I. 'EiuvUia
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transport subit, mais par intérêt ou par complaisance. SU était besoin, pour expliquer la conservation des odes triom-
E haies, de recourir à une autre cause que le pur caprice du isard, je ne la chercherais pas dans cette hypothétique supériorité dont parle Mûller : ces chants étaient, pour ainsi dire, les archives d'une foule de familles, qui descendaient ou prétendaient descendre des héros célébrés par Pindare ; la vanité de ces familles, le culte des traditions antiques, devaient multiplier de préférence les copies de ces poèmes, et, par conséquent , diminuer pour eux les chances de destruction»
Caractère éea odes triomphale».
Au reste, c'est là surtout que nous avons à chercher Pindare, si nous voulons nous faire une idée de son caractère et de son génie. Disons d'abord que le poète n'abdiquait jamais sa dignité d'homme, ni l'indépendance de ses jugements, alors qu'il se prétait à satisfaire les fantaisies plus ou moins vaniteuses de ses hôtes. Il donne fréquemment à ses héros de grandes et nobles leçons. Il ne les épargne pas même à ses puissants et redoutables protecteurs, les Hiéron, les Arcésilas. Il proclame devant eux que la tyrannie est odieuse1 ; que le mérite et la vertu sont les seuls biens véritables, et qu'ils finissent toujours par triompher de l'aveuglement du vulgaire et de la calomnie*; il montre comme une menace éternellement pendue sur la tête de ceux qui abusent de la force, le sort de Tantale, d'Ixion, de Typhon, de Phalaris1 ; il réclame avec énergie contre l'injuste bannissement de Damophilus , qu' Arcésilas tenait éloigné de Cyrène et qui vivait à Thèbes, soupirant en vain après l'heureux moment où il lui serait accordé de revoir sa patrie \ Rien, dans les poèmes de Pindare, qui sente le complaisant vil ou le mercenaire. Partout et toujours le poète thébain est digne de se déclarer, comme il fait, l'interprète des lois divines. Une morale pure et sainte respire dans ses vers; les tableaux qu'il déroule devant les yeux ne sont pas moins propres à élever qu'à charmer lame : c'est, par exemple, Pollux qui se dévoue pour Castor ■; c'est Antilo* chus qui meurt pour son père • , Sans être un philosophe de
1. Pythiquet, ode n. — 2. Pythiquei, ode iv.— 3. Olympiques, ode I ; Pythi* qw$, odes i, ii, m. — 4. Pythiquei, ode iv, tera la fin. — S. Neméennei, ode x. — «. Pythiques, ode yi.
profession, Pindare laisse échapper de temps en temps quelques-uns de ces mots profonds, quelques-unes de ces images saisissantes, où se révèle le penseur qui a longuement médité sur les choses humaines. C'est lui qui s'écrie, avec une éloquence comparable à celle du psalmiste pénitent : « Que sommes-nous? que ne sommes-nous pas? le rêve d'une ombre, voilà les hommes1. » L'amour-propre national lui-même ne l'aveugle ni sur les défauts de ses concitoyens, ni sur les vertus des étrangers. On sait que les Thébains, durant les guerres médiques, avaient pris parti pour les Perses contre les Grecs. Pindare n'essaye nulle part d'atténuer leur trahison ; et , dans, plusieurs de ses chants, il proclame ouvertement son admiration pour l'héroïsme des vainqueurs de Salamine et de Platée. 11 insiste particulièrement sur les services rendus à la cause commune par lesÉginètes; et, comme Égine, d'après les vieilles légendes de la race dorienne, avait un étroit lien de parenté avec Thèbes, on dirait qu'il cherche indirectement à relever, suivant l'expression d'un critique, la tête humiliée de la Béotie.
