‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 44 sur 98 · Prométhée, vers 964 et suivante · texte numérisé non relu

Prométhée, vers 964 et suivante

faut bien lui donner un témoignage de ma reconnaissance!.... »

Il y a une autre partie de la perfection dramatique, et la plus importante peut-être, qui n'a pas manqué davantage à Eschyle. Je veux parler de l'art d'exposer le sujet, et de préparer les spectateurs aux scènes qu'ils vont avoir sous les yeux. Il délègue quelquefois ce soin au chœur luimême, qui s'en acquitte à merveille; mais il sait aussi mettre en action ses personnages dès le début, et entamer par le vif, avec un rare bonheur, toutes les émotions de notre âme. Sophocle lui-même n'a rien qu'on puisse comparer, pour la terreur et l'intérêt poignant, à l'exposition du Prométhée.

Poé*le d'Eschyle.

Ne nous étonnons donc pas que les Athéniens aient toujours tenu Eschyle , dans leur estime , au premier rang des poètes dramatiques, et qu'Aristophane le préfère, non-seulement à Euripide, «nais même à l'auteur d'OEdipe-roi et d'Antigone. Les monuments de la muse d'Eschyle justifient suffisamment les prédilections d'un peuple artiste et les éloges des anciens.

La poésie d'Eschyle ne ressemble pas toujours à ce que nous sommes habitués à admirer; mais elle n'est pas plus mauvaise, tant s'en faut, parce qu'elle déborde de toutes parts hors des cadres trop étroits où les faiseurs de poétiques prétendent enserrer le génie. Nous n'avons qu'à secouer un peu notre paresse, au lieu de nous en tenir aux opinions courantes; lisons Eschyle, je dis le texte lui-môme, et Eschyle sera bientôt vengé des ridicules sottises qu'ont écrites à son intention tant de gens qui n'avaient pas même essayé de déchiffrer le premier mot de son théâtre. Personne n'a mieux compris qu'Aristophane la grande âme d'Eschyle; personne n'a mieux décrit ce caractère de beauté morale

8ui distingue entre toutes les œuvres du vieux tragique, ischyle avait refusé uniour de composer un nouveau péan, parce que l'hymne de Tynnichus avait , selon lui , une majesté simple et nue dont tout l'art du monde n'eût pas donné l'équivalent. C'est bien cet homme , pour gui la poésie était une chose sainte et sacrée et non pas un vain exercice de bel esprit, qui pouvait prononcer cette fière apologie1 :

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