do perdre vêpres pour tenir compag-nio à son mai'i malade, tout le monde l'approuvera. » Raison, solidité, sérieux, ce sont les qualités de l'écrivain, comme de l'éducatrice.