‹ Histoire de la littérature grecqueChapitre 73 sur 98 · Dans la Vie de Démosthène · texte numérisé non relu

Dans la Vie de Démosthène

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irrésistible, et que ses discout* Improvisés surpassaient infiniment les harangues de Démosthène, méditées et écrites avec tant de soin. Àriston de Chios rapporte un jugement de Théophraste sur ces deux orateurs. On lui demandait ce qu'il pensait de Démosthène. — Il est digne de sa ville, répondit Théophraste. — Et Démade? — Il est au-dessus de sa ville. — Le môme philosophe conte encore que Polyeucte de Sphette, un des hommes qui administraient alors les affaires d'Àihônes, reconnaissait Démosthène pour un très-grand orateur, mais que Phocion lui paraissait bien plus éloquent, parce qu'il renfermait beaucoup de sens en peu de mots. Où prétend que Démosthène lui-même, toutes les fois qu'il voyait Phocion se lever pour parler contre lui, disait à ses amis : Voilà la hache de mes discours qui Se lève. Mais il est douteux si c'était à l'éloquence de Phocion ou à sa réputation de sagesse que faisait allusion Démosthène, et s'il ne croyait pas qu'une seule parole, un seul signe, d'un homme ui, par sa vertu, a mérité la confiance publique, a plus 'effet qu'une accumulation de longues périodes. »

ESCHJNfi. D£M08THfiNE.

VIE D'ÈSCHINE. — PROCÈS DE LA COURONNÉ. — ELOQUENCE D'ESCHINE. — VIE DE DÉMOSTHÈNE. — DISCOURS DE DÉMOSTHÈNE. — MORT DE DÉttO* STflÈNE. HONNEURS RENDUS A BA MEMOIRE* — ÉLOQUENCE DE DÉMOSTHÈNE. — DISCOURS POUR CTÉSIPHON. ■*- STYLE DE DÉM06THRNE. — IRONIE DE DÉMOSTHÈNE. — SUBLIME DE DÉMOSTHÈNE. — ÉLOQUENCE POLITIQUE APRÈS DÉMOSTHÈNE ET ESCH1NE.

▼le dPEMehiMe.

Esôhine, le plus fameux de tous les rivaux de Démosthène, était né à Cothoce, en Àttique> Tan 393, d'un pauvre maître d'école et d'une joueuse de tympanon. 11 fut d'abord athlète, puis comédien ambulant , puis greffier ou secrétaire d'un magistrat. Enfin, à quarante ans environ, il se hasarda dans la carrière politique , et il devint, en peu de temps, un des principaux personnages d'Athènes. C'était un homme d'une

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bell# prestance, et doué d'une voix sonore et harmonieuse. I! avait l'esprit très-cultivé, très-délié; et sa pauvreté ne l'avait pas empoché, durant sa jeunesse, d'aller entendre le? leçons de Platon et d'Isocrate. Eschine fut un philippiste modéré, et, quoi qu'en ait dit Démosthène, un des chefs les plus honnêtes du parti macédonien. Je ne veux pas dire qu'il *it toujours été un modèle de vertu, et qu'il n'ait jamais accepte aucun présent de Philippe; mais tout semble prouver que, s'il fut un homme passionné, violent, injuste même, il ne mérite pourtant pas les titres de mauvais citoyen, de traître, d'âme vénale, que lui a tant prodigués son ennemi.

tes premiers coups forent portés par Démosthène, au retour de oette ambassade en Macédoine, d'où il revenait partisan déclaré delà guerre contre Philippe, et Eschine, au contraire, tout disposé à traiter pacifiquement avec le Macédonien. Timarque , un des amis de Démosthène, se préparait h accuser en forme Eschine devant le peuple; mais Eschine le prévint, et le fit condamner lui-mêçie, en vertu de la loi de Solon qui dégradait des privilèges civiques les prodigues et les hommes de mœurs infâmes. Nous possédons (e plaidoyer Contre TimarquQx un des plus virulents discours, un des plus cruels et des plus habiles qu'on ait jamais prononcés, mais dont H n'est guère possible de rien transe çrire, bien qu'il nous soit parvenu adouci, par Eschine lui-même, dans quelques passages, qui étaient d'abord plus violents et plus outrageu*, s'il est possible, que nous ne les lisons aujourd'hui.

Peu de temps après, en 442, Démosthène accusa publiquement Eschine, non pas précisément de trahison, mais de prévarications politiques, et conclut contre lui à la peine de mort. C'est ce qu'on nomme le procès de l'Ambassade. Eschine prouva facilement qu'il n avait pas manqué à ses instructions, dans sa mission auprès de Philippe, et que les arguments de son adversaire se réduisaient, malgré les apparences, à desprésomptions, à dessoupçons, à des calomnies. Son discours, que nous possédons, est uneréjponse péremptoire à celui de Démosthène , que nous possédons aussi ; mais c'est une œuvre moins passionnée et moins vivante. Avec plus d'ordre et de précision dans le récit des faits, avec plus 5e finesse et plus d'esprit , et malgré la vérité qu'il avaitpour soi, ou plutôt & cause de cette vérité même, Eschine est resté

un peu froid, surtout quand on le lit après Démosthène. Il gagna sa cause; mais l'impression produite par les éloquentes invectives de Démosthène semble avoir affaibli considérablement l'autorité morale d'Eschine.

Proeè* de la Cfeurrane.

Le procès de la Couronne, qui ne se termina qu'en 330, et où Eschine fut vaincu, marque la fin et l'apogée de sa carrière oratoire. Voici de quoi il s'agissait. Un citoyen, nommé Ctésipbon, avait proposé de décerner à Démosthène une couronne d'or, pour le récompenser de ses services, et de la lui mettre sur la tête dans le théâtre, en présence de tout le

Seuple assemblé. Eschine déposa, contre Ctésiphon, un acte 'accusation, plusieurs années avant la mort de Philippe; mais il ne prononça son fameux discours que huit ou neuf ans plus tard, quand le procès, suspendu par les événements qui avaient suivi la déroute de Chéronée, fut repris et définitivement jugé. Il démontre fort bien, dans ce discours, Îjue la proposition de Ctésiphon est illégale; que la loi déend de couronner un citoyen qui n'a pas rendu ses comptes, et qu'en tout cas le couronnement ne saurait avoir lieu au théâtre. Toute la première partie de cette accusation est un excellent plaidoyer, irréfutable au point de vue juridique. La seconde partie, où il entreprend de démontrer que Démosthène n'a rendu aucun service à l'Etat, et qu'il est l'auteur de tous les maux d'Athènes , est très-vive, souvent pathéti-

Ïue, toujours brillante ; mais les arguments sont trop souvent ii blés ou vicieux, et n'emportent pas suffisamment la conviction : on sent trop l'ennemi injuste, le déclamateur, le sophiste même; et l'on ne s'étonne pas qu'après des prodiges d'esprit, et même d'éloquence, Eschine ait échoué dans son entreprise, tout en ayant pour lui le texte des lois. L'admirable péroraison du discours est gâtée elle-même, vers la fin, par un trait de mauvais goût. Je citerai ce morceau, un de ceux où l'on aperçoit le mieux tout à la fois et les éminentes qualités d'Eschine et ses défauts.

« Que penserez-vous de ses forfanteries, quand il dira: Ambassadeur, j'ai arraché les Byzantins des mains de Philippe; orateur, j'ai soulevé contre lui les Acarnaniens, j'ai frappé les Thébains d'effroi? car il s'imagine que vous êtes devenus assez simples d'esprit pour l'en croire : comme si c'était la Persuasion que vous nourrissiez dans la ville, et

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