Les chants de triomphe composés par Pindare sont fort divers et de sujets, et d'étendue, et de style, et de forme même. Il est probable que ceux qui n'ont que des strophes sans épodes étaient chantés par une procession qui se rendait au temple de la divinité des jeux, ou à la maison du vainqueur. 11 pouvait se faire cependant que cette procession chantât quelquefois des hymnes avec épode : il suffisait que le cortège s'arrêtât, dans sa marche, à des intervalles réglés. Mais la plupart des poèmes à épode se chantaient durant le comos, ou fête joyeuse qui terminait la journée après les sacrifices et les actions de grâces aux dieux. C'est ce qu'attestent encore ces expressions, si fréquentes chez Pinaare : hymne épicomieny mélodie encomienne.
Diversité des odes triomphales-
La langue de Pindare est loin d'être purement dorienne. Le fond en est épique ; et les formes doriennes pu quelquefois éoliennes dofft le poète l'assaisonne ne sont pas déterminées, comme on le pourrait croire, seulement par une volonté fantasque : c'est presque toujours la forme métrique
i. Pindare, Pythiques , ode vui.
et musicale qui en décide, et qui appelle le dialecte le plus analogue au nome adopté, et, par conséquent, à la nature et à la tournure des idées. On peut distinguer, môme encore aujourd'hui, trois sortes d'hymnes dans le recueil : il yen adedoriens, d'éoliques, de lydiens. Dans les hymnes doriens, on retrouve les mêmes rhythmes que dans les chœurs de Stésichore, et notamment ces systèmes de dactyles et de dipodies trochaïques, qui ont presque la noblesse de l'hexamètre et sa gravité majestueuse. Le caractère de ces hymnes a quelque chose de particulièrement digne et calme ; les récits mythologiques y sont développés avec ampleur; le poète se renferme plus étroitement dans les conditions générales de son sujet, et évite d'introduire sa personnalité et ses sentiments propres, au travers de l'harmonieux ensemble. Les rhythmes des odes éoliques sont ces mètres légers qu'affectionnaient les poètes lesbiens, et dont nous avons parlé ailleurs. C'est dans ces odes surtout que Pindare se met à l'aise : son allure est vive et rapide, souvent capricieuse; quelquefois même il s'arrête court, au milieu d'un récit; il s'interrompt par quelque apostrophe inattendue; il se mêle lui-même à tout ce qu'il dit, et s adresse à son héros avec un ton moins solennel que d'ordinaire, et qui prend, par instants, une teinte de familiarité. Le poète nous entretient complaisamment de ses relations avec celui qu'il célèbre, de ses querelles avec ses rivaux littéraires; il vante son propre style, et déprime le style des autres. En somme, l'ode éolique, comme le remarque Ottfried Millier, est plus variée, plus vive, moins élevée et moins uniforme que l'ode dorienne. Rien de plus différent, par exemple, (jue la première Olympique, avec ses joyeuses et brillantes images, et la seconde, où domine un ton de mélancolie, ou encore la neuvième, animée d'un souffle d'orgueil qui tient constamment le poète dans les hautes régions, sans lui laisser le loisir de toucher un moment la terre. Le langage, dans les odes éoliques, est plus hardi, et d'une marche moins régulière et moins facile à saisir. Les odes lydiennes 8ont en fort petit nombre, comparativement aux deux autres genres : le mètre en est principalement trochaïque , d'une extrême douceur, et en parfait accord avec l'expression de sentiments tendres et religieux. Pindare n'a guère employé le mode lydien que dans les odes destinées à être chantées durant la procession qui se rendait au temple ou
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à l'autel, et où Ton implorait humblement la faveur de quelque divinité.
VcrctflcAtloa 4e Ptnderc.
