‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 54 sur 98 · AUTRES POÈTES DU SIÈCLE DE PÉMCLÈS · texte numérisé non relu

AUTRES POÈTES DU SIÈCLE DE PÉMCLÈS

tour : le sceau de ma langue est imprimé sur ces événements. »

lies véritables élégfaqne* du ▼• »lèele.

Mais les véritables élégiaques du ve siècle, ce sont les trois grands poètes tragiques. Nous ne savons pas jusqu'à quel point l'élégie d'Eschyle sur les morts de Marathon était indigne ou non du génie de Fauteur des Perses. La victoire remportée par Simonide ne prouve pas que ce fût un chant sans valeur. Eschyle a excellé dans l'épigramme, qui n'était que l'élégie même, réduite à de plus étroites proportions. J'ai déjà cité son inscription funéraire; en voici une autre, en l'honneur des Grecs morts aux Thermopyles, qui prouve qu'Eschyle pouvait rivaliser, dans le mètre de Tyrtée, avec les poètes les mieux inspirés. « Eux aussi, ces valeureux guerriers, ils ont péri sous les coups de la sombre Parque, en combattant pour leur patrie aux riches troupeaux. Mais, tout morts qu'ils sont, elle est vivante la gloire de ceux dont jadis les robustes corps ont été ensevelis dans la terre de l'Ossa. »

Il n'est pas besoin, je crois, de démontrer que Sophocle n'avait qu'à vouloir, pour être le premier des élégiaques, et que les élégies qu il avait composées devaient être des chefs-d'œuvre. Quant à Euripide, nous sommes à même de juger de ce qu'il savait faire en ce genre. Car c'est une élégie, je dis un chant en vers élégiaques, qu'il a mis dans la bouche de la veuve d'Hector, suppliante au pied des autels : « Ce n'était pas une épouse, mais une furie, que Paris conduisit dans la haute Ilion, cette Hélène qui vint partager sa couche. A cause d'elle, ô Troie, le rapide Mars de la Grèce, avec ses mille vaisseaux, t'a prise et t'a détruite par la lance et par le feu; à cause d'elle, infortunée ! j'ai perdu Hector mon époux, que le fils de Thétis, la déesse des mers, traîna autour des murailles, attaché à son char. Et moi, de la couche nuptiale, on m'a traînée au rivage de la mer, la tête chargée du joug de la servitude. Bien des larmes ont coulé le long de mes joues, quand j'ai laissé dans la poussière, et ma ville, et ma couche nuptiale, et mon époux. Ah ! infortunée, fallait-il que je visse encore le jour, pour être l'esclave d'Hermione? Victime de sa cruauté, j'entoure de mes mains suppliantes la statue de la déesse, et je me fonds de

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douleur, comme la source qui dégoutte du rocher *. » Nous voilà à pleines voiles dans le pathétique, dans la vraie poésie , et bien loin de Critias et de ses rancunes rétrospectives.

11 y eut aussi, depuis la mort de Simonide et de Pindare, des poètes qui prenaient le nom de lyriques; mais nul d'entre eux n'est arrivé môme h la notoriété de Chœrilus ou de Critias La poésie lyrique avait passé tout entière, avec armes et bagages, si je l'ose ainsi dire, dans le camp dramatique , dans la tragédie, dans le drame satyrique et dans U eomédie même.

TBUCTOID&.

VIE DE THUCYDIDE. — CARACTÈRE DE L' OUVRAGE DE THUCYDIDE, —m fff|| DE THUCYDIDE. — EXCELLENCE MORALE DE L'OUVRAGE DE THyCYDIPfc — 9H OUTRAIT TRACE* PAR THUCYDIDE.

Yt* ém vummjéiée.

Tandis qu'Aristophane et ses émules Interprétaient à leur feçon les événements de la guerre du Péloponnèse, un homme d'un génie bien différent, qui avait aperçu, dès les premier! moment^ de la lutte , que de grandes révolutions se préparaient, et qui avait mis lui même la main aux affaires, étudiait les causes réelles des dissensions intestines» de la Grèce, et travaillait à en retracer un complet et impartial tableau, dévouant h cette grande œuvre sa fortune, son activité et les loi>irs que lui avaient faits ses concitoyens : je parle de l'historien Thucydide, fils d'Olorus.

Thucydide était né à Halimonte, dème de l'Àttique, en Tan 471 avant notre ère. Sa famille était une des plus riches et des plus considérables d'Athènes. Son père descendait d'un roideThrace, et sa mère était petite-fille de JUiUiade, le vainqueur de Marathon, ou, selon d'autres, elle rapportait son origine au tyran Pisjstrate. i,e$ anciens content qu* Tbucy-

i. Euripide, Andromaque, vers 103 et suivanti.

