Vi$ de Lycurgue
la main, et des chœurs, et des chants, et des fêtes. Tous deux ils nous représentent les Spartiates aussi passionnés pour la musique que pour la guerre, C'est qu'en effet, il y a deux choses qui se valent : tenir le fer, et bien manier la lyre, comme dit le poëte lacédémonien. »
Il n'est donc pas surprenant que Tyrtée ait trouvé à Sparte un auditoire profondement sympathique, et que ses chants y aient fait sur les âmes une vive et durable impression. Le poète ionien ou attique (en ce temps-là c'était tout un) , ne laissa pas de parler sa langue accoutumée, quoiqu'il s'adressât à des Doriens. Le dialecte ionien était encore la langue commune de la poésie ; et les Doriens, familiarisés dès l'enfance avec les accents de la Muse, n'avaient pas besoin
Sue Tyrtée désapprit, pour se mettre à leur portée, l'idiome 'Hésiode et d'Homère. Mais ce qui respire, dans les vers ioniens de Tyrtée, c'est un esprit tout dorien et Spartiate, c'est-à-dire, la raison austère, l'amour de la gloire, la crainte de la honte, le mépris de la mort, et, ce qui comprend tout le reste, le dévouement à la patrie. Les exhortations guerrières du poëte ne nous sont pas connues seulement par de vagues indications, ou par des lambeaux plus ou moins précieux : nous possédons trois de ces élégies. Je voudrais les pouvoir transcrire tout entières, afin de faire comprendre comment Tyrtée s'est placé, dans l'estime des Grecs, au premier rang des poètes , et comment il a mérité qu'Horace citât son nom à côté de celui d'Homère. Voici du moins le premier de ces trois morceaux, sauf quelques vers d'une couleur un peu antique, et que je n'ai pas osé traduire :
« 11 est beau, pour un homme brave, de tomber aux premiers rangs de bataille, et de mourir en défendant sa patrie. Mais il n'est pas de plus lamentable destin que d'abandonner sa ville, ses fertiles domaines, et d'aller mendier par le monde, en traînant après soi une mère chérie, et un vieux père, et de petits enfants, et une légitime épouse. Le fugitif sera un objet de haine parmi ceux à qui il viendra demander asile, poussé parle besoin et par l'affreuse pauvreté. Il déshonore sa race, il dégrade sa beauté ; à sa suite marchent tous les opprobres et tous les vices. Non, cet homme ainsi errant, nul éclat ne luit sur sa personne, nul respect ne fleurit désormais sur son nom. Combattons avec courage pour cette terre, et mourons pour nos enfants. N'épargnez plus votre vie, ô jeunes gens! mais combattez de pied ferme, serrés les