‹ Histoire de la littérature françaiseChapitre 90 sur 223 · M0L1,ÈR · texte numérisé non relu

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le g-enre de versification, aisé et libre, quiconvientle mieux au dialogue comique. On a pu relever dans la prose et dans les ''^ers de Molière des tours forcés ou incorrects, des métaphores outrées ; c'est sur quoi se sont appuyés La Bruyère, Fénelon et après eux quelques puristes pour déclarer que Molière « écrit mal ». Mais il faut noter d'abord que Molière écrit avec une étonnante précipitation. Les Fâcheux ont été faits en quinze jours. De plus, Molière n'écrit point pour la lecture^ il écrit pour la récitation ; et ce lang-ag-e parlé du théâtre a ses règles et surtout ses libertés qui lui sont particulières.

Enfin Molière n'a pas, à proprement parler, un style; le style, chez lui, varie avec chacun des personnages et se façonne d'après sa nature et sa condition. Molière tire encore du g-enre de ses plaisanteries de puissants effets. Il y a dans ses comédies bien peu de traits sans valeur morale et destinés seulement à assaisonner le dialogue. Il ne s'amuse pas aux jeux de mots et laisse les 0. turlupinades aux marquis ». La plaisanterie, telle qu'il la comprend, est tirée du caractère même et y ajoute un trait de plus. « L'auteur,- dit-il, n'a pas mis cela pour être de soi un bon mot, mais seulement pour une chose qui caractérise l'homme. » Ces mots de caractère sont fréquents : c'est le Satis dot^ de l'avare, le Quediable allait-il faire dans cette galère, de Gcronte,le Tu l'as voulu, de Georges Dandin, le Le pauvre homme, d'Org-on, et le Je ne dis pas cela, d'Alceste.

On voit comment, dans l'œuvre parfaitement une de Molière, toutes les parties concourent à produire un même résultat, qui est la création de figures vivantes, images de la société d'un temps et de l'humanité de tous les temps.

RÉSUMÉ

166. La comédie, avant Molière, est encore à naitro. On voit seulement se former les éléments auxquef» Molière donnera la vie. Desmarets dans ses « Visionnaires » donne une esquisse de la comédie de mœurs.

Corneille dans « le Menteur » donne une esquisse delà comédie de caractère. La comédie d'intrigue, venue de TEspugne, est très à la mode. La farce obtient toujours un gros succès. Molière a surtout emprunté aux Italiens.

167. Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière (1621- 1673), fils d'un tapissier valet de chambre du roi, au sortir du collège de Glermont, fonda avec ses amis, les Béjart, l'Illustre Théâtre, qui ne réussit pas, courut la province pendant douze ans, donna à son retour à Paris « les Précieuses » fl659) et, depuis, des pièces qui se succédèrent sans interruption jusqu'au « Malade imaginaire » (1673). C'est après une représentation de cette dernière pièce que mourut Molière,

168. Molière est un esprit de tradition puremenî française et gauloise. De là la liberté de ses allures, sa méthode d'observation, son absence de toute préoccupation morale.

160. Ce qui est important pour Molière dans ses grandes comédies, ce n'est ni l'intrigue ni le dénouement : c'est le caractère. Molière songe d'abord à trouver un caractère ; il cherche ensuite l'intrigue où il pourra le faire entrer. Tout concourt dans ses pièces h faire ressortir la peinture d'un travers, étudié par un observateur profond et principalement soucieux de donaer une image exacte de la réalité.

170. Ces caractères, grâce à l'énergie de la peinture, sont tous des types. Quelques-uns sont d'une vérité humaine et qui vaut pour tous les temps. D'autres reproduisent les originaux de la société du xvii« siècle. Pour Iqs uns comme pour les autres, Molière emprunte des traits à des individus, mais il généralise toujouis les donn(^es de l'observation.

i7l. Molière écrit aussi bien en vers qu'en prose,

Sa 'fTsificntion est souple et très suffisamment riche.

le, déparé par des traces de précipitation, est

;irit le modèle du style comique, parce que

ohere donne à ciiacun de ses personnages un langag-e

lièrent, en rapport avec sa condition et son caractère.

LECTURES RECOMMANDÉES

P. Lacroix, Bildiographie Muliércsqnc. — Tascheicau, Bazin, t>oulic, Études biographiques. — Loiseleur, Les points obscurs, h la vie de Molière. — Fournel, Les contbniporains de Mo- •cre — Larroumet, la Comédie de Molière. — Moland, Molière ■L il Comédie italienne. Molière, sa vie et ses ouvrages. — Brunetière. Éludes critiques 1 et IV. Les Époques du théâtre français. -— J. Lemaitre, Impressions de théâtre. — Despois, le Théâtre français sous Louis XVL — L. Levrault, Auteurs français (éludes critiques et analyses); la Comédie {les genres lifléraires). — E. Bigal, Molière (2 roi.). — Georges Lafenestro, Molière (le3 grands écrivains français). — Maurice Donnay, Molière.

TEXTES A CONSULTER

Scarron, Théâtre (chez Laplacc el Sanchez). — Molière (Moland, chez Garmer]. — Molière (Despols cl Mesnard, colIcC" »ion des grands écrivains de la France, chez llachctle).

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