OEwom et Jours, vers 648 et suit
par nécessité, à cause des biens qu'il y possédait; et je doute qu'il n'eût pas aussi pour la bourgade natale un peu de cet amour qu'on porte toujours à son pays, en dépit des intempéries du climat, ou de l'humeur insociable des voisins qu'on ?r trouve. Le surnom d'Ascréen , que lui donne l'antiquité, ui conviendrait encore, alors même qu'on admettrait, contre toute vraisemblance qu'il était né à Cymé, et qu'il avait fait sur mer, durant son enfance, un voyage un peu plus long que la traversée d'Àulis à Chalcis.
Hésiode semble nous dire en passant qu'il avait un fils. Il avait aussi un frère puîné, nommé Perses. Ce ne fut pas sans peine qu'ils parvinrent à s'entendre, Perses et lui, après la mort de leur père. « Terminons notre querelle, dit le poète à son frère , par d'équitables jugements , tels que pour notre bien les dicte Jupiter. Déjà nous avons partagé l'héritage ; et tu voulais en ravir la plus forte part, en séduisant par tout moyen ces rois affamés de présents, qui se portent pour arbitres de notre procès. Les insensés ! ils ne savent pas combien la moitié vaut mieux que le tout, et quel bonheur il y a à vivre de mauve et d'asphodèle '*. » C'est pour ramener ce frère à de meilleurs sentiments, c'est pour lui faire comprendre le prix de la justice et de la vertu, qu'Hésiode composa son poëme intitulé Œuvres et Jours. Il est probable qu'en ce temps-là le poète n'était déjà plus un bien jeune homme, quoiqu'il eût perdu depuis peu son père.
Les OEuvreset les Jours semblent en effet toute autre chose
3ue le produit d'un enthousiasme de jeunesse. La réflexion y omine, aux dépens même quelquefois de l'inspiration ; c'est un sage qui parle, un homme d'expérience et de grand sens, [ui a beaucoup vécu déjà, et qui connaît à fond les hommes. <a gravité des pensées, le ton presque sacerdotal du style, la façon un peu rude et paternelle tout à la fois dont le poète gourmande son frère, les désagréables vérités qu'il n'hésite point à adresser en face aux puissants et aux rois, suffiraient pour démontrer que ce poëme fut l'ouvrage de sa maturité, d'un temps où il était en pleine possession de lui-même.
La Théogonie n'est guère moins <jiie l'autre poëme une œuvre de méditation profonde : Hésiode ne l'a pas composée non plus dans son jeune âge. On peut admettre toutefois que l'épopée théologique est antérieure à l'épopée mo-