‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 25 sur 98 · POÉSIE ÉLÉGIAQUE ET POÉSIE UM BIQUE · texte numérisé non relu

POÉSIE ÉLÉGIAQUE ET POÉSIE UM BIQUE

tendue de la personne même du poëte. Elle ne marquait, dans l'origine, que le caractère particulier de la versification de Tyrtée. Tyrtée le boiteux, c'est Tyrtée le poëte élégiaque, celui dont la poésie marche en distiques, portée sur deux vers de mesure inégale.

U est certain que Tyrtée était venu d'Athènes à Lacédémone, et qu'il rendit aux Spartiates, durant la lutte, de signalés services. 11 apaisa par ses conseils les discordes qui troublaient la cité : les Spartiates, dont l'ennemi avait envahi les domaines, demandaient à grands cris un nouveau partage des terres, c'est-à-dire un bouleversement social ; Tyrtée les amena à renoncer à des prétentions insensées ; et l'intérêt suprême, la défense de l'indépendance nationale, fit taire, à la voix du poëte, tous les intérêts privés, toutes les jalousies, toutes les passions mauvaises. Il ne reste malheureusement rien, peu s'en faut, de la fameuse élégie qui avait opéré ces merveilles, ou gui avait du moins contribué à les opérer. Les anciens la citent sous les titres à'Eunomie et de Politie, mots qui signifient, l'un, bonnes institutions, et l'autre, gouvernement de l'État.

Les Doriens du Péloponèse n'étaient point des barbares. La culture de l'esprit tenait aussi une place dans leur éducation. Malgré la rudesse de leurs mœurs, ils aimaient la musique, et la poésie n'était jamais absente de leurs fêtes. « Dans les fêtes publiques* dit Plutarque1, il y avait trois chœurs, suivant les trois différents âges. Le chœur des vieillards entonnait le chant : Nous avons été jadis jeunes et brave». Le chœur des jeunes gens répondait : Nous le sommes maintenant. Approche , tu verras bien ! Le troisième chœur, celui des enfants, disait à son tour: Et nous un jour le serons , et bien plus vaillants encore. En général, si l'on considère les poésies des Lacédémoniens, dont quelques-unes se sont conservées jusqu'à nous, et les airs militaires qu'ils chantaient sur la flûte quand ils marchaient à l'ennemi, on reconnaîtra que Terpandre et Pindare n'ont pas eu tort de faire du courage le compagnon de la musique. Le premier dit, en parlant de Lacédémone : Là fleurissent le courage des guerriers, et la muse harmonieuse, et la justice protectrice des cités. Et Pindare : Cest là qu'on voit des conseils de vieillards, et de vaillants guerriers la pique à

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