‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 56 sur 98 · SOPHISTES · texte numérisé non relu

SOPHISTES

EDUCATION DES ENFANTS A ATHÈNES. — LES SOPHISTES. — DOCTRINES ET tUQtJKNCE DES SOPHISTES. — PftODIÇOS. POLtff.

fttaéftttoii 4e* entttotê à AtfcéAee.

Aristophane introduit , dans la comédie des Nuées, deux personnages fantastiques, le Juste et l'Injuste* qui se disputent entre eux l'honneur de donner leurs leçons au fils de Sfcrepsiade. Le Juste vante l'ancienne éducation et les anciennes mœurs ; l'Injuste est le panégyriste des mœurs du jour et des nouvelles doctrines. Autrefois, selon le Juste, les enfants recevaient chez le maître d'école une instruction simple et solide; le cithariste, ou maître de musique, ne leur enseignait que des chants mâles et belliqueux ; le pédotribe, ou maître d'exercices , en faisait des hommes adroits, vigoureux, infatigables. C'est ainsi, dit le Juste, que se formèrent les héros de Marathon. Il promet à Phidippide , s'il suit les vieux et salutaires exemples , une santé parfaite et un esprit non moins dispos , la poitrine robuste» le teint frais , les épaules larges , la langue réservée. L'Injuste entre en lice contre le Juste, et vante à son tour ce qu'il sait faire. Tout se résume en quelques mots ; enseigner à jouir de la vie. Mais la vertu dont l'Injuste est surtout fier, c'est l'art d'en imposer aux hommes i « Les philosophes, dit-il, me nomment l'Injuste, parce que le premier j'ai imaginé les moyens de contredire la justice et les lois; mais c'est chose qui vaut des sommes d'or, de prendre en main la cause ta plus faible , et puis de la

sorawm. SOI

gagner. » II est impossible de mieux résumer que ne l'a fait Aristophane, non pas , comme il le disait, les principe» moraux de Socrate et le but de tous ses enseignements, mais la morale, miis les desseins avoués ou secrets de ceux qui s'enorgueillissaient en ce temps*là du nom de SO-

le» flophUte».

Le mot sophiste signifie, dans son acception propre, un homme habile , un savant. C'est le nom dont se parèrent , vers le milieu du vê siècle , une foule d'hommes venus de tous les coins de la Grèce, et qui s'abattirent sur Athènes t où ils trouvèrent ce qu'ils cherchaient : l'argent et la repu» ta t ion. Gorgias de Léon tin m , Protagoras d'Abdère, Prodieus de Céos, Hippias d'Élis, Thrasymaque de Chalcédoine, Polus d'Àgrigente, Euthydème de Chios et d'autres encore, tous les sophistes enfin , maîtres et disciples (car Gorgias et Protagoras étaient deux véritables chefs d'école), se vantaient de posséder la science universelle. Ils discouraient sur tous les sujets avec une abondance intarissable, et ils enseignaient, moyennant finance, l'art d'en faire autant. Ils assemblaient la foule au théâtre, et ils défiaient les auditeurs de proposer aucune question qu'ils ne fussent en état de résoudre. Ils improvisaient indifféremment un discours politique ou une dissertation grammaticale ; une oraison funèbre ou l'éloge de la fièvre ; un plaidoyer en faveur de la mouche, de l'escarbot, de la punaise , ou la défense d'un innocent traduit en justice pour le crime qu'il n'a pas commis. Et ils s'enrichissaient : les disciples affluaient; tout le monde aspirait à parler aussi de tout ce qui se peut savoir et d'autre chose encore.

Doctrine* et éloquence de» sophistes.

Le fond de la sophistique est uu scepticisme absolu. Gorgias enseignait qu'il n'y a rien de réel , que rien ne peut être connu , et que les mots ne répondent pas à des objets véritables. Protagoras faisait de l'homme, selon son expression même, la mesure de toutes choses : il niait toute distinction entre la vérité et Terreur, et il réduisait tout à l'opinion présente du sujet pensant. Les disciples enchérissaient à qui mieux mieux sur les assertions de6 maîtres , et prêchaient plus ou moins ouvertement l'athéisme, le nihilisme, et sur-

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tout l'immoralité. Le succès des sophistes tenait à leur impudence bien plus qu'à leurs talents. Un homme qui ne croit à rien, qui n'a respect de rien, ne saurait être à court de raisons bonnes ou mauvaises ; et toute la rhétorique des sophistes consistait à emporter, coûte que coûte, l'assentiment des auditeurs. Ils avaient toute sorte d'arguments captieux en réserve, toute sorie d'artifices dialectiques avec lesquels ils déconcertaient leurs adversaires et changeaient du blanc au noir l'aspect d'une cause. Leur style valait leur morale et leur système oratoire. Nous possédons une pnge authentique écrite de la main de Gorgias, qui est bien la plus sotte et la plus ridicule chose qu'il soit possible d'imagiuer. C'est un fragment d'oraison funèbre en l'honneur de guerriers morts en combattant pour leur pays; quelque discours d'apparat, par lequel Gorgias espérait sans doute effacer le souvenir de ces adieux adressés, dans un simple et sublime langage, par des généraux vainqueurs , par Périclès surtout , aux braves qu'ils avaient vus tomber à leurs côtés. Gorgias construit ses phrases au cordeau ; les membres s'y correspondent comme les ailes d'un bâtiment régulier : ce sont des antithèses, des équations; ce sont des combinaisons de semblables ou de contraires ; ce sont des assonances symétriques par l'identité des racines des mots ou de leurs désinences ; et d'autres merveilles de même acabit, à faire pâmer d'aise tous les amateurs. 11 me suffira d'en citer les premières et les dernières lignes , pour faire apprécier à sa valeur celui qui fut, dit-on, le père nourricier de l'éloquence. « Que désirer en eux de ce qui convient à des hommes? Que regretter en eux qui fît tort à des hommes? Je pourrais dire ce que je veux, mais je voudrais ne dire que ce qu'il convient.... Aussi le regret de leur mort n'est pas mort avec eux : il survit à ce corps mortel qui a cessé de vivre. »

Prodlcus. Polus.

Il faut dire, pour être juste, que ces hommes de trop d'esprit étaient quelquefois des hommes; que ces jongleurs littéraires oubliaient quelquefois leurs finesses et leurs tours de passe-passe, et qu'il leur arrivait de tomber assez souvent sur des idées justes, de les exprimer avec bonheur, et d'atteindre, en dépit de leurs systèmes, au beau moral et à l'éloquence. C'est un sophiste, Prodicus de Céos, qui a repré-

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