Il n'est pas aisé de dire oe que sont les vers de Pindare, ni même de déterminer où ils commencent et où ils finissent Si les vers des odes pindariques étaient écrits sans distinction à la suite les uns des autres, on pourrait défier tous les métriciens du monde d'en retrouver les vraies divisions. Les manuscrits fournissent des indications suffisantes, quant à la division en strophes, antistrophes et épodes, ou, dans quelques cas, en strophes simplement. Pour le vers luimême, ils permettent aux éditeurs à peu près de tout oser : les uns le donnent plus court, les autres plus long. C'est qu'en réalité il n'y a rien dans Pindare qui soit proprement vers, rien qui se scande d'une façon parfaitement sûre, comme l'hexamètre ou le vers ïambique, ou même comme le vers de Sappho et celui d'Alcée : chaque portion de l'ode n'est qu'une série continue de rhytbmes, plus ou moins perceptibles, et que réglaient, non pas les lois de la versification proprement dite, mais celles de l'accompagne» ment musical. À ceux qui parlent des vers de Pindare, ou qui se figurent qu'en grec, comme en français, tout ce qui n'est point prose est vers et tout ce qui n'est point vers est
Jrose, un homme instruit n'a qu'une question bien simple faire, c'est de demander s'ils ont jamais scandé un vers de Pindare.
PU» de» ode* de Pindare*
Ce n'est plus aujourd'hui le temps où il n'était bruit, chez les littérateurs, que du délire pindarique, et du désordre, admirable selon les uns, presque ridicule selon les autres, des compositions du poète thébain. Ces assertions, nées de l'ignorance, ont disparu devant une étude approfondie du texte de Pindare. Toutes les odes ont un plan raisonné, et cjui en détermine l'économie. Un Allemand, nommé Dissen, a même essayé de représenter, sous un certain nombre de formules géométriques, les diverses dispositions auxquelles se réduisent, dans Pindare, toutes les combinaisons de A, sujet direct de l'ode, avec B, sujet indirect, mythique, et C, deuxième sujet indirect, qui n'est pas mythique, et D, troisième sujet indirect, qui
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n'est pas non plus mythique. Ceci est la superstition, ou, si l'on veut, la folie de la régularité. Mais, pour n'avoir rien de mathématique, les plans de Pindare n en sont pas moins réels, et visibles à qui sait y regarder. Et d'abord, le poète ne chantait pas avant d'avoir reçu de son héros certaines données positives, certains renseignements indispensables. Il convenait avec lui d'une 6orte de programme, et s'obligeait à faire entrer, dans son œuvre, tel ou tel fait particulier, telle ou telle idée principale ; ce qui n'avait d'ailleurs rien d'incompatible avec sa liberté. Il y fait allusion lui-même en plus d'un passage. Ainsi, par exemple : « J'en dirais davantage, mais le programme que je dois suivre, mais les heures qui se pressent m'en empêchent '. » Et ailleurs ; « Et vous, Éacides aux chars d'or, sachez que mon programme le plus clair est de ne jamais aborder dans votre île sans vous combler d'éloges s. » On le voit fréquemment s'arrêter au milieu des plus vifs élans de sa verve, pour s'avertir lui-même de rentrer dans les limites qui lui sont tracées, de traiter encore tel point qu'il oubliait, et, selon son expression, d'acquitter sa dette, de mériter son salaire.
Le canevas uniforme de l'ode pindarique se compose de quatre parties, savoir: l'éloge du vainqueur, celuidesafamille, celui de sa patrie, celui des dieux protecteurs des jeux et dispensateurs de la. victoire. Pour animer, pour diversifier sa matière, pour lui donner la forme et la vie, Pindare a recours aux trésors des légendes mythologiques; il rappelle les antiques traditions; il adresse à son héros des leçons et des conseils; il fait des vœux pour son bonheur; il sème çà et là les maximes ; il invoque les dieux ; il vante son art et parle de lui-même. Ces éléments se mêlent dans des proportions diverses , mais non point au hasard : la raison qui a fait préférer telle combinaison à telle autre est toujours assez facile à deviner ; et il n'est nullement téméraire de prétendre que Ton connaît les grandes directions de la pensée de Pindare. Ainsi, ou le poète se borne strictement à l'éloge du héros et à ce que comporte la donnée commune de l'ode, et alors le plan est d'une parfaite simplicité; ou bien à cet éloge il mêle de* développements épisodiques, et le plan est complexe : il y a un sujet direct, un