DÉCADENCE DE LA TRAGEDIE
POETES TRAGIQUES DU Ve 61ÈCLK DONT LES OEUVRES SONT PERDUES. — POETES TRAGIQUES DU IVe SIÈCLE.
Prêtes tragiques du ve siècle dont les oeuvre» sont perdues*
Un siècle-entier sépare les débuts dramatiques d'Eschyle des représentations de XOEdipe à Colons , de Xlphigénie à Aulis et des Bacchantes. Combien de poètes, durant ces cent années, ont triomphé, au concours des tragédies nouvelles I Combien plus encore ont dû tenter la fortune littéraire , sans jamais emporter la couronne ! Mais c'est à peine si les noms de quelques-uns ont surnagé; et, de tant d'œuvres considérables, il ne reste que des débris informes. Deux pourtant de ces poètes avaient mérité de figurer, après Eschyle, Sophocle et Euripide, dans le canon alexandrin, comme on nomme la liste des auteurs classiques dressée par Aristarque et Aristophane de Byzance. Ces deux poètes, aujourd'hui inconnus, Ion et Âchéus, avaient disputé maintes fois le prix de la tragédie à Sophocle, à Euripide et à d'autres contemporains.
Ion était ae Chios, mais il passa presque toute sa vie à Athènes. Il eut d'assez grands succès au théâtre, et il fut l'ami de Sophocle, en môme temps que son rival quelquefois heureux. Il prenait dans les épopées d'Homère, en bon et digne compatriote, presque tous les sujets de ses compositions dramatiques. Ses tragédies manquaient, à ce qu'il semble , de chaleur et de vie : c'étaient des poèmes dont le mérite principal consistait dans une sage ordonnance , et, comme nous pouvons encore en juger, dans un style modérément orné, et qui n'était dénué ni d'élégance ni de grâce. Ion n'était pas seulement un poète dramatique : il avait écrit aussi des élégies, des chants lyriques, et même un ouvrage historique, en prose ionienne, où il avait rassemblé de curieux détails sur les aventures et la vie publique et privée de plusieurs personnages du temps, et de Sophocle lui-môme.
Achéus , d'Érétrie, ne remporta qu'une fois le prix ; mais il passe pour avoir excellé dans le drame satyrique, sinon tout à fait dans la tragédie : on le regardait, après Eschyle, comme le plus parfait auteur en ce genre, Le style d'Achéiis
était parfois, dans ses tragédies, un peu obscur et forcé; et ses combinaisons de fables mythologiques, à n'en juger que d'après les fragments mêmes de ses pièces, étaient bien autrement étranges encore, relativement à nos idées habituelles, que ces inventions tant reprochées à Euripide.
Àgathon , d'Athènes , que les Alexandrins n'ont point porté sur leur liste, semble avoir été pourtant un poète dramatique d'une réelle valeur, et supérieur peut-être aux deux hommes que je viens de nommer. 11 est probable que l'afféterie de son style lui aura nui dans l'esprit de ces critiques, bien plus préoccupés de l'expression de la pensée, que de la force inventrice qui sait créer des œuvres nouvelles. Agathon débuta jeune au théâtre, en 416; il mourut environ l'an 400, dans la force de l'âge, en Macédoine, où il avait passé plusieurs années, et où il s'était trouvé en même temps qu'Euripide. Le dialogue de Platon intitulé le Banquet n'est autre chose qu'une conversation qui s'était tenue, selon le philosophe, dans un souper donné par Àgathon à ses amis, te lendemain du jour où il avait sacrifié aux dieux, pour leur rendre grâces de sa première victoire dramatique, qui était aussi l'honneur décerné à sa première tragédie. Platon fait parfaitement connaître et 1 élégance efféminée des mœurs d' Agathon, et la nature sophistique et raffinée de son esprit. 11 lui prête un discours fort spirituel, mais plein d'ornements recherchés et d'antithèses. Ce poète semble n'avoir pas manqué, malgré ses défauts, d'habileté à combiner des éléments dramatiques, et à exciter l'intérêt par la nouveauté des tableaux et par le mouvement de la scène, sinon par la vérité et la profondeur des sentiments et par la puissance d'un grand talent poétique. Il se fiait tellement aux ressources de son imagination, qu'il entreprit de se passer complètement, au moins une fois, de toute base historique ou mythologique , et de composer une tragédie où tout était d'invention, événements et caractères. Schlegel conjecture que cette pièce, intitulée la Fleur y n'était ni touchante ni terrible, et qu'elle offrait des tableaux agréables, dans le genre de l'idylle : rien n'empêche, en effet, de voir, dans l'essai d' Agathon, la création d'une sorte de drame, héroïque seulement à demi, et, comme dit Schlegel, une transition préparatoire à la comédie nouvelle.
Je dois mentionner, pour mémoire, Néophron de Sicyone, qu'Euripide avait, dit-on, imité de fort près dans sa Médée;