THUCTOIMt. 891

dide avait assisté à une des lectures faites par Hérodote dans les assemblées publiques de la Grèce , et que , tout Jeune qu'il fût encore (il avait environ quinze ans), H avait été saisi d'admiration jusqu'à verser des larmes : c est là, dit-onl que s'était révélée cette vocation d'historien qu'il devait si bien remplir. Mais, Comme vingt-cinq ans entiers se sont écoulés depuis ce jour jusqu'au temps où Thucydide , dç son propre aveu , commença à recueillir les matériaux d'une histoire, et qu'à l'âge de quarante ans il n'avait encore rien écrit en ce genre , ni peut-être en aucun autre , il est douteux que les applaudissements qui avaient accueilli Hérodote à Olympie aient donné, comme on le dit quelauefois, Thucydide à la Grèce. Ce qui est certain , c'est que xhucy-^ dide n'admirait que médiocrement le livre d'Hérodote , et qu'il reproche assez rudement à son devancier d'avoir eu en vue le plaisir du testeur plus que son utilité , et d'avoir sacrifié trop souvent à l'amour du merveilleux *. Mais c'est ici le jugement de Thucydide homme déjà mûr, préoccupé avant tout des enseignements politiques qui doivent découler de l'histoire, et peinant, comme il le dit lui-même, afin de léguer aux siècles à venir une propriété éternelle1,

Thucydide, durant les premières années de la guerre, fut chargé d'importantes fonctions. Il s'en acquitta d abord à la satisfaction des Athéniens. Mais , en 424 , n'ayant pu réussir à empêcher Brasidas de s'emparer d'Amphipolis , il fut mis en jugement et condamné à l'exil. Cet exil dura vingt an$, depuis 423 jusqu'en 403; car l'arrêt porté contre Thucydide ne fut révoqué qu'après la fin de l'interminable guerre. C'est dans la Thrace , à Scapté-Hylé, où il possédait, du chef, dit on, de sa femme, des mines de métaux précieux, qu'il passa ces vingt années, suivant de l'œil toutes les fluctuations de la fortune; se faisant rendre compte, par dçs agtnts qu'il payait, de tout ce qui se passait jour par jour dans la Grèce ; méditant profondément sur les effets pour en découvrir les causes ; rédigeant enfin ce livre extraordinaire, qui n'est pas une des moins admirables merveilles de la pensée antique. On ne sait pas s'il revint se fixer à Athènes après son rappel. Quelques-uns disent qu'il vivait, à peu près vers ce temps, à la cour d'Archélaûs ; d'autres, qu'il ne quitta point la Thrace, ni Scapté-Hylé, et que c'est là qu 11

i. Thucydide, livre I, chapitre xx«. — % Id., ibid.

mourut, dans sa soixante-seizième année, c'est-à-dire en Tan 395 avant notre ère.

Thucydide n'a point achevé son ouvrage, puisqu'il se proposait de le conduire jusqu'à la prise du Pirée et des longues murailles, et qu'il s'est arrêté, dans son huitième et dernier livre, au milieu de la vingt et unième année de la guerre. Encore ce huitième livre n'est-il qu'une ébauche , mais où les aveugles seuls ne reconnaissent pas la main et le génie de Thucydide. Aucune partie de l'ouvrage n'avait été , ce semble , publiée par l'auteur. L'unique manuscrit qui en existât était heureusement tombé au pouvoir d'un homme en état de comprendre le prix d'un pareil trésor : cet homme était Xénophon. Si l'anecdote est véritable, ce n'est pas un de ses moindres titres de gloire d'avoir fidèlement transmis à la postérité le legs de Thucydide.

Caractère de l'ouvrage de Thucydide.

Le plan de l'ouvrage n'a pas besoin d'analyse, puisque c'est purement et simplement une narration chronologique, où les événements se succèdent avec la régularité de la succession même des saisons. C'est par étés et par hivers que compte l'historien , sans jamais se permettre , même pour plus de clarté, d'empiéter d'une anaée sur l'autre. Ce n'est plus, comme dans Hérodote, la poétique ordonnance d'une sorte d'épopée ; ce n'est plus Homère ; c'est pourtant ua poète encore. Cette assertion, qui semblera paradoxale peutêtre , n'est que l'expression de la stricte vérité. Thucydide est poète par le fait, sinon par l'intention ; et son livre est comme une grande tragédie , fortement intriguée , avec ses péripéties et ses coups de théâtre , et dont le dénoûment devait être plus terrible et plus saisissant que toutes les catastrophes de la maison d'Atrée ou de la race des Labdacides. 11 connaît l'art de peindre les caractères par un mot, par un geste; et il n'a pas besoin de décrire en détail les portraits de ses héros pour les figurer à nos yeux : il s'abstrait le plus qu'il peut de son œuvre, et laisse parler les événements. Je me trompe, il intervient quelquefois, mais à la manière du chœur tragique, tantôt par de rapides et courtes réflexions, tantôt par de longues et magnifiques monodies. J'entends par là ces harangues qu'il met dans la bouche de ses personnages , et qui sont, non pas ce qu'ils ont dit, mais ce qu'ils ont dû dire, ce que Thucydide lui-même aurait dit

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